samedi 31 décembre 2011

Bruegel, le moulin et la croix de Lech Majewski

Bruegel, le moulin et la croix est un film polonais et suédois de Lech Majewski, qui rend un hommage au peintre flamand Pieter Bruegel.

Bruegel, le moulin et la croix est un film atypique, étrange, inoubliable et particulièrement esthétique.

Nous sommes en 1564. Charles Quint a transmis à son fils futur Philippe II d'Espagne, la zone dite des Pays-Bas espagnols. Les Flandres subissent alors l’occupation espagnole. Les guerres de religion s'intensifient.
Quelques images du film sont d'une rare cruauté et permettent de comprendre le tourment de ce peuple subissant l'occupation étrangère.

Tout est étonnant dans ce film! Les plans sont en caméra fixe cependant la succession des poses est limpide.
Les paysages lointains sont des peintures. Les divers personnages présentés deviennent des modèles immobiles dans les vastes paysages des tableaux de Pieter Bruegel.

Le film est muet, la plupart du temps, comme l'est un tableau.
Seules quelques rares exceptions viennent presque troubler cette quiétude sonore: commentaires de Pieter Bruegel, réflexions d'une mère, monologue d'un bourgeois, bruitages,  ...

Bruegel, le moulin et la croix est un film de contrastes:
- les jeux de lumière exceptionnels en clair-obscur, qui pourtant ne sont pas une particularité de la peinture de Bruegel
- le silence et la mort en regard de la maternité et de la joie de vivre des enfants
- la pudeur et la discrétion protestante en regard de la violence (mât de supplice, enterrement à vif, ...) et parfois de la grossièreté des tuniques rouges espagnoles
- l'amour d'un jeune couple amant en regard de l'indifférence, voire de la violence, du vieux couple
- l'irréalité de l'apparition de la cavalerie dans le brouillard intense en regard de la réalité crue des actes qui vont être commis

L'irréalisme du moulin à vent perché en haut d'un rocher renvoie au divin et au céleste bien loin de la cruauté des hommes. Le meunier, tel un dieu, surveille la terre. Le ciel se déchaîne excédé par la cruauté des hommes.

Les thèmes de Bruegel, le moulin et la croix sont nombreux:
- la mort (parfois représentée comme un personnage), le suicide, la torture
- la maternité
- le pouvoir de la peinture qui peut figer le temps
- l'Histoire et la politique avec l'occupation espagnole et les conflits entre religions
- la spiritualité (Marie, Jésus, Calvaire, crucifixion, ...)

Le film nous présente, à travers le personnage de Bruegel, le processus intellectuel d'élaboration d'une peinture (métaphore de l'araignée à voir dans le trailer) et l'analyse qu'il en est fait à son commanditaire, véritable leçon de peinture.

Lech Majewski rend hommage à une grande partie de l'oeuvre de Bruegel:

Le portement de croix 1564
The way to Calvary
Pieter Bruegel
Kunsthistorishes Museum Wien

Les chasseurs dans la neige 1565
The hunters in the snow
Pieter Bruegel
Kunsthistorishes Museum Wien


Le suicide de Saül 1562
The death of Saül
Pieter Bruegel
Kunsthistorishes Museum Wien

La journée sombre 1565
The dark day
Pieter Bruegel
Kunsthistorishes Museum Wien


La tour de Babel 1563
The tower of Babel
Pieter Bruegel
Kunsthistorishes Museum Wien


La rentrée des troupeaux 1565
The return of the herd
Pieter Bruegel
Kunsthistorishes Museum Wien


La pie sous le gibet 1568
The magpie on the gallows
Pieter Bruegel
Hessisches Landesmuseum
Darmstadt, Allemagne




Film : Bruegel, le moulin et la croix
Réalisateur : Lech Majewski
Acteurs : Rutger Hauer, Charlotte Rampling, Michael York

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vendredi 30 décembre 2011

Dernière visite du Louvre cette année...

Statue de Jeanne d'Arc
place des Pyramides
Paris 1er
Sculpture de Caries
Retour de chasse
Jardin des Tuileries
Diane (1866)
Louis Auguste Lévêque (1814-1875)
Marbre de Carrare
Jardin des Tuileries
Cassandre se met sous la protection de Pallas (1877)
Aimé Millet (1819-1891)
Jardin des Tuileries
Caïn venant de tuer son frère Abel (1896)
Henri Vidal (1864-1918)
Jardin des Tuileries
Alexandre combattant (1836)
Nanteuil (1792-1865)
Marbre
Jardin des Tuileries
Bassin
Jardin des Tuileries
L'enlèvement de Psyché par Mercure 1593
Bronze
Adrien de Vries
Hercule tuant l'hydre de Lerne
XVIe siècle
Bronze
Psyché ranimée par le baiser de l'amour (1793)
Marbre
Antonio Canova (1757–1822)
Musée du Louvre
Lion
Collection du cardinal Alexandre Albani
Basanite verte - Marbre jaune
Ier siècle après JC
Thétis
Collection du cardinal Alexandre Albani
Marbre
IIe siècle après JC
Vénus et Cupidon
Collection du cardinal de Richelieu
Marbre
Ier ou IIe siècle après JC
Vénus
Collection Borghese
IIe-IIIe siècle après JC
Pyramide
Musée du Louvre
Musée du Louvre
Pavillon Sully
Musée du Louvre
Musée du Louvre

jeudi 29 décembre 2011

Si Paris nous était conté de Sacha Guitry

Si Paris nous était conté est un film de Sacha Guitry de 1955.
Ce film est la dernière fresque historique réalisée par Sacha Guitry après Si Versailles m’était conté en 1954 et Napoléon en 1955.

Devant de jeunes étudiants, Sacha Guitry raconte avec son imagination et sa verve les grandes heures de l'histoire de Paris, à travers le portrait des grandes figures qui ont marqué la capitale pendant vingt siècles.
Dans ce film, Sacha Guitry ne s'inquiète ni de la chronologie, ni de l'exactitude historique.
De joyeux anachronismes mettent sur un même plan les acteurs de différentes époques ainsi qu'un troubadour incarné par Gérard Philippe qui traverse, quant à lui, toutes les époques.

Si Paris nous était conté emprunte au théâtre le jeu des comédiens, ainsi qu'une bonne partie des décors.
En particulier, le Roi de Paris nous donne dans ce film une belle interprétation de Louis XI.
Au fil des siècles le spectateur découvre aussi François Ier, Henri III, Henri IV, Louis XVI, ...

Les femmes ont toute leur place dans ce film: Sacha Guitry fait dire à la très belle Gabrielle d'Estrées la phrase célèbre: « Paris vaut bien une messe » qui est attribuée à Henri IV, Agnès Sorel, la dame de Beauté-sur-Marne, se présente toute provocante à Charles VII, Catherine de Médicis et son rôle dans les guerres de religion, Lana Marconi, la femme de Sacha Guitry, joue Marie-Antoinette dans un rôle particulièrement solennel et fait dire à un révolutionnaire « Qu'on ait guillotiné le roi, même innocent, je veux bien l'admettre mais elle, même coupable, c'est inadmissible », Charlotte Corday tuant Marat, Sainte-Geneviève sauvant Paris…

Les anecdotes sont nombreuses:
Jules César installé sur la rive gauche crée le quartier latin, Agnès Sorel invitant Charles VII à la débauche, Louis XI, fils de Charles VII, crée l'imprimerie et la poste et appelle les artisans à Paris, Mazères de Latude passe six ans à construire une échelle pour s'enfuir de la Bastille, les compositions de la chanson Ca ira ou bien la célèbre chanson de Gavroche, le tir du petit canon au Palais-Royal, …

Le passage concernant la prison de la Bastille évoque les multiples évasions de Mazères de Latude, qui y passa 35 ans pour une tentative d'assassinat contre Madame de Pompadour. La longueur de l'épisode est compensée par l'humour de Louis de Funès...

On voit peu le Paris réel car la majeure partie des scènes a été tournée en studio.
C'est plus l'esprit de Paris qui intéresse Sacha Guitry que la ville en elle-même.
Le spectateur aperçoit près du Pont neuf et de ses mascarons, la statue d'Henri IV de Jean de Bologne.
Camille Desmoulins appelle à l'insurrection au Palais-Royal lors de la démission de Necker.
Les vues sur Notre-Dame de Paris sont récurrentes, y compris son point géodésique. La scène du Panthéon est assez cocasse et insiste sur l'ironie de l'histoire et la versatilité de l'opinion publique vis-à-vis de ses grandes figures…

A la fin du film, Sacha Guitry nous offre toutefois quelques cartes postales de monuments: statue de Jeanne d'Arc, statue de Molière, Panthéon, Opéra Garnier, Arc de triomphe, vitraux de Notre-Dame et une vue panoramique de Paris depuis l'Arc de triomphe.

Les artistes trouvent leur place dans cette fresque autant que les rois.
Sacha Guitry nous parle des poètes (Paul Verlaine, François Villon, Paul Fort, Baudelaire, Gérard de Nerval, ...), des encyclopédistes (D'Alembert, Diderot, …) et écrivains (Voltaire, Flaubert, Montesquieu, Molière, Beaumarchais, …), des peintres (Maurice Utrillo qui joue son rôle, Renoir, Toulouse-Lautrec, Cézanne, Rodin, Fantin-Latour, Vuillard, …).

Hélas, la myriade de figures présentées ne permet pas d’analyse ou d’explication.



Les thèmes abordés dans Si Paris nous était conté son nombreux: la mort (Voltaire, Louis XI, Henri III, Henri IV, Henri de Guise, ...), la liberté d'expression (Louis XI regrette les facilités de communication que sont l'imprimerie et la poste, la Bastille permet d’isoler ceux qui s’expriment contre le pouvoir), les mouvements politiques (les guerres de religion avec une évocation de la Saint-Barthélémy, la Révolution, l'affaire Dreyfus, …), l'art (une centenaire évoque la Belle Epoque, Francois Ier accroche la Joconde au Louvre, la Joconde est volée, Eugénie de Montijo est entourée de ses dames d'honneur comme dans le tableau de Winterhalter, le théâtre de la porte Saint-Martin donne la première de Cyrano de Bergerac, les virulents échanges du café Procope, …).

L'impératrice Eugénie avec ses dames d'honneur
Franz Xaver Winterhalter
1855
Musée National de Palais de Compiègne

Production : C.L.M. - S.N.E.G. - Franco London Films
Distribution : Gaumont
Scénario et dialogues : Sacha Guitry
Réalisation : Sacha Guitry
Directeur de la production : Gilbert Bokanovski
Acteurs: Françoise Arnoul, Jeanne Boitel, Gilbert Bokanovski, Julien Carette, Danielle Darrieux, Louis de Funès, Jean Debucourt, Jean-Jacques Delbo, Sophie Desmarets, Jacques Dumesnil, Sacha Guitry, Odette Joyeux, Robert Lamoureux, Pierre Larquey, Roland Lesaffre, Jean Marais, Lana Marconi, Michèle Morgan, Simone Paris, Giselle Pascal, Gérard Philipe, Marguerite Pierry, Renée St-Cyr, Jean Tissier, Utrillo, Jacques Varennes, ...

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mardi 27 décembre 2011

John Law à Paris

John Law (1671 Édimbourg, 1729 Venise) est un banquier et économiste écossais. Ses qualités de joueur compulsif et de criminel (dans le cadre d’un duel, toutefois) l’obligent à s’enfuir en Hollande en 1694.

La Hollande est alors un pays pionnier.
C’est là que sont créés pour la première fois une loterie nationale, une banque centrale nationale et une entreprise. En effet, l’année 1602 voit la création de la United Dutch East India Company, un monopole de commerce d'épices dont le périmètre s'étend du Cap de Bonne Espérance jusqu'au détroit de Magellan.
Les citoyens hollandais sont invités à prendre des parts de cette compagnie. Trois ans après, ceux qui souhaitent récupérer leurs parts sont invités à les revendre à d'autres épargnants car le remboursement est impossible. Ainsi fut créée la bourse des valeurs.

John Law analyse le système hollandais et envisage de reproduire ce système dans un autre pays...
Il arrive à Paris en 1715. A cette époque, la France est submergée par les dettes liées aux guerres de Louis XIV. Le duc d'Orléans, régent de Louis XV, accepte de suivre les théories de John Law pour traiter le problème de la dette.

Le système de John Law est basé sur trois principes :
- La création de la Banque générale pour l’émission de papier-monnaie contre de l’or
- La possibilité pour le roi de faire imprimer autant de papier-monnaie qu’il le souhaite
- La souscription par la population de parts de la Banque générale, comblant ainsi les dettes de l’État.

En 1717, John Law crée la Compagnie d'Occident, monopole d’État et reçoit du régent des parts de la Compagnie du Mississippi. Les français, confiants, se pressent rue de Quincampoix, bastion de John Law pour acheter des parts de la Compagnie du Mississipi. Le prix des parts ne cesse de grimper.

En 1718, la Banque générale devient Banque Royale et en 1719, la Compagnie d'Occident devient la Compagnie perpétuelle des Indes. En 1720, la Banque royale et la Compagnie perpétuelle des Indes fusionnent.
John Law est alors nommé Contrôleur général des finances puis surintendant général des Finances.

John  Law


Il est alors à la tête d’une immense fortune : le palais Mazarin (Bibliothèque nationale rue de Richelieu), un tiers des bâtiments de la place Vendôme, une douzaine de riches propriétés en province, des plantations en Louisiane, des parts de la Compagnie du Mississipi, …

Le système pyramidal n’étant basé que sur la confiance des épargnants (chaîne de Ponzi dans le documentaire), le prix des parts chute lorsqu’on apprend que les quelques colons allemands partis s’installer en Louisiane sont morts de faim et de maladies dans les nombreux marécages de la colonie française. La Louisiane n’est pas un nouvel Eldorado! Les parisiens attaquent violemment le palais Mazarin pour récupérer leurs deniers. John Law s’enfuit à Venise où il passe le reste de sa vie à jouer à des jeux d'argent et à écrire des lettres dans lesquelles il tente de se justifier.

Cet épisode marque donc le premier krach boursier de l’Histoire. Il permit, pour un temps, de régler la dette de la France en appauvrissant, toutefois, la population.

The ascent of money est un documentaire de référence de Niall Ferguson qui nous raconte l'histoire de la finance internationale.
L'épisode ci-dessous traite en particulier de l'influence de John Law dans l'économie française:


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dimanche 25 décembre 2011

La Victoire de Samothrace au Louvre

La victoire de Samothrace est une statue exposée au musée du Louvre, dans l'aile Denon.
L'auteur de cette oeuvre est inconnu.

La Victoire de Samothrace
environ 190 avant JC
musée du Louvre

La Victoire de Samothrace
musée du Louvre


La statue représente la déesse grecque Victoire. Dans la mythologie grecque, cette déesse est représentée par une femme ailée qui apparaît lors d'une victoire de guerre. Son nom grec est Nikê (bien proche de la célèbre marque de sport...).

Malgré ses ailes qui lui donnent un air de légèreté, la statue pèse plusieurs tonnes et mesure 3,28 mètres de haut (hors le bateau qui lui sert de socle). L'impression de légèreté est accentuée par l'effet d'un vent qui semble plaquer son chiton contre son corps. Le chiton est la tunique en lin habituelle des statues grecques.
Certains détails du corps sont parfaitement visibles (nombril, poitrine,...).
Les nombreux plis accentuent l'effet de mouvement. La tête et les bras étaient présents sur la statue à l'origine. A gauche de la statue, le visiteur peut voir, dans une vitrine, une des mains de la Victoire.

Main de la Victoire de Samothrace
Musée du Louvre

On retrouve la déesse Victoire dans le tableau de Philippe de Champaigne, peintre du roi.
Ce tableau représente Louis XIII en 1628 lors de la victoire de la Rochelle, bastion de la puissance protestante soutenue par l’Angleterre.

Louis XIII couronné par la Victoire
environ 1635
Philippe de Champaigne
musée du Louvre

La Victoire de Samothrace était placée, à l'origine, dans un sanctuaire sur l'île grecque de Samothrace en mer Egée. Ce sanctuaire était dédié aux Cabires. Ces divinités protégeaient les marins. Le socle en forme de bateau laisse supposer que la statue célèbre une victoire navale...

Lors de sa découverte en 1863, par Charles Champoiseau, vice-consul de France, elle était brisée en une centaine de morceaux. Les fragments ont été transportés à Paris où elle a été reconstituée.

La Victoire de Samothrace est un symbole du musée du Louvre car c'est l'une des premières oeuvres que les visiteurs peuvent contempler dans leur chemin vers la Joconde...

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vendredi 23 décembre 2011

La Diseuse de bonne aventure du Caravage

La Diseuse de bonne aventure est une peinture du Caravage (Caravaggio 1571- Porto Ercole 1610) créée en 1594-1595 et qui est exposée au musée du Louvre, aile Denon.

La jeune femme est une diseuse de bonne aventure. Elle saisit donc la main du jeune homme.

Au XVIe siècle, on reconnaissait les diseuses de bonne aventure au fait qu'elles portaient une robe accrochée sur une seule épaule. Dans la rue, on les identifiait donc facilement.

Le jeune homme est d'une classe sociale élevée. Il porte une épée, des vêtements luxueux, un chapeau orné de plumes. Son léger sourire et sa main sur sa hanche renforcent son attitude arrogante. Il s'agit probablement d'un aristocrate.
La diseuse ne regarde pas la main mais les yeux du jeune homme. Elle affiche aussi un léger sourire.
Ses deux doigts recourbés semblent indiquer qu'elle récupère très discrètement un anneau des doigts du jeune homme. Le naïf jeune homme ne semble pas se rendre compte du larcin en cours.

Le Caravage est le premier peintre qui ait représenté des voleurs et des tricheurs. Cependant, ce type de peinture était mal perçu car il sortait du cadre des sujets dits nobles qu'étaient la religion, l'Histoire et la mythologie.

Le Caravage accorde peu d'importance au décor, le cadrage est donc resserré sur le couple. Bien que l'on imagine que la scène ait lieu dans la rue, rien ne le prouve. L'attention du spectateur est, de fait, focalisée sur les personnages, leurs regards et leurs gestes.

La diseuse de bonne aventure
0,99 m par 1,31 m
Le Caravage
1594 - 1595
Musée du Louvre

Le Caravage mena une vie tumultueuse, fit de multiples séjours en prison du fait de rixes ou de ses querelles avec le peintre Giovanni Baglione. Accusé d'un meurtre, il fut condamné à mort par le pape Paul V de Borghese et dut s'exiler de Rome en 1606. Il mourut vraisemblablement de paludisme sur une plage à Porto Ercole près de Rome.
Une partie de son oeuvre est caractérisée par le clair-obscur. Certaines parties de la toile sont dans l'ombre, d'autres dans la lumière. Cette technique de peinture donna lieu au courant que l'on nomme caravagisme, courant qui fut suivi par de nombreux peintres dont Valentin de Boulogne et Georges de la Tour.

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jeudi 22 décembre 2011

Les Fleurs du Mal en musique

Léo Ferré a mis en musique quelques poèmes de Charles Baudelaire extraits des Fleurs du mal. Jean-Louis Murat a réalisé une adaptation du travail de Léo Ferré, dans un disque sorti en 2007 Charles et Léo - Les Fleurs du Mal. C'est l'occasion de relire quelques extraits des Fleurs du mal.

Charles et Léo - Les Fleurs du Mal
1. Sépulture
2. Avec Ses Vêtements



3. La Fontaine De Sang
4. L'Héautontimorouménos



5. L'Horloge



6. Le Guignon
7. Madrigal Triste
8. La Cloche Fêlée



9. L'Examen De Minuit
10. Bien Loin D'Ici



11. Je n'ai pas oublié
12. A une mendiante rousse (ma préférée...)



La couverture de l'album:

Charles et Léo
Les Fleurs du Mal
Jean-Louis Murat
2007

Un théâtre éphémère au Palais-Royal

La Comédie-Française sort de ses murs pendant la durée des travaux de mises aux normes de la salle Richelieu.

Les représentations auront lieu au 104, au Théâtre du Vieux-Colombier, au Studio-Théâtre, au Grand Palais ou encore dans un Théâtre Ephémère installé au Palais-Royal.
Ce théâtre est une construction en bois dont le coût serait d'environ 2 millions d'euros...
Il est, hélas, placé sous la galerie d'Orléans séparant ainsi complètement la cour et le jardin.






mercredi 21 décembre 2011

Giorgio Vasari au Louvre

Giorgio Vasari est né à Arezzo en Toscane en 1511. Il s'est formé à Florence et à Rome.
A partir de 1554, il travaille à Florence au service de la famille Médicis. A la tête d'un puissant atelier, il conçoit de gigantesques fresques au sein du Palazzo Vecchio à Florence ou dans la coupole de Sainte-Marie des Fleurs. Ses prestations en tant qu'architecte sont plus nombreuses. Il a, par exemple, conçu, à la demande de Cosme Ier de Médicis, un passage qui permet d'aller du Palazzo Vecchio au Palais Pitti.

Au delà de ses différentes activités artistiques, il a conçu en 1550 un ouvrage de référence sur l'histoire de l'art Vies des plus excellents architectes, peintres et sculpteurs italiens, de Cimabue à notre temps.
Giorgio Vasari fonde l'Académie de dessin de Florence en 1563. Il meurt en 1574 à Florence.

Giorgio Vasari appartient au courant des maniéristes qui privilégie une représentation élégante et gracieuse, plutôt que naturelle.

Les chantiers menés par Giorgio Vasari étaient d'une ampleur telle qu'une préparation minutieuse était primordiale. Giorgio Vasari dessinait donc dans un format réduit les projets de fresques.
Ce sont quelques uns de ces dessins que le musée du Louvre a rassemblé dans une salle dédiée. Les explications sont assez claires et une photographie (hélas miniature au regard des fresques!) de l'oeuvre finale est présentée sous chaque dessin. Au delà des oeuvres de Giorgio Vasari, cette exposition permet de mieux appréhender le travail d'élaboration d'une fresque au XVIe siècle.

Les dessins sont consultables sur le portail Joconde des collections des musées de France.
Voici par exemple l'Etude de putto ailé:

Etude de putto ailé
La charité
Giorgio Vasari
Musée du Louvre

« Cette belle Etude de putto ailé a été mise en rapport avec le décor de la Salle de Cybèle et d'Opis, dans l'appartement des Eléments du Palazzo Vecchio. Mais il pourrait également s'agir d'une étude préparatoire pour le Putto tenant le foudre de la Forge de Vulcain, à la salle des Eléments. Le dessin révèle un autre aspect de la virtuosité graphique de Vasari, capable d'exploiter les possibilités de la sanguine, médium inhabituel chez lui, avec un tel degré de douceur et de variété dans les nuances que la feuille fut longtemps attribuée à Raphaël d'Urbin. » Source: musée du Louvre

Giorgio Vasari
Musée du Louvre


Exposition «Giorgio Vasari, dessins du Louvre», jusqu’au 6 février 2012
Plus d'informations sur le site du musée du Louvre www.louvre.fr

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La galerie Véro-Dodat entre le Palais-Royal et les Halles

La galerie Véro-Dodat est un passage du 1er arrondissement de Paris qui permet d'aller de la rue Jean-Jacques Rousseau à la rue du Bouloi. Elle est classée aux Monuments Historiques en 1965.

Galerie Véro-Dodat

Galerie Véro-Dodat
Détail lampadaire

Galerie Véro-Dodat

Galerie Véro-Dodat
Caryatides

Galerie Véro-Dodat
Plafond
Minerve

Galerie Véro-Dodat
Entrée rue du Bouloi
Hermès et Héraclès

Galerie Véro-Dodat
Entrée rue Jean-Jacques Rousseau

« Ici s'élevait l'hôtel d'Antoine de Dreux d'Aubray, empoisonné avec ses deux fils par sa fille, la marquise de Brinvilliers, exécutée en 1676.
Le charcutier Véro acheta l'hôtel en 1823, et le fit raser pour édifier avec son associé Dodat la maison et le passage actuels. Un des premiers endroits éclairés au gaz de la capitale, la galerie Véro-Dodat eut un très grand succès, encore accru par la proximité des Messageries générales, installées rue du Bouloi, terminus de toutes les diligences de France.
Le percement de la rue du Louvre en 1854, puis la disparition des Messageries en 1880, supplantées par le chemin de fer, entraînèrent le déclin de la galerie, restaurée en 1980. » 
Source: galerie Véro-Dodat


Galerie Véro-Dodat


Paris, roman d'une ville de Stan Neumann

Paris, roman d'une ville est un film datant de 1991 de Stan Neumann réalisé d'après les travaux de l'historien d'art François Loyer.

Le Paris d'Haussmann a une mauvaise image de par les raisons historiques qui ont justifié les travaux de cet artiste démolisseur et de par les conséquences sur la vie des parisiens...

Au début du XIXe siècle, Paris a une structure héritée du Moyen-Age.Les travaux réalisés en quelques décennies transforment la ville en véritable capitale.

Le documentaire Paris, roman d'une ville nous montre comment, derrière les immeubles haussmanniens, on a laissé l'ancien Paris avec des enchevêtrements de maisons et parfois un désordre sans rapport avec la rigueur géométrique des grands boulevards tracés par le baron Haussmann.

Ce documentaire propose également une analyse de la transformation qui a fait de Paris une ville moderne: plans d'urbanisme, règles cadastrales, matériaux utilisés, configuration des intersections et perspectives, constructions en trompe-l'oeil, ornements des façades, pierres d'attente, ...




Réalisateur: Stan Neumann
Production: Les films d'ici, La sept, La caisse nationale des Monuments Historiques, Le centre audiovisuel de Paris

mardi 20 décembre 2011

Le sacre de l'empereur Napoléon Ier par David

Le sacre de l'empereur Napoléon Ier et le couronnement de l'impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804 est un tableau de Jacques Louis David (1748 Paris - 1825 Bruxelles) qui se trouve au musée du Louvre, aile Denon.

Ce tableau présente le couronnement de Napoléon et de sa femme Joséphine de Beauharnais au sein de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
L'instant exact représenté est le couronnement de Joséphine.
Sur la droite, on voit les hommes qui portent la couronne, le sceptre et la main de justice qui sont exposés au musée du Louvre.

Napoléon, qui était assez petit, semble ici dominer le tableau. Il domine les personnes situées sur la gauche car il est placé en haut des marches. Les personnes à droite du tableau sont, quant à elles, assises ou en retrait. Tel l'empereur romain Jules César, Napoléon porte une couronne de laurier.
C'est Napoléon lui-même, qui s'apprête à poser la couronne sur la tête de Joséphine.

Il n'est pas aisé de reconnaître la cathédrale Notre-Dame mais sur la droite, une Sainte Vierge de Nicolas Coustou est toujours présente aujourd'hui à Notre-dame.

Assis derrière Napoléon, le pape Pie VII lève sa main en signe de bénédiction. Napoléon l'avait
contraint à se déplacer de Rome pour cette cérémonie alors même qu'il s'est couronné lui-même
réduisant ainsi le rôle de Pie VII dans le cadre de ce sacre.

De nombreux personnages sont représentés. Pour autant, on peut reconnaître les différents groupes présents au sacre:
- le clergé: le pape Pie VII, le cardinal Caprara à droite du pape
- les officiers: Murat porte un petit coussin d'ornement où se trouvait la couronne de laurier
- la famille impériale: le prince Napoléon-Charles Bonaparte, fils d'Hortense de Beauharnais et petit-fils de Joséphine, est habillé de rouge et tient la main de sa mère.
- les politiques: Talleyrand en manteau rouge, ...

Bijoux et étoffes sont représentés avec un grand soin. Le spectateur perçoit parfaitement la texture de la traîne de Joséphine ainsi que sa boucle d'oreille. Napoléon et Joséphine sont habillés de rouge, couleur impériale.

Dans la tribune, assise sur un grand fauteuil, se trouve Laetitia, la mère de Napoléon. Elle n'était en réalité pas présente au sacre mais il convenait d'afficher dans ce tableau une unité familiale.

Projet d'envergure, ce tableau (6,21 m par 9,79 m) a été conçu par étapes.
David a d'abord réalisé des esquisses, des miniatures du tableau puis il a représenté les personnages nus pour la représentation des muscles. Chaque étape étant soumise à la validation du commanditaire, Napoléon en a profité pour demander que le pape soit représenté avec un geste de bénédiction qu'il n'a pas eu en réalité.
Député à la Convention et ami de Robespierre, David a voté la mort de Louis XVI. Auprès de Bonaparte, il devient le peintre officiel de l'Empire et se plie donc à ses bonnes volontés.

Le sacre de l'empereur Napoléon Ier
et le couronnement de l'impératrice Joséphine
dans la cathédrale
Notre-Dame de Paris,
le 2 décembre 1804
Jacques Louis David
Musée du Louvre

L'objectif réussi du tableau est de montrer la suprématie du couple impérial. Il s'agit donc d'un outil de propagande. Le regard du spectateur se pose effectivement sur le couple, de par la couleur de leurs habits, leur présence au centre et leur positionnement au premier plan par rapport à une foule située à l'arrière.

Il est à noter qu'en 1804, Napoléon s'apprête à conquérir une grande partie de l'Europe.

Une vidéo du site histoire-images qui fait une analyse du tableau:
http://www.histoire-image.org/media/media.php?i=313

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lundi 19 décembre 2011

Artémisia d'Alexandra Lapierre

Artémisia est un roman historique d'Alexandra Lapierre paru en 1998. Il nous présente la vie d'Artémisia Gentileschi, femme peintre du XVIIe siècle.



Le roman début par un épisode difficile: à 6 ans, Artémisia assiste sur les épaules de son père Orazio Gentileschi à l’exécution de Béatrice Cenci, jeune fille parricide violée par son père. On ne doute pas du fait que cela forge un caractère...

A 17 ans, alors que le Caravage vient de mourir sur une plage au nord de Rome, Artémisia est amoureuse d'un jeune romain mais son père refuse de la marier. Elle s'investit alors dans sa première oeuvre Suzanne et les vieillards.
C'est à l'occasion de la visite du chantier d'une fresque du palais du pape Paul V Borghese,
qu'Artémisia rencontre les collaborateurs de son père, dont son futur agresseur Agostino Tassi.
Artémisia a le sentiment d'un malheur à venir mais son père refuse de la marier, il ne peut se séparer d'elle.
Quelques mois plus tard, Agostino Tassi étant devenu le professeur de perspective d'Artémisia, il profite de l'intimité d'une leçon pour violer la jeune fille. Etonnament, elle continue alors à entretenir des relations intimes avec lui, croyant obtenir de lui un mariage pour laver sa honte... mais Tassi est déjà marié.
Orazio, mis au fait de cette agression, porte plainte et en novembre 1612, Agostino Tassi est condamné à choisir entre cinq ans de galère ou l'exil de Rome, mais le lendemain de ce jugement, la sentence est reformulée et il est simplement condamné à rester hors de Rome pendant cinq ans.
Bien faible condamnation au regard de son acte! Celle-ci sera d'ailleurs annihilée en 1613 par les Borghese.

En 1612, Orazio parvient à marier Artémisia avec un beau florentin, Pierantonio Stiattesi.
Celui-ci fait découvrir à Artémisia, les raffinements de Florence.
Artémisia s'intègre dans le milieu artistique florentin. Incarné par la famille Médicis, ce milieu se révèle moins concurrentiel que celui de Rome et plus favorable à l'émulation entre artistes.

A Florence, elle est parrainée par Michelangelo Buonarroti, petit-neveu de Michel-Ange.
En mars 1615, différents personnages de Florence se retrouvent à son domicile. Ainsi le grand-duc Cosme II de MédicisGalilée, le peintre Cristofano Allori et Michelangelo buonarroti découvrent Judith décapitant Holopherne. Cosme II de Médicis lui passe commande de multiples oeuvres et Artémisia démarre alors une carrière prodigieuse.

Blessée dans sa féminité par Agostino Tassi, elle sera aussi blessée dans sa maternité: ces trois premiers enfants décèdent en bas-âge, seul survit son quatrième enfant de Stiattesi, Prudenzia.

En 1621, Artémisia perd ses appuis avec la disparition de Cosme II de Médicis et du peintre Cristofano Allori, elle s'installe alors à Rome.

Dans un climat politique et religieux tendu (guerre de trente ans), Orazio Gentileschi quitte l'Italie.
Le prince Allemand Ferdinand II souhaite alors créer le Saint Empire: les protestants sont persécutés dans bon nombre de pays européens.
En France, « Louis XIII et Richelieu (...) abattaient d'une main les huguenots du royaume, tandis que de l'autre, ils tentaient de s'allier avec les nations schismatiques. Notamment avec l'Angleterre. Pour preuve de sa bonne foi, la France lui offrait l'une de ses filles - une reine très catholique... », Henriette-Marie.

Ce climat influence, de fait, les choix des différents gouvernements européens, y compris dans le domaine artistique. Alexandra Lapierre nous donne ici un exemple précis:
« Nul n'ignorait dans les cours de Madrid et de Londres pour quelle raison Richelieu retirerait bientôt à Rubens (...) la seconde partie de la grande commande que lui avait passée la reine mère pour son palais du Luxembourg.
Parce que Rubens travaillait pour l'Espagne! Parce que Rubens, venu installer à Paris ses tableaux à la gloire de Marie de Médicis, avait su rassembler autour de lui tous les partisans de la faction espagnole, et intriguer en faveur de la reine Anne d'Autriche contre Richelieu, contribuant à la division de la France en deux camps. »

En 1624, Orazio Gentileschi s'installe quelques mois au Louvre dans les appartements de Marie de Médicis cependant la concurrence avec Rubens et Giovanni Baglione est vive et il finit par gagner l'Angleterre convaincu par le duc de Buckingham qui fit une intervention remarquée en France:
« Favori du roi d'Angleterre, le duc de Buckingham venait chercher Henriette-Marie, fille cadette de Marie de Médicis, que Charles Ier avait épousée par procuration. Avant d'escorter la jeune reine dans son île, le sémillant duc allait trouver le moyen d'éblouir la Cour, de s'éprendre d'Anne d'Autriche et de se faire offrir quelques toiles par la France.
Richelieu refusa cependant de lui céder La Joconde et cette rebuffade mit Buckingham de méchante humeur.  »

Pendant ces quelques années, Artémisia continue son oeuvre et devient la maîtresse de l'ambassadeur d'Espagne auprès du Saint-Siège, le père de son cinquième enfant, Francesca.
En 1625, chez le cardinal Maurice de Savoie à Rome, elle rencontre Nicholas Lanier, maître de musique du roi d'Angleterre Charles Ier et son agent sur le marché de l'art italien. Artémisia et Nicholas sont amants quelques semaines.
A son retour contraint en Angleterre, il met en musique Hero and Leander, une plainte d'amants désunis.



Quelques mois plus tard, à Venise, Artémisia retrouve Nicholas Lanier pour une mission qui consiste à acheter pour le compte du roi d'Angleterre les toiles de la collection du duc de Mantoue, forcé de vendre ses oeuvres pour combler ses dettes.
La transaction s'avère compliquée, tant par la résistance du peuple de Mantoue qui souhaite conserver ces oeuvres que par le maigre budget artistique de Charles Ier. Celui-ci doit choisir entre le financement du siège de La Rochelle et son goût pour l'art. Il choisit l'art et son peuple lui fera payer durement ce choix.
Bien qu'Artémisia ait enfin rencontré l'Amour avec Nicholas Lanier, elle sent qu'un exil en Angleterre ne lui permettra plus de se dédier à son art. Elle se sépare de son amant et part à Naples avec ses filles pour  y installer un atelier.

En 1638, Orazio Gentileschi lui demande de jouer de son influence pour rapprocher Marie de Médicis (exilée dans les Flandres par son fils Louis XIII, suite à la journée des Dupes) et Charles Ier, son gendre.
Artémisia accompagne Marie de Médicis en Angleterre et rejoint Orazio au château de Greenwich
où celui-ci effectue sa dernière oeuvre qu'elle termine, son père disparaissant avant l'achèvement de l'oeuvre.

Elle rentre à Naples pour continuer ses activités artistiques et disparaît à l'âge de soixante ans.

Les thèmes abordés dans cet ouvrage sont nombreux: la difficulté de la création artistique au XVIIe siècle, le mécénat , les jeux d'influence et la corruption judiciaire, les relations d'un père et sa fille unis dans une même passion et pourtant rivaux, la rivalité entre artistes, l'importance de l'opinion publique, les différences culturelles et sociales entre les quatre villes italiennes mentionnées (Rome, Florence,Venise et Naples), le fonctionnement d'un atelier de peinture en Italie au XVIIe siècle, l'influence de la politique dans l'art, ...

Autoportrait en allégorie de la peinture
Artémisia Gentileschi
environ 1630
The Royal Collection
Kensington Palace
Londres

Poche: 669 pages
Editeur : Pocket
Date de parution: 1998
ISBN: 978-2266203302


A noter: exposition Artemisia Gentileschi au musée Maillol (Paris) du 14 mars au 15 juillet 2012


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dimanche 18 décembre 2011

A une mendiante rousse de Charles Baudelaire

A une Mendiante rousse

Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté
Et la beauté,

Pour moi, poète chétif,
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur,
A sa douceur.

Tu portes plus galamment
Qu'une reine de roman
Ses cothurnes de velours
Tes sabots lourds.

Au lieu d'un haillon trop court,
Qu'un superbe habit de cour
Traîne à plis bruyants et longs
Sur tes talons;

En place de bas troués
Que pour les yeux des roués
Sur ta jambe un poignard d'or
Reluise encor;

Que des noeuds mal attachés
Dévoilent pour nos péchés
Tes deux beaux seins, radieux
Comme des yeux;

Que pour te déshabiller
Tes bras se fassent prier
Et chassent à coups mutins
Les doigts lutins,

Perles de la plus belle eau,
Sonnets de maître Belleau
Par tes galants mis aux fers
Sans cesse offerts,

Valetaille de rimeurs
Te dédiant leurs primeurs
Et contemplant ton soulier
Sous l'escalier,

Maint page épris du hasard,
Maint seigneur et maint Ronsard
Epieraient pour le déduit
Ton frais réduit!

Tu compterais dans tes lits
Plus de baisers que de lis
Et rangerais sous tes lois
Plus d'un Valois!

- Cependant tu vas gueusant
Quelque vieux débris gisant
Au seuil de quelque Véfour
De carrefour;

Tu vas lorgnant en dessous
Des bijoux de vingt-neuf sous
Dont je ne puis, oh! Pardon!
Te faire don.

Va donc, sans autre ornement,
Parfum, perles, diamant,
Que ta maigre nudité,
O ma beauté!

Les Fleurs du Mal 
Charles Baudelaire
1857

Judith décapitant Holopherne d'Artémisia Gentileschi

La légende

L'Ancien Testament décrit les circonstances de la mise à mort du général Holopherne par la jeune Judith.
Pour le compte de Nabuchodonosor II, Holopherne est chargé de ravager tout le Proche-Orient.
Lors du siège de la ville juive de Béthulie (Massalah?), les habitants manquent d'eau et sont sur le point de se rendre lorsque la jeune et belle Judith décide d'intervenir.

Judith pénètre dans le camp ennemi et demande à rencontrer Holpherne.
Particulièrement sensible à sa beauté, il accepte un marché qu'elle lui propose: elle lui communiquera des informations sur la ville assiégée en échange de sa vie sauve. Il accepte. Ils ont ainsi l'occasion de se revoir plusieurs jours de suite.

Un soir, Judith parvient à enivrer Holopherne, qui s'endort dans ses bras. Avec l'aide de sa servante, elle le décapite et emporte sa tête dans un sac.
Au petit matin, le camp ennemi, ayant perdu son chef, est vaincu par le peuple de Béthulie.

L'analyse du tableau par Alexandra Lapierre

Le 15 mars 1615, à Florence le grand-duc Cosme II de médicis, Michelangelo Buonarroti (petit neveu de Michel-Ange), le peintre Cristofano Allori et Galilée découvrent le tableau Judith décapitant Holopherne d'Artémisia Gentileschi. Dans son ouvrage Artémisia, Alexandra Lapierre commente ainsi cette rencontre:

« Ils découvraient en cet instant, chez Artémisia Lomi*, la violence d'un grand tableau de l'école de Caravage, noir, bleu, rouge et or, cette Judith décapitant Holopherne, dont le cardinal Scipion Borghese avait naguère admiré l'esquisse.
Au premier plan, sur les draps d'un lit, la lame de l'épée posée bien à plat et les rigoles de sang qui ruissellent hors du cadre, sous l'oeil du spectateur.
Au second plan, la tête renversée d'Holopherne, la bouche ouverte dans un cri muet, le regard révulsé qui cherche les yeux du public, implore son secours.
Puis la main gauche de Judith, agrippant les cheveux de sa victime, qui pèse de tout son poids sur sa tempe.
Enfin, les avant-bras de Judith, deux lignes parallèles qui captent la lumière et conduisent jusqu'aux manches de sa robe, jusqu'à son visage...
Chacun, ici, connaissait toutes les variantes, tous les secrets du thème qui avait inspiré les plus grands artistes florentins: la Judith du sculpteur Donatello brandissait la tête d'Holopherne dans un des salons du Palazzo Vecchio; la Judith de Michel-Ange fuyait la tente du tyran, au plafond de la chapelle Sixtine...
Mais la sauvagerie de cette Judith là, sa joie en tranchant le cou du despote, sa façon puissante d'user de l'épée comme d'un couteau de cuisine; et puis le réalisme du sang, la précision de l'anatomie d'Holopherne: les muscles de ses bras bandés dans l'effort pour repousser les coups, ses jambes qui s'ouvraient et s'arc-boutaient... Jamais scène de meurtre n'avait été peinte avec une violence aussi crue! »

Judith décapitant Holopherne
Artémisia Gentileschi
1612
Museo di Capodimonte  Naples

Si Artémisia se prend elle-même comme modèle, c'est bien sous les traits d'Agostino Tassi, son agresseur, qu'elle représente Holopherne.

* Lomi était le nom du père d'Artémisia,
Gentileschi était le nom de sa mère, que son père portait aussi.

A noter: exposition Artemisia Gentileschi au musée Maillol (Paris) du 14 mars au 15 juillet 2012

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