vendredi 18 mai 2012

Les Dames du bois de Boulogne de Robert Bresson

Les Dames du bois de Boulogne est un film réalisé par Robert Bresson sorti en salles en 1945 et inspiré de Jacques le fataliste et son maître de Denis Diderot. Les dialogues sont de Jean Cocteau.



Hélène sent que l'amour de son amant Jean lui échappe. Elle feint de ne plus l’aimer pour connaître sa réaction. Jean, soulagé, lui avoue alors qu'il n’a plus de sentiments pour elle. Lorsqu’ils se quittent, Hélène songe à se venger et élabore un plan machiavélique…


Les éclairages en clair-obscur et les décors dépouillés font ressortir le jeu des acteurs. Toute en retenue, la mise en scène et les dialogues laissent à peine deviner les émotions des personnages.
De la même façon, l’absence de narration met en exergue la psychologie des quatre principaux protagonistes. Leur démarche intellectuelle reste toutefois mystérieuse. En effet, les personnages n’ont pas de confident.
Seul Jean expose naïvement ses sentiments à son ex-amante.
Hélène vit une souffrance insupportable, jusqu’à la folie « Je suis aussi folle que vous » cependant cette souffrance est à peine esquissée.
Les contradictions d’Agnès donnent également à son personnage une certaine opacité : son revirement par rapport à la perspective du mariage avec Jean est rapide. D’un « Je m’y refuse ! » jusqu’au mariage, le cheminement intérieur n’est pas mis en évidence.
La mère d'Agnès est aussi insaisissable : mère inconsciente, elle tolère que sa fille se prostitue, elle hésite à recevoir Jean « Je ne peux vous recevoir… Entrez… ». En somme, elle ne maîtrise aucunement sa vie, ni celle de sa fille.

C'est dans une ambiance glacée et lourde que ce film met en scène un Paris de débauche, de cabarets infréquentables, de grottes mystérieuses dans un bois de Boulogne sombre, de cascades bruyantes (bois de Boulogne, square de Port-Royal), ...

Les thèmes des Dames du bois de Boulogne sont variés:
- La manipulation:
les vies de Jean, d'Agnès et de sa mère sont orchestrées par Hélène,
Hélène à la mère d’Agnès:                « Je suis un ange, Agnès est un ange. Nous sommes tous
                                                          des anges. »,
Hèlène à Agnès:                               « Les gens ne sont pas des criminels, Agnès. »
- Le dépit amoureux et la vengeance:
Hélène:                                            « Je me vengerai »
                                                       « On dirait que vous ne savez pas ce que c’est qu’une
                                                          femme qui se venge. »
- Les clivages sociaux:
la vie mondaine face à la prostitution, la mésalliance de Jean et Agnès, ...
- La lutte entre le refus et la soumission:
la tentative d’Agnès pour trouver un travail,
Agnès remet une lettre à Jean:          « Je ne suis pas courageuse. Je vous écris ce que jamais je
                                                          n’oserai vous dire… »,
Agnès écrase une cigarette sur la joue d’un homme, Agnès symbolise l’innocence alors même qu’elle a été prostituée, ...
- L’emprisonnement intellectuel:
Agnès en entrant dans l’appartement:   « J’appelle ça une prison »,
Hélène avant le mariage:                      « C’est vous qui n’êtes plus libres. »,
Agnès tente de fuir la machination:       « Je me cogne contre un mur. »,
Jean heurte sa voiture contre celle d’Hélène et ne parvient que difficilement à se dégager, ...
- La passion et le véritable amour:
Jean:                                                   « Je voulais vous mettre en garde. Moi, je ne vous aime
                                                             que de tout mon cœur »
et, généreusement, Jean est prêt à affronter le regard de la société sur son mariage.
- La solitude:
Hélène ne se confie à personne, pas même à son ami Jacques, Agnès et sa mère sont isolées du monde, Jean s’isole dans son amour pour Agnès, ...
- Le destin et le fatalisme:
Agnès:                                                « Est-ce que la vie consiste à porter éternellement le
                                                             poids d’une erreur qu’on a commise ?»




La réalisation des Dames du bois de Boulogne a eu lieu à Paris entre avril 1944 et février 1945.

Titre original : Les Dames du bois de Boulogne
Réalisation : Robert Bresson
Scénario et adaptation : Robert Bresson, d'après un épisode de Jacques le fataliste et son maître de Diderot 
Dialogues : Jean Cocteau
Production : Raoul Ploquin
Société de production : Les Films Raoul Ploquin
Musique : Jean-Jacques Grünenwald
Photographie : Philippe Agostini
Genre : Drame romantique
Format : Noir et blanc
Date de sortie : 21 septembre 1945
Acteurs : Maria Casarès : Hélène, Elina Labourdette : Agnès, Paul Bernard : Jean, Lucienne Bogaert : Madame D., Jean Marchat : Jacques, Yvette Etiévant : femme de chambre d'Agnès, …

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