dimanche 27 mai 2012

Les quatre saisons de Laurel Corona

Les quatre saisons est un roman de Laurel Corona publié en 2009 aux éditions Pygmalion.

A noter: la couverture est une oeuvre d'Orazio Gentileschi
Jeune femme au violon

Deux soeurs orphelines sont recueillies par l'Eglise et grandissent à l'orphelinat de la Pietà, à Venise. Antonio Vivaldi, maître de chapelle de l'orphelinat, remarque un jour les capacités musicales des petites filles...

Dans cet ouvrage, le lecteur apprend finalement peu de choses sur Antonio Vivaldi. Tout au plus, quelques faits sont repris effectivement de sa vie. L'auteur s'en explique dès le début de l'ouvrage: « Il s'agit ici d'une fiction historique dont certains personnages sont cependant bien réels ». Il semblerait encore plus exact de parler d'une pure fiction dont quelques éléments sont tirés de la réalité.

En revanche, au delà de l'oeuvre de Vivaldi, le lecteur découvre la vie quotidienne à l'orphelinat de la Pieta et les moeurs de Venise au XVIIIe siècle.
Conservatoire de musique réputé, la Pieta dispensait une formation musicale hors normes, au prix de nombreux sacrifices. Sa réputation dépassait largement les frontières italiennes.

Les thèmes des Quatre saisons sont variés:
- la musique classique et la vie des compositeurs au XVIIIe siècle
- les clivages sociaux: la misère de l'orphelinat en regard des richesses de Venise
- les intérêts financiers en regard d'une certaine grandeur d'âme qu'on attend de l'Eglise
- l'emprisonnement des jeunes filles: à la Pieta, on ne peut voir les pensionnaires qu'à travers une grille; pour quitter la Pieta, elles doivent se marier sans quoi elles entrent au couvent.
- les moeurs libertines de Venise: il était parfaitement admis qu'une femme mariée ait un amant
- les balbutiements de la médecine
- l'engagement sans conviction de certains prêtres dans l'Eglise:

« Je ne me rappelle pas avoir choisi d'être prêtre [...] Mon père était barbier et jouait du violon avec l'orchestre de Saint-Marc. [...] Quand j'ai eu quinze ans, ils m'ont poussé vers la prêtrise. Je ne puis dire que j'ai protesté vivement, après tout j'aurais toujours un travail ... »
L'écriture de Laurel Corona est fluide mais l'ouvrage présente quelques longueurs lassantes au niveau de la relation entre Antonio Vivaldi et Maddalena Rossa.


Peu d'oeuvres du prêtre aux cheveux roux sont évoquées dans l'ouvrage: Laudate Pueri, Salve Regina, Juditha Triumphans ainsi que les Quatre saisons qui donnent leur titre à l'ouvrage.
L'oeuvre des Quatre saisons est évoquée dans ce court passage:
« [Vivaldi] s'éclaircit la voix et commença à déclamer:
Voici le printemps
Que les oiseaux saluent d'un chant joyeux
Et les fontaines au souffle des zéphyrs,
Jaillissent en un doux murmure.
Il ferma le carnet et joua le chant des oiseaux puis récita par coeur quand il eut fini.
Ils viennent, couvrant l'air d'un manteau noir,
Le tonnerre et l'éclair messagers de l'orage.
Enfin, le calme revenu, les oisillons
Reprennent leur chant mélodieux.
Il joua une folle cadence pour décrire le vol des oiseaux.
- Savez-vous quel est l'auteur de ce poème?
- Je ne le reconnais pas.
- J'ai cet honneur. J'ai écrit quatre sonnets, un pour chaque saison, et je vais composer un concerto correspondant à chacun d'eux. J’appellerai cet ensemble Les quatre saisons. L'idée vous plaît?
- Je ne suis pas certaine de vous comprendre.
- Cela m'étonne de vous, dit-il d'un air ennuyé. J'ai besoin que vous me compreniez, pourtant. Voilà, ça fait comme ça. Il prit son violon et se lança dans une mélodie rapide, tapant du pied en guise de continuo.
- Là, c'est ce que joue l'orchestre. Il expose l'humeur du printemps. Ensuite, le violon solo fait comme ça, dit-il en attaquant le chant des oiseaux. Là... (la mélodie plus grave se fit plus coulée)... le dégel, on entend un ruisseau. Et là.... (les yeux fermés, il jouait l'envol des oiseaux effrayés). Mais ils regagnent leurs branches et le premier mouvement s'achève ainsi. [...]
- Le problème est de trouver quelqu'un à même de jouer exactement comme je le souhaite, poursuivit-il. Il y a des gouttes de pluie, le vent qui souffle à la porte, un ivrogne qui tombe à terre et un chien qui aboie tandis que son maître dort. »


Cet ouvrage est un hommage certain à celui qui écrivit plus de 500 concertos et de 90 opéras.

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