mardi 18 octobre 2011

Alexandre le Grand de Jean Racine

Alexandre le Grand est une tragédie de Jean Racine.
Elle fut écrite en 1665 et présentée au Théâtre du Palais-Royal à Paris, la même année.

Alexandre le grand dans sa marche vers l'Indus, livre la bataille de l'Hydaspe en 326 av JC contre le roi Porus.

Voici quelques extraits de cette tragédie.

Les personnages
Alexandre
Porus, roi dans les Indes. Il aime Axiane.
Taxile, roi dans les Indes. Il aime aussi Axiane.
Axiane, reine dans les Indes.
Cléofile, sœur de Taxile. Elle aime Alexandre.
Éphestion

La tragédie
Alexandre jouit d'une réputation de conquérant absolu.






Cléofile
"Quoi ? vous allez combattre un roi dont la puissance
Semble forcer le ciel à prendre sa défense,
Sous qui toute l’Asie a vu tomber ses rois,
Et qui tient la fortune attachée à ses lois ?
Mon frère, ouvrez les yeux pour connaître Alexandre :
Voyez de toutes parts les trônes mis en cendre,
Les peuples asservis, et les rois enchaînés ;
Et prévenez les maux qui les ont entraînés."


La bataille d'Hydaspe va avoir lieu.
Taxile propose à Porus d'éviter la bataille en flattant Alexandre.





Taxile
"Taxile propose à Porus d'éviter la bataille:
Seigneur, sans se montrer lâche ni téméraire,
Par quelque vain hommage on peut le satisfaire.
Flattons par des respects ce prince ambitieux"


Porus, par honneur et amour, souhaite livrer bataille.





Porus
"Afin que par moi seul les mortels secourus,
S’ils sont libres, le soient de la main de Porus,
Et qu’on dise partout, dans une paix profonde :
« Alexandre vainqueur eût dompté tout le monde ;
Mais un roi l’attendait au bout de l’univers,
Par qui le monde entier a vu briser ses fers."


Porus à Axiane
"C’est vous, je m’en souviens, dont les puissants appas
Excitaient tous nos rois, les traînaient aux combats,
Et de qui la fierté, refusant de se rendre,
Ne voulait pour amant qu’un vainqueur d’Alexandre."


La bataille a lieu, Alexandre est vainqueur et Porus est compté pour mort.
Taxile rencontre Alexandre et lui abandonne sa soeur.





Taxile
"Oui, ma sœur, j’ai vu votre Alexandre.
D’abord ce jeune éclat qu’on remarque en ses traits
M’a semblé démentir le nombre de ses faits.
Mon cœur plein de son nom, n’osait, je le confesse,
Accorder tant de gloire avec tant de jeunesse ;
Mais de ce même front l’héroïque fierté,
Le feu de ses regards, sa haute majesté,
Font connaître Alexandre ; et certes son visage
Porte de sa grandeur l’infaillible présage,
Et sa présence auguste appuyant ses projets,
Ses yeux comme son bras font partout des sujets.
Il sortait du combat. Ébloui de sa gloire,
Je croyais dans ses yeux voir briller la Victoire.
Toutefois à ma vue oubliant sa fierté,
Il a fait à son tour éclater sa bonté.
Ses transports ne m’ont point déguisé sa tendresse :
« Retournez, m’a-t-il dit, auprès de la princesse,
Disposez ses beaux yeux à revoir un vainqueur
Qui va mettre à ses pieds sa victoire et son cœur. »
Il marche sur mes pas. Je n’ai rien à vous dire,
Ma sœur : de votre sort je vous laisse l’empire ;
Je vous confie encor la conduite du mien."


Alexandre offre le territoire conquis à Taxile.





Alexandre
"Seigneur, est-il donc vrai qu’une reine aveuglée
Vous préfère d’un roi la valeur déréglée ?
Mais ne le craignez point : son empire est à vous ;
D’une ingrate à ce prix fléchissez le courroux.
Maître de deux États, arbitre des siens mêmes,
Allez avec vos vœux offrir trois diadèmes.
Alexandre décrit la mort de Porus au combat.
Porus était sans doute un rival magnanime :
Jamais tant de valeur n’attira mon estime ;
Dans l’ardeur du combat je l’ai vu, je l’ai joint,
Et je puis dire encor qu’il ne m’évitait point :
Nous nous cherchions l’un l’autre. Une fierté si belle
Allait entre nous deux finir notre querelle,
Lorsqu’un gros de soldats, se jetant entre nous,
Nous a fait dans la foule ensevelir nos coups."


Porus est finalement vivant car Alexandre a demandé sa protection.





Cléofile
"Allez donc, retournez sur le champ de bataille ;
Ne laissez point languir l’ardeur qui vous travaille.
À quoi s’arrête ici ce courage inconstant ?
Courez : on est aux mains, et Porus vous attend."


Taxile
"Quoi ? Porus n’est point mort ? Porus vient de paraître ?"


Alexandre à Axiane
"Non, Madame, mes soins ont assuré sa vie.
Son retour va bientôt contenter votre envie.
Vous le verrez."


Taxile est tué au combat.





Axiane
"Oui, Seigneur, écoutez les pleurs de Cléofile.
Je la plains. Elle a droit de regretter Taxile :
Tous ses efforts en vain l’ont voulu conserver ;
Elle en a fait un lâche, et ne l’a pu sauver.
Ce n’est point que Porus ait attaqué son frère ;
Il s’est offert lui-même à sa juste colère."


Etonné par le courage de Porus, Alexandre lui offre l'ensemble des territoires qu'il vient de conquérir.






Alexandre
"Eh bien ! c’est donc en roi qu’il faut que je vous traite.
Je ne laisserai point ma victoire imparfaite ;
Vous l’avez souhaité, vous ne vous plaindrez pas.
Régnez toujours, Porus : je vous rends vos États ;
Avec mon amitié recevez Axiane"


Porus
"Seigneur, jusqu’à ce jour l’univers en alarmes
Me forçait d’admirer le bonheur de vos armes ;
Mais rien ne me forçait, en ce commun effroi,
De reconnaître en vous plus de vertu qu’en moi.
Je me rends ; je vous cède une pleine victoire.
Vos vertus, je l’avoue, égalent votre gloire.
Allez, Seigneur : rangez l’univers sous vos lois ;
Il me verra moi-même appuyer vos exploits.
Je vous suis, et je crois devoir tout entreprendre
Pour lui donner un maître aussi grand qu’Alexandre."


Alexandre, fils de Philippe de Macédoine
Musée du Louvre Paris 

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