samedi 3 décembre 2011

La guillotine dissimulée à la barrière Saint-Jacques

En juillet 1830, Louis-Philippe Ier arrive au pouvoir.
Fils de Philippe-Egalité, duc d'Orléans exécuté en 1793 et qui avait voté la mort de Louis XVI, le roi des français est un abolitionniste convaincu et il n'aura de cesse de répéter que son père était mort sur l'échafaud.

Les trois glorieuses viennent d'avoir lieu. Les batailles dans les rues de Paris ont fait 800 morts. Le peuple s'est révolté contre les mesures impopulaires de Charles X et de quatre de ses ministres: le prince de Polignac (Ministre des Affaires Etrangères), Jean de Chantelauze (Ministre de la Justice), le comte de Guernon-Ranville (Ministre secrétaire d’État au département des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique) et le comte de Peyronnet (Ministre de l'Intérieur).
Charles X s'est enfui en Angleterre mais les ministres ont été arrêtés et doivent être jugés.

Le 17 août 1830, le député Victor de Tracy soumet au Parlement une proposition d'abolition de la peine de mort. Celle-ci est acceptée par les parlementaires, qui, par opportunisme politique, souhaitent protéger la tête des quatre anciens ministres. Une commission d'étude est alors nommée pour étudier le sujet.

Hélas, le 5 octobre 1830, le député Alphonse Bérenger remet un rapport favorable à la peine de mort, l'argument principal étant que l'opinion publique n'est pas prête à l'abolition...
Par ailleurs, les parlementaires sont désormais assurés que Louis-Philippe ne souhaite pas la mort des quatre ministres, il n'y a donc plus d'enjeu politique quant à faire voter l'abolition de la peine de mort.

Pour autant, la Monarchie de Juillet procède à la reforme du code pénal.
La peine capitale ne pourra plus être appliquée aux faux-monnayeurs, aux voleurs, aux receleurs, aux meurtriers qui n'avaient pas prémédité leur crime, ...

Que faire de la guillotine? En 1832, objet de honte, elle est déplacée de la place de Grève à la barrière Saint-Jacques, à la périphérie de Paris. Les exécutions ont lieu à l'aube et en toute discrétion. Elle ne sert donc plus d'exemple.

En 1848, Victor Hugo prononce une plaidoyer contre la peine de mort devant l'Assemblée Constituante.

Il faudra attendre 1981, avec François Mitterrand et Robert Badinter, pour voir le vote de l'abolition
de la peine de mort.

Victor de Tracy
fils du philosophe Antoine Destutt de Tracy
est député de l'Allier lorsqu'il présente
en 1830 une proposition d'abolition
de la peine de mort

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