samedi 28 avril 2012

L'astronome de Johannes Vermeer


L’astronome est une peinture de Johannes Vermeer datant de 1668 et exposée au musée du Louvre, dans l’aile Richelieu.


L'astronome
1668
Huile sur toile
Hauteur 0,51 m * largeur 0,45 m
Johannes Vermeer (Delft 1632 - Delft 1675)

Ce tableau est de taille assez réduite du fait qu’il a probablement été peint pour un particulier. Au XVIIe siècle, les peintures étaient assez répandues dans les intérieurs hollandais et quelles que soient les classes sociales.

Le personnage se trouve dans un bureau, son air concentré et un manuel d’astronomie ouvert sur son bureau semblent indiquer qu’il travaille. Il observe des éléments sur le globe qu’il fait glisser légèrement.

Un tapis est placé sur son bureau. Au XVIIe siècle les tapis pouvaient également servir à couvrir les tables. Son utilité, dans ce tableau, consiste en la décoration d’une zone de l’œuvre : le velours du tapis est merveilleusement restitué par de petites touches de couleur. Le drapé du tapis assombrit certaines zones et fait ainsi ressortir les éléments éclairés de l’œuvre.

Eclairé par la lumière du jour et désigné par la main de l’astronome, le globe attire particulièrement le regard du spectateur. Un support de bois est peint exactement au niveau du rebord de la fenêtre.
Les motifs peints sur le globe sont des personnages mythologiques utilisés pour nommer les constellations. Le globe représente le ciel et non la terre.

Un astrolabe placé sur le bureau servait à se diriger en se référant aux étoiles. Cet outil était surtout utilisé par les marins, dont beaucoup étaient hollandais.

L’ensemble du tableau est peint avec une grande précision. On a d’ailleurs pu identifier l’auteur du manuel d’astronomie : Adrian Metius. Vermeer parvient à restituer les variations de lumière sur le globe ou sur les autres objets ainsi que le reflet de l’astrolabe sous la fenêtre.

Une date en chiffres romains figure sur l’armoire. Il pourrait s’agir de l’année de création de l’œuvre.
Une inscription au-dessus de la date, presque imperceptible IV Meer pourrait être la signature de Vermeer.

Les tableaux de Vermeer sont rares, probablement par perfectionnisme et aussi parce qu’il exerçait un autre métier, celui de marchand de tableaux.

Ici une vidéo présentant une analyse de cette oeuvre.

vendredi 27 avril 2012

Modigliani de Christian Parisot

Modigliani est une biographie de Christian Parisot publiée chez Gallimard en 2005.



Cette biographie d'Amedeo Modigliani est très détaillée. En particulier, le contexte dans lequel Paris accueille les jeunes artistes du monde entier est décrit:
« Le Paris de 1906 est un Paris rénové, modernisé dans les cinquante dernières années. Un Paris rajeuni depuis qu'un bouillant préfet de la Seine, conjuguant ambition et réussite, l'a rendu plus accessible, plus propre, plus vivable et plus beau; depuis que le baron Georges Haussmann a doté la capitale, restée médiévale à bien des égards, de larges avenues plantées d'arbres, les plus larges qu'ont ait jamais vues. Il l'a aussi équipée d’égouts et d'un réseau d'adduction d'eau courante, l'a agrémenté de parcs, de grands jardins et de squares, en a réglementé la construction pour harmoniser les architectures et les alignements. Corniches, balcons et moulures se doivent maintenant d'embellir les façades. En ce début du XXe siècle, Paris est redevenu, comme à la Renaissance, comme au Grand Siècle et comme au siècle des Lumières, une capitale culturelle rayonnante, le centre du monde des arts et des lettres, synonyme d'imagination, d'invention, d'audace, voire de fronde. L'esprit parisien attire, séduit, enchaîne et donne des ailes à tout un monde international de peintres, sculpteurs, poètes, écrivains, musiciens en quête de grands espaces où repousser les limites de leurs murs intérieurs et donner libre cours à leur soif de créativité. Les deux collines, l'une au nord, l'autre au sud, de Montmartre et de Montparnasse, sont animées par un tourbillon de fantaisie et d'énergie libératrice. Toute une tribu bigarrée venue d'horizons lointains, des steppes d'Europe de l'Est, des montagnes de Castille, des lacs scandinaves ou des terres de Toscane, s'y mêle aux artistes français et au peuple parisien. "L'imagination des peuples énervés tourne autour d'une invisible flamme dont le foyer est Paris", comme dit si joliment et si justement l'historien de l'art Elie Faure. »
Editeur : Gallimard (27 octobre 2005)
Collection : Folio Biographies
ISBN-13: 978-2070306954

Le Paris de mes amours Abécédaire sentimental de Régine Deforges


Le Paris de mes amours Abécédaire sentimental est un ouvrage de Régine Deforges publié chez Plon en 2011.



Cet ouvrage se lit avec délice, non pas à la façon d’un roman, mais plutôt comme un merveilleux patchwork.
Régine Deforges nous fait profiter de ses connaissances et de son amour pour la capitale.
Bien que l’ouvrage soit structuré de façon alphabétique, les thèmes sont variés : lieux, personnages, anecdotes, Histoire, ...
Régine Deforges nous parle de Paris comme elle le ferait dans une conversation amicale, en passant librement d’un sujet à un autre sans se soucier de transitions…
L’ouvrage se prête parfaitement à une découverte au hasard des pages.

Notons que le titre de l’ouvrage Abécédaire sentimental est un clin d'oeil à l'une de ses passions... le point de croix!
On apprend également qu’un ouvrage est présenté au café Procope :
« Une chronologie des rois de France existe, réalisée au point de croix. J’ai trouvé la même chez un brocanteur de l’Eure : il n’y était pas non plus fait mention de Napoléon… »

Les anecdotes, historiques ou personnelles, sont nombreuses. Régine Deforges peut évoquer avec pudeur sa rencontre avec Robert Mitchum, comme nous parler des « graffitis » de Restif de la Bretonne ou bien encore de la colonne Médicis:
«  la colonne fut érigée, en 1572, par Catherine de Médicis, pour son astrologue et amant, Cosimo Ruggieri. La reine gravissait souvent en sa compagnie les cent quarante-sept marches pour se faire lire l'avenir dans les astres »

Le lecteur notera le travail de documentation réalisé dans cet ouvrage ainsi que le clin d'oeil à Philippe Krief dans le chapitre dédié à la place de la Bastille.

... et s'il ne fallait retenir qu'un paragraphe de ce merveilleux ouvrage, ce serait celui consacré à l'Amour:
« Tout, à Paris, est complice des amants: le regard des passants, la rengaine que leur joue en souriant l'accordéoniste, la marchande de fleurs qui tend une rose ou un bouquet de violettes à l'amoureuse. Le garçon de café les sert, l'air entendu. [...] Vive l'amour à Paris! Plus tard, les amants se souviendront de ce Paris enchanté. Et si l'amour ne dure pas, il reste au coeur le souvenir d'un instant de bonheur. »


  • Editeur : Plon (20 octobre 2011)
  • ISBN-13: 978-2259207690



mardi 24 avril 2012

La tour de verre de Boris Vian


Isabelle vivait
En haut d'une tour de verre (bis)
La porte était gardée
Par des guerriers barbus
Quatre guerriers barbus
Deux sans tête et deux sans cul.

Quand on venait la voir
On passait la grande porte (bis)
On montait l'escalier
Avec les trois geôliers
Velus et moustachus
Un aveugle et deux tordus.

Voulez-vous bien m'ouvrir
La prison d'Isabelle (bis)
car elle va mourir
Et les deux porte-clés
Ne la reverront plus
Le boîteux et le bossu.

L'aumônier de la tour
Priait pour Isabelle (bis)
Depuis quarante jours
Etait devenue si pâle
Qu'on ne la voyait plus
Son coeur même s'était tu.

Isabelle, Isabelle, Isabelle, Isabelle, Isabelle, Isabelle, ...

Les oiseaux de la tour
Vinrent à tir d'aile (bis)
Et firent de leurs plumes
Un nid pour Isabelle
De leur duvet ténu
Ils couvrirent son corps nu.

On enterra son corps
Dans un champ d'asphodèles (bis)
Et les guerriers barbus
Les geôliers moustachus
Les porte-clés bossus
S'en vinrent pleurer dessus.

Boris Vian 1947










Ici une écoute de cette chanson interprétée par le groupe les marche-pied

dimanche 22 avril 2012

Paris au mois d'août de René Fallet

Paris au mois d’août est un roman de René Fallet. Cet ouvrage a obtenu le prix Interallié en 1964.



Dans Paris au mois d’août, la capitale est le terrain de jeu d'un couple éphémère. Henri Plantin mène une vie bien rangée. Lorsqu'au mois d'août, il envoie femme et enfants à la mer, c'est pour lui une nouvelle liberté et opportunément un coup de foudre. Conquis par Patricia Greaves, une jeune anglaise charmante, il vit les meilleures semaines de sa vie.

La poésie et la mélancolie de l'ouvrage sont merveilleux et les nombreuses promenades dans Paris ne font que rehausser la magie de l'ensemble.
« Point n'est besoin d'un tour du monde ou de Venise pour un voyage de noces. Ils firent le leur sur le territoire de cinq ou six arrondissements de Paris. Au Carrousel, il l'embrassa. Devant le 22 de la rue de Beaune, elle l'embrassa. Il l'embrassa encore à Saint-Germain-des-Prés [...] Elle l'embrassa encore dans les jardins du Luxembourg, où font les cent pas depuis des siècles les amours de Paris. Ils revirent le Panthéon, où n'avaient pas encore été transférées les cendres de l'empereur. Prirent le thé à une terrasse du Boul' Mich'. »
L'histoire d'amour présentée est émouvante et le lecteur, par des points communs inévitables, ne peut que s'identifier aux personnages.
Henri Plantin incarne, quant à lui, un anti-héros attachant:
« Face au danger, il fut héroïque, se déshabilla, se jeta sur le lit et se couvrit d'un drap pour n'y plus penser, n'y plus penser. »
L'ironie est omniprésente. Elle permet à René Fallet d'exprimer son point de vue critique sur la société:
- le dédain de la société vis-à-vis du monde ouvrier
« Ils quittent leur taudis pour des H.L.M qui, dans dix ans, deviendront d’autres taudis… » 
- les forces de l'ordre
« Un flic, parfois, éclaboussait la rue comme une tâche sur une page de cahier. [...] Un automobiliste tournait en rond depuis une heure et demie, épié par l’œil gourmand de charognards dits « contractuels ». »
- le tourisme à outrance 
- le rythme de vie du parisien
« Le soleil cuisait la foule dans un malodorant court-bouillon de chaussettes et de balançoires à Mickey. Paris l’été, six heures du soir, fleurait l’aisselle et la vaisselle. [...] Un piston projetait des giclées d’hommes et de femmes dans la gueule grise du métro. [...] La multitude fusait en tous sens, évoquant, vue des toits, soit un grouillement mou d’amibes, soit tout un charleston de spermatozoïdes pressés de faire mouche. »
- le monde du travail: Henri Plantin vit son travail de vendeur du rayon pêche comme un emprisonnement quotidien et une humiliation.
« Par-dessus l'habit de lumière de son amour tout neuf, il enfilerait dès le matin une blouse grise de vendeur. Il en ferma les yeux de dégoût. Il se suiciderait en avalant tous les hameçons de la Samar. »
- la circulation automobile:
« Là-bas, rue Beaubourg, passaient des automobiles. Et des automobiles. Et des automobiles... Et des automobiles... C'était un autre mouvement de la nature, comme les marées, les saisons et les comètes. Et des automobiles. Puis des automobiles. »
Le lecteur retrouve également les thèmes chers à René Fallet:
- la pêche 
- l'amitié née des rendez-vous au café Rosenbaum pour des parties de belote et des pronostics au tiercé. Cette amitié est toutefois menacée par un réaménagement de l'espace urbain imminent:
« Moi, je vais vous dire: ce qu’ils veulent détruire, c’est pas les vieux quartiers. Les taudis, ça les empêche pas de dormir, vu qu’ils ont jamais dormi dedans. Ce qu’ils veulent détruire; c’est l’amitié. Oui l’amitié. Dans les H.L.M., au moins, y en a plus, y a plus de conversations, plus rien. Les types se voient pas, se connaissent pas, leur reste que la famille, et c’est pas toujours primesautier, pas vrai? »
- l'amour exprimé avec poésie, comme dans cette longue phrase, qui force l'essoufflement par l'absence de ponctuation:
« Mais il y avait Pat mon amour ma chérie darling ma danse dancing my love lovée dans la lumière mon orange mon coquelicot d'hier ma pervenche d'aujourd'hui ma fourrure mon bonnet de miel ma libellule d'Angleterre Pat mon amour ma limpide Albion tout mon azur toute ma fumée tes yeux de cendre ta bouche de garance ta peau de bas de soie... » 
Cet amour est cependant légèrement terni par des mensonges réciproques sur les statuts professionnels de chacun. La séduction passe alors par une forme de manipulation: chacun se présente tel qu'il n'est pas.

Le lecteur notera quelques références à l'Art. Henri Plantin se dit peintre pour cacher son statut de vendeur à la Samaritaine. René Fallet nous livre une critique en bonne et due forme des pseudo-artistes du tourisme de Montmartre:
« Il avait suffi d'un Utrillo et d'un bateau-lavoir pour donner le jour à des millions de croûtes. On venait voir les artistes. Ils ne décevaient pas. [...] Du Sacré-Coeur plein les toiles, rouge, blanc, gris, or, caca, pipi, pour salles à manger, chambres à coucher, pour tous les goûts, tous les dégoûts et tous les prix. »
René Fallet évoque également une ressemblance entre Henri Plantin et Charles Aznavour.
L'ouvrage Paris au mois d'août a été adapté au cinéma en 1966 par Pierre Granier-Deferre et Charles Aznavour y joue le rôle d'Henri Plantin ainsi que l'interprétation du générique:





Titre: Paris au mois d'août
Auteur: René Fallet
ISBN: 9782070365968
Parution le 28/06/1974

samedi 14 avril 2012

Concarneau






Le Grand Cormoran de Jean Lemonnier







Le "Nacarat" d'Erwan Tabarly et Eric Péron

vendredi 13 avril 2012

Le printemps sur l'île de la Cité

Square Jean XXIII

Notre-Dame depuis le square Jean XXIII


Square Jean XXIII

Square Jean XXIII

Fontaine de la Vierge


Fontaine de la Vierge

Le long de la Seine, un Paris d'avril ignorait superbement tous ces gens occupés à optimiser dans des bureaux climatisés. Il y en avait, pourtant. Je venais de les quitter.
A Austerlitz, le ciel n'était que bleu, j'ai décidé de rentrer à pied jusqu'à l'île de la Cité. M'offrir une heure.
Baigné de soleil, le parvis de Notre-Dame faisait le plein de touristes. J'ai croisé des Américaines en goguette, des Italiennes en short, des Japonais en groupe. Un instant j'ai imaginé ce qu'ils pouvaient bien penser en voyant un autochtone flâner sur les quais en sifflotant après un déjeuner de travail. Avoir cette ville pour lui, ses monuments, ses arbres, son histoire et le reste, et tout ça chaque jour de la semaine, quand même, c'est dingue, ils devaient se dire.
L'instant d'après, j'ai réalisé que cet autochtone, c'était moi. Alors je suis allé voir les oiseaux avant de reprendre le métro.

Extrait de Le métro est un sport collectif de Bertrand Guillot (parution janvier 2012 aux éditions Rue Fromentin)

lundi 2 avril 2012

La Reine morte d'Henry de Montherlant


La Reine morte est une pièce de théâtre datant de 1942 d'Henry de Montherlant (1895-1972), basée sur l'histoire tragique d'Inès de Castro.

Inès de Castro, fille d'une grande famille castillane, était la maîtresse du futur roi Pedro Ier du Portugal et fut assassinée en 1355 à Coimbra. Ce tragique épisode de l’Histoire du Portugal reste dans la mémoire collective comme un événement d’un romantisme incomparable. Mourir par amour…

C’est à Coimbra, sur la rive gauche du Mondego, dans le jardin d'un hôtel particulier du XVIIIe siècle, la Quinta das Làgrimas (le jardin des larmes), que les amoureux rendent encore aujourd’hui hommage à la mémoire d’Inès de Castro. Au fond de ce jardin, la fontaine aux larmes était le lieu de rencontre des deux amants…



A proximité de la Quinta se trouve le couvent de Santa Clara. Ce monument du début du XIVe siècle fut érigé à la demande de l’autre grande figure féminine de Coimbra, la reine Sainte Isabel. Le couvent subit jusqu’en 1996 la montée des eaux du Mondego et des travaux ont permis depuis de le sauver des infiltrations. Il peut désormais être visité.

Dans un palais qui n’existe plus, en bordure de ce couvent, la folie humaine a ordonné la décapitation d’Inès de Castro, alors âgée de 34 ans et qui avait commis le crime d’aimer et d’être aimée de l’infant Pedro. Celui-ci se vengea avec cruauté des meurtriers et fit couronner sa belle avant de lui offrir une sépulture à la hauteur de son amour.

Aujourd’hui, au monastère d’Alcobaça, deux tombeaux se font face : ce sont les sépultures de D. Pedro Ier du Portugal et d’Inès de Castro. La légende raconte que les tombeaux se font face afin que le jour du Jugement Dernier, en se relevant, leur premier regard soit l’un pour l’autre…

Cet amour adultère n’aurait pas été une menace si la femme de D. Pedro, la princesse de Castille Constança Manuel, n’était décédée en donnant naissance au futur roi du Portugal, D. Fernando Ier.
Veuf, D. Pedro pouvait épouser son amante Inès.
Le roi Afonso IV tente alors de remarier son fils à une autre femme mais le prince refuse. Inès de Castro donne au prince quatre enfants, alimentant ainsi des rumeurs de conspiration contre l’infant D. Fernando Ier et qui laisserait le champ libre aux enfants d’Inès, pour un accès à la couronne.
Afonso ordonne alors la mort d’Inès le 7 janvier 1355, profitant sournoisement de l’absence du prince D. Pedro.
S’ensuivent des mois de conflit entre le père et le fils et à la mort d’Afonso IV en 1357, D. Pedro devient roi du Portugal.

Détail du couronnement d’Inés de Castro
Pierre-Charles Comte 1849
Musée des Beaux-Arts de Lyon
Sur la base d’une intrigue classique, une histoire d’amour qui va à l’encontre de la raison d’Etat, Henri de Montherlant a écrit un chef d’œuvre.

Le mariage de l’infant Pedro, fils du roi Ferrante (Afonso IV), avec l'infante de Navarre, est rendu impossible par le mariage antérieur du prince avec Inès de Castro. La Reine morte ne reprend pas exactement les faits historiques connus de cette tragédie.
La pièce de théâtre met en exergue la psychologie des personnages, et en particulier celle de Ferrante. Le lecteur découvre au fil des pages le cheminement intellectuel complexe qui amène Ferrante à ordonner la mort d’Inès. C’est là, le fil conducteur de la pièce.

Ferrante est un personnage ambigu, manipulé et manipulateur, traître, il cherche à comprendre son rôle en tant que roi et en tant que père. Ses hésitations le font apparaître plus comme un homme que comme un roi. D’ailleurs sa mort à la fin de la pièce le ramène à sa condition d’homme et symboliquement, sa cour préfère rendre hommage à la dépouille d’Inès qu’à la sienne.

Le personnage d’Inès est, quant à lui, ponctué d’une incroyable candeur et d’une certaine naïveté : elle a confiance en Ferrante et même si elle n’aspire qu’à être auprès de son amour, elle a cependant conscience d’une menace grandissante autour d’elle.
Inès et Pedro ont une démarche intellectuelle moins complexe que le roi Ferrante. Ils s'en tiennent à leur position tout au long de la pièce et subissent les événements.


Le personnage de l'Infante est, lui, plus intéressant. Au départ, elle se sent bafouée, humiliée et disparaît. Lorsqu'elle revient dans la pièce, son rôle est sans rapport avec son intervention initiale: elle aspire à sauver Inès, sa rivale et finit par être l'oiseau de mauvais augure, malheureusement juste dans ses prédictions.

La supplication d'Inès de Castro
Francisco Vieira dit O portuense
1802
Musée d'Art ancien de Lisbonne

Un extrait du film La Reine morte de Pierre Boutron




Ici quelques extraits sélectionnés dans la pièce de Montherlant.


La Reine morte d'Henry de Montherlant - Extrait


Alvar Goncalves
Tacite écrit: "Tous deux étaient coupables. Cumanus seul fut exécuté, et tout rentra dans l'ordre."
Ferrante:
N'est-ce pas cruauté affreuse, que tuer qui n'a pas eu de torts?
Alvar Goncalves
Des torts! Elle en a été l'occasion
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Inès
Est-ce ton coeur qui bat si fort, ou le mien?
Pedro
Le nôtre
Inès
Je voudrais donner ma vie pour toi.
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L'Infante
Je ne suis pas encore parvenue à comprendre comment on peut aimer un homme. Ceux que j'ai approchés, je les ai vus, presque tous, grossiers, et tous, lâches. Lâcheté: c'est un mot qui m'évoque irrésistiblement les hommes.
Inès
N'avez-vous donc jamais aimé, Infante?
L'Infante
Jamais, par la grâce de Dieu.
Inès
Mais sans doute avez-vous été aimée?
L'Infante
Si un homme s'était donné le ridicule de m'aimer, j'y aurais prêté si peu d'attention que je n'en aurais nul souvenir.

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Ferrante
Capitaine, dona Inès de Castro sort d'ici et se met en route vers le Mondego, avec quatre hommes à elle, peu armés. Prenez du monde, rejoignez-la, et frappez. Cela est cruel mais il le faut. Et ayez soin de ne pas manquer votre affaire. Les gens ont toutes sortes de tours pour ne pas mourir. Et faites la chose d'un coup.
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Ferrante
Messieurs, dona Inès de Castro n'est plus. Elle m'a appris la naissance prochaine d'un bâtard du prince. Je l'ai fait exécuter pour préserver la pureté de la succession au trône, et pour supprimer le trouble et le scandale qu'elle causait dans mon État. C'est là ma dernière et grande justice.
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Narration finale

Au milieu de ce tumulte, on apporte sur une civière Inès morte, pendant que des cloches sonnent. Le tumulte à l'instant s'apaise. En silence, tous s'écartent du cadavre du Roi étendu sur le sol, se massent du côté opposé de la scène autour de la litière, à l'exception de Dino del Moro qui, après un geste d'hésitation, est resté un genou en terre auprès du Roi. A ce moment apparaît don Pedro; il se jette contre la litière en sanglotant. Le lieutenant Martins entre à son tour, portant un coussin noir sur lequel repose la couronne royale. Pedro prend la couronne et la pose sur le ventre d'Inès. Puis il se tourne vers l'officier des gardes; celui-ci dégaine; tous les gardes font de même et présentent l'épée. Alors Pedro force par son regard l'assistance à s'agenouiller; le Prince de la Mer ne le fait qu'à regret. Pedro s'agenouille à nouveau, et, la tête sur le corps d'Inès, il sanglote. L'assistance commence à murmurer une prière. A l'extrême droite, le corps du roi Ferrante est resté étendu, sans personne auprès de lui, que le page andalou agenouillé à son côté. Le page se lève avec lenteur, regarde longuement le cadavre, passe avec lenteur vers la civière, hésite, se retourne pour regarder encore le Roi, puis, se décidant, va s'agenouiller avec les autres, lui aussi, auprès de la civière. Le cadavre du Roi reste seul.