dimanche 22 avril 2012

Paris au mois d'août de René Fallet

Paris au mois d’août est un roman de René Fallet. Cet ouvrage a obtenu le prix Interallié en 1964.



Dans Paris au mois d’août, la capitale est le terrain de jeu d'un couple éphémère. Henri Plantin mène une vie bien rangée. Lorsqu'au mois d'août, il envoie femme et enfants à la mer, c'est pour lui une nouvelle liberté et opportunément un coup de foudre. Conquis par Patricia Greaves, une jeune anglaise charmante, il vit les meilleures semaines de sa vie.

La poésie et la mélancolie de l'ouvrage sont merveilleux et les nombreuses promenades dans Paris ne font que rehausser la magie de l'ensemble.
« Point n'est besoin d'un tour du monde ou de Venise pour un voyage de noces. Ils firent le leur sur le territoire de cinq ou six arrondissements de Paris. Au Carrousel, il l'embrassa. Devant le 22 de la rue de Beaune, elle l'embrassa. Il l'embrassa encore à Saint-Germain-des-Prés [...] Elle l'embrassa encore dans les jardins du Luxembourg, où font les cent pas depuis des siècles les amours de Paris. Ils revirent le Panthéon, où n'avaient pas encore été transférées les cendres de l'empereur. Prirent le thé à une terrasse du Boul' Mich'. »
L'histoire d'amour présentée est émouvante et le lecteur, par des points communs inévitables, ne peut que s'identifier aux personnages.
Henri Plantin incarne, quant à lui, un anti-héros attachant:
« Face au danger, il fut héroïque, se déshabilla, se jeta sur le lit et se couvrit d'un drap pour n'y plus penser, n'y plus penser. »
L'ironie est omniprésente. Elle permet à René Fallet d'exprimer son point de vue critique sur la société:
- le dédain de la société vis-à-vis du monde ouvrier
« Ils quittent leur taudis pour des H.L.M qui, dans dix ans, deviendront d’autres taudis… » 
- les forces de l'ordre
« Un flic, parfois, éclaboussait la rue comme une tâche sur une page de cahier. [...] Un automobiliste tournait en rond depuis une heure et demie, épié par l’œil gourmand de charognards dits « contractuels ». »
- le tourisme à outrance 
- le rythme de vie du parisien
« Le soleil cuisait la foule dans un malodorant court-bouillon de chaussettes et de balançoires à Mickey. Paris l’été, six heures du soir, fleurait l’aisselle et la vaisselle. [...] Un piston projetait des giclées d’hommes et de femmes dans la gueule grise du métro. [...] La multitude fusait en tous sens, évoquant, vue des toits, soit un grouillement mou d’amibes, soit tout un charleston de spermatozoïdes pressés de faire mouche. »
- le monde du travail: Henri Plantin vit son travail de vendeur du rayon pêche comme un emprisonnement quotidien et une humiliation.
« Par-dessus l'habit de lumière de son amour tout neuf, il enfilerait dès le matin une blouse grise de vendeur. Il en ferma les yeux de dégoût. Il se suiciderait en avalant tous les hameçons de la Samar. »
- la circulation automobile:
« Là-bas, rue Beaubourg, passaient des automobiles. Et des automobiles. Et des automobiles... Et des automobiles... C'était un autre mouvement de la nature, comme les marées, les saisons et les comètes. Et des automobiles. Puis des automobiles. »
Le lecteur retrouve également les thèmes chers à René Fallet:
- la pêche 
- l'amitié née des rendez-vous au café Rosenbaum pour des parties de belote et des pronostics au tiercé. Cette amitié est toutefois menacée par un réaménagement de l'espace urbain imminent:
« Moi, je vais vous dire: ce qu’ils veulent détruire, c’est pas les vieux quartiers. Les taudis, ça les empêche pas de dormir, vu qu’ils ont jamais dormi dedans. Ce qu’ils veulent détruire; c’est l’amitié. Oui l’amitié. Dans les H.L.M., au moins, y en a plus, y a plus de conversations, plus rien. Les types se voient pas, se connaissent pas, leur reste que la famille, et c’est pas toujours primesautier, pas vrai? »
- l'amour exprimé avec poésie, comme dans cette longue phrase, qui force l'essoufflement par l'absence de ponctuation:
« Mais il y avait Pat mon amour ma chérie darling ma danse dancing my love lovée dans la lumière mon orange mon coquelicot d'hier ma pervenche d'aujourd'hui ma fourrure mon bonnet de miel ma libellule d'Angleterre Pat mon amour ma limpide Albion tout mon azur toute ma fumée tes yeux de cendre ta bouche de garance ta peau de bas de soie... » 
Cet amour est cependant légèrement terni par des mensonges réciproques sur les statuts professionnels de chacun. La séduction passe alors par une forme de manipulation: chacun se présente tel qu'il n'est pas.

Le lecteur notera quelques références à l'Art. Henri Plantin se dit peintre pour cacher son statut de vendeur à la Samaritaine. René Fallet nous livre une critique en bonne et due forme des pseudo-artistes du tourisme de Montmartre:
« Il avait suffi d'un Utrillo et d'un bateau-lavoir pour donner le jour à des millions de croûtes. On venait voir les artistes. Ils ne décevaient pas. [...] Du Sacré-Coeur plein les toiles, rouge, blanc, gris, or, caca, pipi, pour salles à manger, chambres à coucher, pour tous les goûts, tous les dégoûts et tous les prix. »
René Fallet évoque également une ressemblance entre Henri Plantin et Charles Aznavour.
L'ouvrage Paris au mois d'août a été adapté au cinéma en 1966 par Pierre Granier-Deferre et Charles Aznavour y joue le rôle d'Henri Plantin ainsi que l'interprétation du générique:





Titre: Paris au mois d'août
Auteur: René Fallet
ISBN: 9782070365968
Parution le 28/06/1974

2 commentaires:

  1. "Ils revirent le Panthéon, où n'avaient pas encore été transférées les cendres de l'empereur."

    Les cendres de l'Empereur ont été déposées aux Invalides !

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  2. Bonjour,

    Merci pour votre commentaire.
    Les cendres de Napoléon sont effectivement aux Invalides depuis 1840.
    Référence au Panthéon militaire? Cela semble peu probable au regard des quartiers parcourus par le couple.
    Il s'agit probablement d'une erreur de l'auteur.

    Bonne journée
    Isabel

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