mercredi 27 juin 2012

Le Castel Beranger d'Hector Guimard


Né à Lyon le 10 mars 1867, Hector Guimard entre en 1882 à l'Ecole des Arts décoratifs de Paris, dans l'atelier de Charles Genuys, puis à l'Ecole des Beaux-Arts en 1885. Destiné à l'Exposition universelle de 1889, le Pavillon de l'Electricité préfigure déjà son goût pour le néo-gothique et l'emploi des matériaux modernes, très influencé par les Entretiens sur l'Art de Viollet-le Duc. Entre 1894 et 1895, deux étés de voyages en Angleterre, en Hollande et en Belgique, où il fréquente Paul Hankar et Victor Horta, achèvent sa formation intellectuelle. Dès la réalisation de ce Castel aussitôt surnommé Dérangé, édifié entre 1895 et 1898, son architecte de vingt-sept ans fait figure de grand-maître de l'Art nouveau. Manifeste artistique, cet immeuble d'habitations à loyers modérés, dont Guimard lui-même occupe le rez-de-chaussée à partir de 1897, est primé au premier concours de façades de la Ville, et célébré avec enthousiasme par ses premiers locataires, dont le peintre Paul Signac.
Source: ville de Paris

Entrée du Castel Béranger

Inscription: Immeuble primé
au 1er concours de façades
de la ville de Paris
Hector Guimard Architecte 1897-98

Hippocampe sur la façade

Hippocampe sur la façade

Vue du Castel Béranger depuis la rue

Vue sur l'immeuble et l'impasse

Détail: chat sculpté

Corniche

Vue sur l'impasse

Vue sur l'impasse

Castel Béranger depuis l'impasse

Castel Béranger depuis l'impasse

Détail arrière du Castel: hippocampes 

Hippocampes sur la façade

Si vous souhaitez utiliser mes photos, merci d'en faire la demande auparavant...

dimanche 24 juin 2012

Shakespeare n’a jamais fait ça de Charles Bukowski

Shakespeare n’a jamais fait ça est un carnet de voyages de Charles Bukowski publié aux 13E Note Editions en 2012.



Dans cet ouvrage, Charles Bukowski raconte son voyage en Europe en 1978.

Le lecteur découvre, sans fard, la vie de ce romancier et poète décédé en 1994.

C’est un ouvrage qui ne laisse pas indifférent, il plaît ou pas… et pourtant il se lit d’une seule traite en laissant des impressions mitigées.

L’auteur est parfaitement conscient de pouvoir inciter la haine:
« Pendant qu’il continuait à me hurler dessus, je l’ai regardé en vidant un autre verre de vin. Je l’ai toujours dit, si on arrive à se faire haïr, on sait que le boulot est bien fait. »
et se permet même d’insulter une religion. Vaste débat…

Le décor est planté dès le début de l’ouvrage:
« Pas grand-chose pendant le voyage en avion. Linda Lee et moi avons été accusés de fumer de l’herbe. Une bonne dizaine ou vingtaine de minutes plus tard, on réussissait à convaincre le capitaine ou je ne sais qui que ce n’était pas de l’herbe qu’on fumait. On a bu tout le vin blanc qu’il y avait à bord, puis tout le vin rouge. Linda s’est endormie et j’ai bu toute la bière. »
… et le détail des consommations alcooliques de l’auteur est quelque peu lassant.

L’ouvrage est ponctué de photographies de son ami Michael Monfort, qui l’a accompagné dans ses déambulations en France et en Allemagne.

Au-delà du quotidien de son voyage, Charles Bukowski nous fait parfois partager ses réflexions sur la vie et la façon dont nous la traversons:
« Les gens s’excitent parce que le b.a-ba leur échappe, ils se laissent bouffer par le train-train et, le soir, refusent de baiser leur partenaire, dérouillent leurs gamins, se choppent une indigestion, […] ils en veulent à la situation économique, aux dirigeants, au gouvernement, aux autoroutes, - autant de haines aussi sensées qu’inutiles ils ont les orteils crispés, le dos spasmé et leur insomnie vire au cauchemar. Tout ça pour avoir gardé les yeux ouverts toute la putain de journée, et en avoir trop vu. »
Charles Bukowski nous livre sa vision de Paris où il ne fait que deux courts passages :
« En attendant, Paris nous arrivait droit dessus … même les modernes admettent que Paris n’est plus ce qu’elle était »
« Ce jour-là Barbet a voulu nous montrer le musée d’Art moderne. On voyait les gens passer d’un étage à l’autre dans des tubes. »
« Barbet nous a entraînés jusqu’à une maison où avait créché Balzac »
« Les parisiens passent leur nuit à boire et à manger »

Charles Bukowski parvient parfois à être touchant bien que ses mots soient, à mon sens, dénués de poésie:
« Il m’a fallu cinquante-six ans pour trouver Linda Lee et ça valait la peine d’attendre. »

La célèbre séquence du passage de Charles Bukowski en 1978 dans l'émission Apostrophes:



Note pour l’éditeur:
P181
Après lui a avoir fait nos adieux.
Merci de corriger.

Titre: Shakespeare n'a jamais fait ça
Auteur: Charles Bukowski
Editeur: 13eme Note
Parution: 7 mars 2012
ISBN: 2363740246

samedi 23 juin 2012

Paris de Jean Follain

Paris est un ouvrage du poète Jean Follain publié en 1935 chez Corrêa et réédité en 2006 chez Phébus dans la collection Libretto.




Dans ce magnifique ouvrage, Jean Follain partage ses déambulations dans Paris fixant, comme un photographe, l’instant, les lieux et les gens.

Ces poèmes en prose laissent une douce sensation de paix, d’aménité probablement par l’absence d’évocation des bruits de la ville. L’instant est fixé, telle une photographie, silencieux mais bien vivant.

Les différentes « photographies » de Paris sont classées librement par thèmes et les plus beaux lieux de Paris sont magnifiés sous la plume de Jean Follain:
« Au jardin du Palais-Royal, l'on comprend l'inclusion des secrets magnificents dans la pierre. Le petit canon dans la poussière d'or de midi surprend les enfants blonds arrêtant leur grand cerceau sous l'arbre au feuillage terni. La légère odeur de poudre ne s'allie pourtant plus aux riches fumets qui montaient autrefois des cuisines de traiteurs considérables; néanmoins, les vapeurs des rôts ont patiné les vieux moellons; chez Véfour, dernier refuge des joueurs d'échecs, le bruit des noces bourgeoises s'est tu; le restaurant persiste pourtant la tête hasardée hors de sont trou; un rat assiste à la confection de la blanquette à l'ancienne cependant que, dans la chambrette donnant sur le jardin, au-dessus d'un magasin de dentelle, un amant organise sur le sein mignard de sa maîtresse des courses de coccinelle. »

Jean Follain contemple son environnement et le décrit sans commentaire ou jugement. En choisissant ses mots avec talent et pertinence, Jean Follain nous permet de découvrir la magie de l’âme parisienne au début du XXe siècle.


Une vidéo évoquant l'oeuvre de Jean Follain:



Titre : Paris
Auteur : Jean Follain
Genre : promenade littéraire
Parution dans cette édition: 2006
ISBN : 2752902131

vendredi 22 juin 2012

Le mal court de Jacques Audiberti

Le Mal court est la seconde pièce de théâtre de Jacques Audiberti, créée en 1947.



La pièce se déroule le 6 décembre 1772 sous Louis XV.
Un lieu unique est mentionné : une chambre sur le territoire de l'électeur de Saxe, près de la frontière d'Occident.

Alarica, fille du roi Célestincic, monarque du Grand-Duché de Courtelande, ne trouve pas le sommeil. Le soir même elle doit épouser Parfait, le roi d’Occident. Sa gouvernante ne parvient pas à la rassurer. A 5 heures du matin, elles reçoivent une visite…

Audiberti invente des mots (béquillard, abécédé, pompelane, …), des prénoms (Célestincic, Alarica, …) et des situations... en toute liberté!
L’intrigue est complexe, il le reconnaît à travers cette phrase du lieutenant :
« cette affaire est embrouillée » 
cependant il faut plutôt chercher dans cette œuvre, l’atmosphère et la poésie qui se dégagent.

Quelques thèmes de cette oeuvre:
- L’hypocrisie, la trahison, le complot: la gouvernante utilise des mots pleins d’affection pour nommer Alarica : tourterelle, cerise, petite poire verte, lapin bleu, chèvrefeuille, jonquille, colombe, noisette d'or, pimprenelle,... alors même qu’elle participe du complot.
- L’amour : la séduction, la sincérité, la manipulation, l’innocence : Alarica dit d’un homme qu’elle a vu quelques minutes :
« Je l’aime sans doute à jamais » 
- Le clivage social :
« Une fille de mon espèce vaut-elle pour de bon que pour elle un homme de bien se meurtrisse ? Je viens d’un pays barbare. Nous ne sommes chrétiens que depuis le douzième siècle. Notre langue est parlée dans des endroits de l’Inde. Vous êtes jardin, moi broussaille. » 
- La folie : les délires d’Alarica lorsqu’elle apprend que Parfait ne l’épousera pas
- Le jeu de la distance liée au statut social et de l’intimité qui s’installe entre certains personnages: le tutoiement et le vouvoiement sont utilisés en même temps :
« Vous deviendrez ce que je veux que tu deviennes »
« Même toi, tu n’entends rien. […] Reposez-vous, mon chèvrefeuille » 
La vidéo 1 livre 1 jour portant sur cet ouvrage:



Quelques aphorismes :
« Il ne faut pas que le présent soit mangé pour le futur »
« Chacun est moi. Chacun s’appelle moi, vous êtes moi, bien sûr, comme elle, comme moi »
« Les scandales se nourrissent de pralines »
« Un homme mort n’est plus un homme »
« Il me semble que l’on meurt à l’instant que l’on n’a plus rien à faire. Que l’on meure prouve, en effet, que l’on n’avait plus rien à faire »
« Pour qu'il y ait de l'ombre, d'abord il faut qu'il y ait du soleil »
« Ce ne sont pas les frontières qui délimitent un royaume »
« Il est reconnu que l'adversité mûrit le tempérament »
« Ne déguisez pas les larmes sous le masque des vices »
« Les mêmes mains, tour à tour, peuvent dispenser le trouble et le calme »
« Rien ne se passe jamais que ce qu'on tolère qui se soit passé »
« Le temps vient toujours, il suffit d'attendre »
 « Le crime serait de prétendre arrêter le mal quand il court »
« N’aie pas peur. Ta peur donne du courage à celui qui te fait peur »
« Les larmes de la femme moisissent le cœur de l’homme »
« La plus grande couardise consiste à éprouver sa puissance sur la faiblesse d’autrui »

Titre: le mal court
Auteur: Jacques Audiberti
Editeur : Le Livre De Poche
ASIN: B002CFLKZ0

mercredi 20 juin 2012

La main coupée de Blaise Cendrars

La main coupée est une œuvre autobiographique de Blaise Cendrars publiée en 1946.



Dans cet ouvrage, Blaise Cendrars raconte ses souvenirs de la Grande Guerre.
Il a 27 ans lorsqu’il est engagé dans la légion étrangère (il était suisse). En septembre 1915, lors d’un combat, Blaise Cendrars est blessé et se voit amputé de son bras droit.
Bien que le titre de l’ouvrage renvoie à cet accident, on devine que sa portée va bien au-delà. La main symbolise l’action, le travail et c’est toute une jeunesse qui a été sacrifiée, laminée, déchiquetée lors de la Grande Guerre.

La main coupée est constituée d’une suite de portraits des compagnons d’infortune de Blaise Cendrars.
Le lecteur y découvre le pire :
- les atrocités de la guerre sont illustrées diversement
- les dommages collatéraux tels que les suicides de parents
- les souffrances sourdes ou intenses
comme le meilleur :
- la force des relations humaines
- la fraternité entre les soldats
- la fidélité en amour et en amitié
- la rencontre d’un ami que l’on croyait mort
- les petits bonheurs du quotidien:
« Ma perm était bonne, bonne pour un 14 juillet à Paris »

A travers cet ouvrage, Blaise Cendrars paraît conscient de sa responsabilité morale, libre de ses opinions et de son expression, courageux et parfois irrespectueux des règles de l’armée (initiative d’actions isolées, insubordination).

La main coupée illustre également le clivage et la méfiance entre les soldats du front et l’administration militaire, protégée d’ineffables atrocités.

Blaise Cendrars nous rappelle que beaucoup de ses amis de Montparnasse étaient au front pendant la Grande Guerre :
« - Puisque vous êtes abonné aux soirées de Paris et que vous prétendez connaître tous mes amis, pouvez-vous me dire si Guillaume Apollinaire est au front? Demandais-je à cette créature de Police.
- Non pas encore mais cela ne va pas tarder, me répondit-il. Pour l'instant, Guillaume Apollinaire est canonnier à Nîmes où il file le parfait amour.
- Le veinard! avec Marie Laurencin?
- Mais non voyons ! Marie Laurencin a épousé un baron allemand et est passée en Espagne avec son mari.
- Non c'est vrai! Pauvre Guillaume! Et Max Jacob?
- Comment vous ne savez pas? Max s'est converti!
- Pas possible!
- Et si, il a eu une vision. Le Christ lui est apparu chez Jeanne Léger
- Chez Jeanne?
- Oui Max s'est réfugié chez Jeanne Léger. Il se sentait trop seul et Jeanne l'a hébergé dans l'atelier de Léger. Oh, en tout bien tout honneur! Vous savez le début de la guerre n'a pas été drôle pour tout le monde à Paris et Max...
- Vous semblez bien connaître Max Jacob
- Max est un ami...
- Et Picasso, il est en Espagne?
- Picasso? Non il est sur la frontière avec Joan Gris à Céret dans les Pyrénées Orientales.
- Et mon bon ami Braque?
- Au front.
- Et l'ami Fernand Léger?
- Au front.
- Et Derain?
- Au front.
- Et Picabia
- En Amérique.
- Et Marcel Duchamp?
- A New York.
- Je vois que vous êtes bien renseigné! Mais comment cela est-il possible?
- Je vous l'ai dit, vous avez tous une fiche chez nous, depuis le vol de la Joconde.
- C'est un drôle de cadeau qu'Apollinaire nous a fait! »

Et pour conclure, cette phrase qui symbolise, à mon sens, l’ouvrage mais qui ne peut en rien le résumer :
« Dieu est absent des champs de bataille »

Titre: La main coupée
Auteur: Blaise Cendrars
Editeur : Gallimard (25 juillet 1975)
Collection : Folio Langue
ISBN: 2070366197

vendredi 15 juin 2012

Les tournesols de Vincent Van Gogh

Les tournesols est une peinture de Vincent Van Gogh réalisée pendant l'été 1889.

Les tournesols
Vincent Van Gogh - été 1889
Huile sur toile
Hauteur 95 cm Largeur 73 cm
Van Gogh Museum Amsterdam, Pays-Bas

Le jaune de ce tableau est chatoyant. La forme du tournesol évoque celle du soleil. Les tournesols, l’arrière-plan de la toile ainsi que le vase qui contient les fleurs, sont jaunes. Toutefois quelques autres couleurs sont perceptibles. Les touches de marron, de vert et de noir ne semblent participer à cette composition que pour rehausser le jaune dominant de la toile.

Les tournesols se trouvent plutôt dans le sud de la France. Ils sont réputés suivre chaque jour la course du soleil. Ils sont parfois nommés « soleils ». En réalité, une hormone de croissance du tournesol se concentre dans la partie ombragée de la tige qui devient légèrement plus longue, créant ainsi un déséquilibre de la plante et donnant l’impression que la fleur du tournesol s'incline vers le soleil. Les tournesols ne suivent donc pas le soleil quotidiennement.

Le thème des tournesols est récurrent chez Vincent Van Gogh. Dès l'été 1887, à Paris, il peint quatre natures mortes représentant des tournesols. Cependant, c’est lors de son arrivée en Provence qu’il exploite pleinement ce thème…

Vincent Van Gogh arrive à Arles en février 1888. Il découvre en Provence une luminosité bien lointaine de sa Hollande natale : la vigueur du soleil, le bleu du ciel, …
Il s’installe rapidement dans une maison qui sera son atelier : la « maison jaune » de la place Lamartine. Il la repeint totalement en jaune à l’extérieur et également à l’intérieur.
Il souhaite établir dans cette maison une résidence d'artistes, une sorte de Ruche pour accueillir ses amis peintres, parmi lesquels il invite en premier lieu Paul Gauguin. Pour accueillir son ami, il peint des tournesols dans la chambre destinée à celui-ci.

En peignant cette œuvre, Vincent Van Gogh a peu lissé la matière et laisse même percevoir l'épaisseur de la peinture par la superposition de couches. L’œuvre prend du volume, une nouvelle dimension et par le mouvement des couches de peinture reflète un réel dynamisme.

Une nature morte représente des objets inanimés, figés. Or, dans cette œuvre les tournesols sont bien vivants et dynamiques: ils semblent surgir de la toile comme des cheveux ébouriffés. Certains tournesols sont en train de faner, d’autres sont en bouton… à l’image de la vie.

mercredi 13 juin 2012

La guerre, l'exilé et l'arapède de Joseph Mallord William Turner

La guerre, l'exilé et l'arapède (War, the Exile and the Rock Limpet) est une peinture de Joseph Mallord William Turner datant de 1842.

La guerre, l'exilé et l'arapède
Turner 1842
Huile sur toile 79,4cm * 79,4cm
Tate Gallery, Londres


Ce tableau présente Napoléon Bonaparte debout et tournant le dos à un horizon rougeoyant.
Cette ligne rouge et le titre du tableau font clairement allusion au sang versé pendant les nombreuses guerres dont Napoléon fut à l'initiative.

Turner a proposé une légende à son tableau:
« Ta toque en forme de tente rappelle le bivouac nocturne d'un soldat, seul sur une mer de sang... Va donc, rejoins tes camarades! »

Napoléon, exilé et isolé, s'adresse donc à ce petit coquillage perdu dans une flaque d'eau.
L'arapède est un coquillage commun à coquille conique. Il est souvent appelé bernique.

Cette toile a été coupée aux angles pour être présentée dans un format octogonal, qui se rapproche d'une forme circulaire.

Les couleurs sont intenses, les tons jaunes et rouges sont chauds. La lumière du soleil couchant est extrêmement forte et se reflète dans la flaque d'eau  instaurant une symétrie verticale.

Toute la partie droite, non figurative, donne une impression de chaos qui renvoie à la guerre et à la destruction.
Quelques oiseaux dans l'angle supérieur gauche de l'oeuvre apportent une dynamique en opposition avec cette composition extrêmement statique par ailleurs.

Turner, soucieux de l'exposition de ses tableaux, a exigé que La guerre, l'exilé et l'arapède soit exposé à côté de La Paix. Cette dernière oeuvre présente, dans des tons froids, un navire ramenant de Constantinople le corps de son ami peintre, Sir David Wilkie, jusqu'à Gibraltar où celui-ci fut livré à la mer.
Turner a voulu opposer les funérailles sobres de son ami avec le retour solennel des cendres
de Napoléon aux Invalides, à Paris en 1840.

La Guerre, l'exilé et l'arapède évoque l’exil de Napoléon sur l’île de Sainte-Hélène. Il y mourut en 1821.
Napoléon n'a plus d'armée, si ce n'est un soldat qui se tient loin derrière lui. Ses bras croisés expriment la réflexion, l'attente et l'inaction.

Quelques dates:
Turner naît en 1775 à Londres
1789: Il est admis à l'école de la Royal Academy
1802: Il est élu par ses pairs membre de la Royal Academy
1821: Voyage en France (Paris, Rouen, Dieppe...)
1826: Voyage en France
1833: Voyage à Paris où il rencontre Eugène Delacroix
1844: Il expose à la Royal Academy



mardi 12 juin 2012

Casse-pipe à la Nation de Jacques Tardi et Léo Malet

Casse-pipe à la Nation est un album de bande dessinée de Jacques Tardi, d'après le roman de Léo Malet extrait des Nouveaux mystères de Paris. L'ouvrage est publié aux éditions Casterman.

Casse-Pipe à la Nation
Jacques Tardi
d'après Les Mystères de Paris
de Léo Malet

L'action se déroule en 1957 et démarre à la gare de Lyon. Nestor Burma, le célèbre détective privé de Léo Malet, attend sa secrétaire à la descente du train mais celle-ci ne vient pas et Burma se dirige vers la foire du Trône. Il y aperçoit une belle brune qu'il suit dans le grand huit...

Les aventures de Nestor Burma se déroulent de nuit ou bien de jour sous une pluie forte. Les vignettes en noir et blanc sont parfaitement pertinentes pour retranscrire une atmosphère sombre et inquiétante.

Nestor Burma a pour terrain de jeu le XIIe arrondissement, qu'il parcourt largement au fil de l'ouvrage: gare de Lyon, entrepôts de vin de Bercy, métro le long du boulevard de Picpus, boulevard Soult, square Méliès, zoo de Vincennes, avenue de Saint-mandé, porte dorée, rue du Sahel, viaduc des Arts et à plusieurs reprises la Fontaine aux lions de la Place Félix Eboué.


Fontaine aux lions de la place Félix Eboué
Paris XIIe

Le lecteur découvre également qu'en 1957 la foire du Trône était installée place de la Nation et que le périphérique était en chantier.

Le Ier arrondissement est représenté avec la rue des Petits-Champs où l'agence de détective privé de Nestor Burma est installée.


Rue des Petits-Champs
Paris Ier
L'ouvrage est une magnifique promenade urbaine sur fond de crime. Jacques Tardi va jusqu'à clore cette bande dessinée par un plan du XIIe arrondissement dans lequel sont positionnées les différentes aventures de Nestor Burma.

Une présentation de l'ouvrage mise à disposition par l'INA:



Des mêmes auteurs:
Brouillard au pont de Tolbiac
120, rue de la Gare

Titre: Casse-Pipe à la Nation
Auteur: Jacques Tardi d'après Léo Malet
ISBN: 220339903
Editions: Casterman
Publication: 1996

lundi 11 juin 2012

L’amour conjugal d’Alberto Moravia

L’amour conjugal est un roman d’Alberto Moravia publié en 1949.


En 1937, Silvio, un critique littéraire à ses heures, épouse Léda et nourrit quelques ambitions littéraires. Il se persuade que la création d’un ouvrage est incompatible avec des relations de couple. Ils font chambre à part jusqu’à ce que l’ouvrage soit terminé…

L’Amour Conjugal est l’histoire réaliste, sous certains aspects, d’un couple qui cherche un modus vivendi. L’amour et la sincérité sont présents et cela ne suffit pas : le couple est loin de l’idéal qu’imaginait Silvio. 

Silvio décrit longuement l'amour absolu qu'il éprouve pour sa femme, bien que celle-ci ne soit pas toujours telle qu’il l’aurait souhaité :
« Je fis cette découverte dans les premiers jours de mon mariage et un instant j'eus presque le sentiment d'avoir été trompé comme un homme qui s'est marié par intérêt et découvre au lendemain des noces que sa femme est pauvre.
En effet, une large grimace muette qui paraissait exprimer de la peur, de l'angoisse, de la répugnance et en même temps un attrait dédaigneux crispait parfois le visage de ma femme. Cette grimace faisait, pour ainsi dire, ressortir violemment l'irrégularité naturelle des traits et donnait à sa physionomie l'aspect repoussant d'un masque grotesque dans lequel, par une bouffonnerie particulière, incongrue autant que pénible, les traits auraient été exagérés jusqu'à la caricature: la bouche surtout puis les deux rides qui l'encadraient et les narines et les yeux. » 
« Je ne pensais plus à Léda et fus surpris en la voyant déboucher tout à coup à un angle de la terrasse et courir vers la porte. Pour être plus dégagée, elle relevait de ses deux mains sa robe trop longue et, vue ainsi d'en haut tandis qu'elle s'élançait sur le gravier illuminé par la lune, elle me fit penser à quelque bête sauvage, renard ou fouine qui, furtive et innocente, le poil encore maculé de sang, se hâte vers sa tanière après une incursion dans quelque poulailler. » 

Les longues descriptions des sentiments alourdissent parfois le propos mais l’analyse psychologique du narrateur est menée avec une acuité exceptionnelle par Alberto Moravia.
D’autre part, l’auteur laisse régulièrement des indices dans le texte qui laissent à penser qu’un drame va survenir.
La fin du récit retrouve un rythme lié au drame et aux échanges du couple qui s’ensuivent.

Le lecteur retrouve trois grands thèmes dans cet ouvrage:
- La vie de couple : la passion des débuts, le quotidien, la trahison, ...
« C’était une passion conjugale : ce mélange de dévotion ardente et de légitime luxure, de possession exclusive et sans limite et de joie confiante née de cette possession même. Pour la première fois, j’éprouvai le sentiment d’être le « maître »… »
- La création littéraire : la phobie de la page blanche, le bonheur de la création et l'auto-critique
« J’écrivais chaque jour dix à douze pages d’un seul élan rapide et impétueux, mais sans désordre ni dérèglement ; Puis, durant tout le jour, je restai ébloui, étourdi, à demi-conscient, sentant qu’en dehors de mon travail plus rien n’avait d’importance pour moi dans la vie, pas même mon amour pour ma femme. »
« Je suivis la méthode que j’adoptais d’habitude pour la composition de mes articles de critique […] Et voici ce que j’écrivis sur ma feuille
Primo : style. Puis en dessous, rapidement : propre, correct, orné, mais jamais original, jamais personnel, jamais neuf. Se perd dans des généralités, diffus là où il devrait être bref, bref ou il devrait s’étendre, au fond, superflu parce que tout d’application. Un style sans caractère, le style d’une composition soignée dans laquelle ne vibre aucune émotion poétique.
Secundo : plastique ; Aucune. Dit des choses au lieu de les représenter, les écrit au lieu de les dépeindre. Manque d’évidence, de densité, de corps.
Tertio : personnages. Nuls. On sent qu’ils n’ont pas été crées par une intuition sympathique, mais laborieusement copiés et transcrits d’après nature, avec l’aide cependant d’un jugement vacillant, brumeux et embryonnaire. Ce sont des mosaïques d’observations minutieuses et inanimées, non des créatures vivantes et libres
Quarto : vérité psychologique. Rare. Trop d’observations à coté et pas assez de bon sens. Trop d’extérieur vers intérieur, trop de sophisme
Quinto : sentiments. Froids et ratatinés, comme des envolées qui trahissent le vide et la velléité Sexto : intrigue. Mal construite, déséquilibrée, des remplissages. Manque le moteur.
Septimo et dernier : jugement général. Le livre d’un dilettante, privé de faculté créatrice… » 
- Les clivages sociaux et une certaine critique de la bourgeoisie dont sont issus Silvio et Léda
« au début, il n’y avait, entre Antonio et moi, qu’un rapport de supérieur à inférieur »

Titre: L'Amour conjugal
Auteur : Alberto Moravia
Editeur : Gallimard (16 novembre 1972)
Collection: Folio
Langue: Français
ISBN: 2070361845


dimanche 10 juin 2012

Eternu de Voce Emuzione







1 Corsica





2 Come





3 Rimori





4 Terra sacra





5 A grana





6 Bella ciao





7 Citadella da fà





8 Vince Per Ùn More





9 Che Guevara





10 Un soffiu di libertà





11 Compañero





12 La Muralla





13 Sonniu





14 Preghera





15 Ventu scemu





16 Franchendu u ventu





17 Viaghjà






Les Lusiades de Luís de Camões


As armas e os barões assinalados
Que, da Ocidental praia Lusitana,
Por mares nunca dantes navegados
Passaram ainda além da Taprobana,
Em perigos e guerras esforçados
Mais do que prometia a força humana
E entre gente remota edificaram
Novo Reino, que tanto sublimaram.

E também as memórias gloriosas
Daqueles Reis que foram dilatando
A Fé, o Império, e as terras viciosas
De África e de Ásia andaram devastando,
E aqueles que por obras valerosas
Se vão da lei da Morte libertando
Cantando espalharei por toda a parte
Se a tanto me ajudar o engenho e arte.

Cessem do sábio grego e do troiano
As navegações grandes que fizeram ;
Cale-se de Alexandro e de Trajano
A fama das vitórias que tiveram ;
Que eu canto o peito ilustre lusitano,
A quem Netuno e Marte obedeceram.
Cesse tudo o que a Musa antiga canta,
Que outro valor mais alto se alevanta.

Luís de Camões – Os Lusíadas, Canto I




Luis de Camoes

vendredi 8 juin 2012

Fouché de Stefan Zweig

Fouché est une biographie de Stefan Zweig, parue en 1929 et rééditée aux éditions Grasset en 2003.

Fouché « a trouvé peu d'amour
auprès de ses contemporains
et encore moins de justice
auprès de la postérité »

Joseph Fouché, duc d'Otrante, est un homme politique français né en 1759 près de Nantes et mort en 1820 à Trieste. Il eut une carrière politique d’une longévité fascinante et cela dans une période particulièrement troublée de l'histoire de la France et de l'Europe.

Perçu comme un homme froid, manipulateur, amoral et redoutable, il joua un rôle déterminant sous la Terreur : il vota la mort de Louis XVI, organisa la Terreur à Lyon et est présenté par Stefan Zweig comme la clé des 8 et 9 Thermidor An II.
« Ce rôle secret, désespéré, périlleux et souterrain joué par Fouché dans la conjuration contre Robespierre n'a pas été suffisamment mis en relief par la plupart des historiens et souvent même son nom n'est pas cité. » 
Il porta ces différents crimes jusqu’à la fin de sa vie.
Dès 1799, il devint Ministre de la Police, poste qu’il occupa à cinq reprises sous différents gouvernements.
« Pour la cinquième fois, Joseph Fouché prête serment de fidélité : la première fois, c’était encore au gouvernement royal, la deuxième à la République, la troisième au Directoire, la quatrième au Consulat. »
Fouché aimait le jeu politique plus que les idées: certes, lors de la révolution, il s’était rapproché des Girondins puis des Montagnards mais par la suite il n'a plus d'affinité avec un quelconque mouvement politique. Il agissait pour lui seul, sans doctrine.

Fouché avait compris que maîtriser l’information était la clé de la réussite à travers:
- La récolte de l’information et l’importance des réseaux de renseignement:
« Mille nouvelles affluent chaque jour dans la maison du quai Voltaire, car au bout de quelques mois ce maître a couvert tout le pays d’espions, d’agents secrets et de mouchards. [...] ils causent dans les salons du faubourg Saint-Germain et, d’autre part, ils s’introduisent, déguisés en patriotes, dans les réunions secrètes des Jacobins. Sur la liste de ses mercenaires se trouvent des marquis et des duchesses portant les noms les plus éclatants de France, et Fouché peut même se vanter (chose fantastique !) d’avoir à son service la plus grande dame de l’État, Joséphine Bonaparte, la future impératrice. » 
- La manipulation habile de l’information, en fonction d’une stratégie: il se lie avec Gracchus Babœuf pour que celui-ci porte ses opinions, il contrôle les journaux, il utilise l’information pour montrer sa supériorité
« Lorsque Napoléon, à onze heures du soir, enveloppé d’un manteau étrange, et presque complètement déguisé, sort par une porte secrète des Tuileries pour se rendre chez une maîtresse, Fouché sait le lendemain où la voiture est allée, combien de temps l’empereur est resté dans la maison, quand il est rentré ; il peut même, un jour, rendre tout honteux le souverain du monde en lui apprenant que cette femme qu’il a choisie le trompe, lui Napoléon, avec un grimaud de comédie moins bien choisi. » 
- La dissimulation de l’information : destruction des documents ministériels lors de la prise de fonction de son remplaçant le duc de Rovigo, destruction de ses documents à sa mort, mise à mort des bourreaux de Lyon, …

Stefan Zweig semble à la fois fasciné et horrifié par l'attitude de Joseph Fouché.
La biographie démontre à quel point Fouché fut haï des trois grandes personnalités de cette période historique : Robespierre, Napoléon et Talleyrand.

L'auteur a parfois des phrases définitives:
« Seul un homme demeure toujours à la même place, sous tous les maîtres et sous tous les régimes : Joseph Fouché. »
Cette emphase concernant la réussite de Fouché, et que l’on retrouve régulièrement dans le récit, est assez déroutante puisque la biographie démontre, bien au contraire, que la vie politique de Fouché fut loin d’être linéaire et garantie. De fait, il subira quatre fois des « bannissements », la misère, de basses activités d’espionnage pour nourrir sa famille, …

Dans cet ouvrage, qui alterne le récit de faits historiques et le portrait psychologique de Fouché, Stefan Zweig livre une analyse rigoureuse d’un personnage hors normes tant par la fourberie que par la maîtrise du jeu politique:
« Jusque dans la tombe cet homme obstinément muet ne révèle pas toute la vérité ; il a emporté avec lui, jalousement, dans la froide terre, ses secrets, pour rester lui-même un secret, quelque chose de crépusculaire qui oscille entre la lumière et l’ombre, – un visage qui ne se dévoile jamais entièrement. Mais c’est précisément pour cela qu’il suscite toujours et sans cesse le jeu de la recherche – ce jeu qu’il a si magistralement pratiqué ; c’est pour cela que l’on essaie de découvrir, d’après des traces légères et fugaces toute la vie tortueuse et, d’après son destin changeant, l’essence spirituelle de celui qui fut le plus remarquable de tous les hommes politiques. » 

Cet ouvrage, d’une lecture très agréable, m’a permis de découvrir, entre autres, que Fouché est l’auteur du premier manifeste communiste de l’Histoire. L’extrait est à consulter ici.

Quelques extraits de Fouché ici.

Pour aller plus loin…
Trois biographies:
Joseph Fouché de Louis Madelin
Fouché de André Castelot
Joseph Fouché de Jean Tulard

Références:
Auteur: Stefan Zweig
Titre: Fouché
Traduction: traduit de l'allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac
Édition originale 1929
Édition française Bernard Grasset, réédition Grasset, Les cahiers rouges, Paris, 2003
ISBN: 2246168147

Fouché de Stefan Zweig - Extraits

Ce rôle secret, désespéré, périlleux et souterrain joué par Fouché dans la conjuration contre Robespierre n'a pas été suffisamment mis en relief par la plupart des historiens et souvent même son nom n'est pas cité.

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Les 5 et 6 Thermidor, cette épreuve est terminée. Fouché accompagne un petit cercueil au cimetière : l’enfant est morte. De tels malheurs endurcissent. Ayant devant les yeux la mort de son enfant, Fouché ne craint plus la sienne. Une intrépidité nouvelle, celle du désespoir, trempe sa volonté. Et comme maintenant les conjurés hésitent et veulent encore ajourner la lutte, Fouché, qui n’a plus rien à perdre sur terre que sa vie, prononce enfin le mot décisif : « C’est demain qu’il faut frapper. » Et ce mot est dit le 7 Thermidor.


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Autour de la figure de Robespierre plane aujourd’hui encore, après tant d’années, l’ombre d’un secret ; jamais l’histoire ne sondera le fond de cet homme impénétrable. Jamais on ne connaîtra ses dernières pensées ; voulait-il véritablement la dictature pour lui, ou bien la République pour tous ? Voulait-il sauver la révolution, ou en recueillir l’héritage, comme Napoléon ? Personne n’a jamais connu ses pensées les plus secrètes, celles de sa dernière nuit du 8 au 9 Thermidor.

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Et Tallien et Barras s’étonnent encore davantage de voir maintenant, à l’entrée de la Convention, une foule tumultueuse les accueillir avec des cris d’admiration, pour avoir tué le tyran et lutté contre la Terreur. Ils s’étonnent. Car, en supprimant cet homme supérieur, ils ont voulu simplement se débarrasser d’un incommode fanfaron de vertus qui surveillait trop étroitement leurs agissements douteux ; mais aucun d’eux n’a songé à laisser la guillotine se rouiller et à mettre fin à la Terreur. Or, ils s’aperçoivent maintenant combien sont devenues impopulaires les exécutions en masse et combien ils peuvent se faire aimer en substituant, après coup, à leur vengeance personnelle, des motifs d’humanité ; c’est pourquoi ils décident, rapidement, de profiter de ce malentendu. Ils prétendront donc désormais que seul Robespierre (car il ne pourra pas leur répondre de sa fosse) a sur la conscience toutes les violences de la Révolution, tandis qu’eux ont toujours été des apôtres de la douceur et opposés à toutes les rigueurs et à toutes les exagérations.

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C’est toujours un autre qui paie de son sang les paroles et la politique de Fouché

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Suivant la célèbre recette de Sieyès, qui pendant toutes les années de la Terreur avait siégé à la Convention sans ouvrir la bouche et qui, lorsqu’on lui demanda ensuite ce qu’il avait fait durant tout ce temps-là, donna en souriant cette réponse géniale : « J’ai vécu », Fouché maintenant, à l’exemple de plus d’un animal, fait le mort, – précisément pour éviter la mort. Pourvu qu’on échappe pendant la courte période de transition, on peut se considérer comme sauvé. Cet homme perspicace a deviné, senti, que toute la magnificence et la puissance de la Convention ne vont durer que quelques mois, quelques semaines.

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Le Directoire prend, le 3 Thermidor 1799, une résolution inattendue : Joseph Fouché, qui est en mission secrète en Hollande, est nommé soudain, du jour au lendemain, ministre de la police de la République française.

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Talleyrand est obligé de définir de nouveau, avec dépit, la position du ministre de la Police : « Le ministre de la Police est un homme qui se mêle de ce qui le regarde, et ensuite de ce qui ne le regarde pas. »

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Mille nouvelles affluent chaque jour dans la maison du quai Voltaire, car au bout de quelques mois ce maître a couvert tout le pays d’espions, d’agents secrets et de mouchards. Mais qu’on ne se représente pas tous les informateurs de Fouché comme les vulgaires détectives de la petite bourgeoisie qui épient les bruits du jour auprès des concierges et dans les cabarets, dans les maisons closes et les églises : les agents de Fouché portent parfois des galons d’or et des habits de diplomate, ou de délicates robes de dentelle ; ils causent dans les salons du faubourg Saint-Germain et, d’autre part, ils s’introduisent, déguisés en patriotes, dans les réunions secrètes des Jacobins. Sur la liste de ses mercenaires se trouvent des marquis et des duchesses portant les noms les plus éclatants de France, et Fouché peut même se vanter (chose fantastique !) d’avoir à son service la plus grande dame de l’État, Joséphine Bonaparte, la future impératrice.

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Corrompre cette créole écervelée n’a pas été difficile, car, folle dépensière, elle a toujours des embarras d’argent, et bien que Napoléon, avec la plus grande libéralité, lui assigne des centaines de mille francs sur les caisses de l’État, ils s’évaporent, comme des gouttes d’eau, chez cette femme qui achète par an trois cents chapeaux et sept cents costumes, qui ne sait ménager ni son argent, ni son corps, ni sa réputation et qui, en outre, à ce moment-là, n’est pas précisément très à son aise. Mon Dieu ! pendant que le petit général au sang brûlant faisait campagne, et voulait absolument l’avoir avec lui dans cet ennuyeux pays des Mameluks, elle a couché avec un gentil et joli garçon, peut-être aussi avec quelques autres, et probablement, même, avec son ancien amant, Barras. Les sots intrigants que sont ses beaux-frères Joseph et Lucien ont vu cela d’un mauvais œil et, immédiatement, ils ont rapporté la chose à son ardent époux, jaloux comme un tigre. C’est pourquoi elle a besoin de quelqu’un qui l’aide, qui surveille ces mouchards de beaux-frères, qui contrôle toutes les correspondances. Donnant, donnant (et aussi pour quelques rouleaux de ducats, – Fouché dans ses Mémoires dit lui-même carrément mille louis d’or) la future impératrice livre à Fouché tous les secrets et surtout le plus important et le plus redoutable, celui du prochain retour de Bonaparte.

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Une fois de plus Fouché a, de la façon la plus heureuse, changé son manteau d’épaule suivant la direction du vent. Et son passage du côté du vainqueur s’accomplit si effrontément, si impudemment à la lumière du grand jour, que peu à peu, dans les milieux les plus étendus, on commence à le connaître. Quelques semaines après paraît sur un théâtre de faubourg parisien une plaisante comédie « La girouette de Saint-Cloud », comprise par tous, acclamée par tous et dans laquelle, sous des noms transparents, sa conduite, tournant à tous les vents et pourtant prudente, est parodiée de la manière la plus amusante.

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L’histoire universelle, qui n’est nullement un code de morale, ne connaît guère d’exemple plus accusé d’ingratitude absolue que la conduite de Napoléon et de Fouché envers Barras, au 18 Brumaire.

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L’ingratitude de Fouché, au contraire, n’est que celle, beaucoup plus fréquente, de l’amoraliste absolu, qui tout naïvement ne pense qu’à lui et à son propre avantage. Fouché peut, s’il le veut, oublier tout son passé d’une manière stupéfiante, avec une rapidité incroyable.

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En outre, Bonaparte, qui a remarqué combien le communiste de jadis est réconcilié avec son ancien ennemi, l’argent, lui fait un magnifique pont d’or, pour entrer dans la retraite. Lorsque le ministre, au moment de la reddition des comptes, lui remet deux millions quatre cent mille francs, comme solde du trésor disponible de la Police, Bonaparte lui en donne carrément la moitié, c’est-à-dire un million deux cent mille francs. Qui plus est, l’ex-contempteur de l’argent, qui, il y a à peine dix ans, tempêtait furieusement contre le « métal vil et corrupteur », reçoit, avec son titre de sénateur, la sénatorerie d’Aix, une petite principauté, qui va de Marseille à Toulon et dont la valeur est évaluée à dix millions de francs. Bonaparte le connaît ; il sait que Fouché a les mains remuantes d’un intrigant qui aime le jeu ; comme on ne peut pas les lui lier, on se contente de les charger d’or.
C’est pourquoi rarement au cours de l’histoire un ministre a été congédié avec plus d’honneurs et surtout avec plus de prudence que Joseph Fouché.

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Quelques années encore, et l’homme du premier manifeste communiste sera quant à la fortune le deuxième citoyen de France et le plus grand propriétaire foncier du pays.

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Et c’est ainsi qu’il se laisse aller, sur les conseils désastreux de Talleyrand, à faire enlever par des gendarmes sur un territoire neutre, en violant le droit des gens, le duc d’Enghien, et à le faire fusiller, acte au sujet duquel Fouché a dit le mot célèbre : « C’est plus qu’un crime, c’est une faute. » Cette exécution crée autour de Bonaparte un vide, fait de crainte et d’effroi, d’hostilité et de haine.

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Pour la cinquième fois, Joseph Fouché prête serment de fidélité : la première fois, c’était encore au gouvernement royal, la deuxième à la République, la troisième au Directoire, la quatrième au Consulat.

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Lorsque Napoléon, à onze heures du soir, enveloppé d’un manteau étrange, et presque complètement déguisé, sort par une porte secrète des Tuileries pour se rendre chez une maîtresse, Fouché sait le lendemain où la voiture est allée, combien de temps l’empereur est resté dans la maison, quand il est rentré ; il peut même, un jour, rendre tout honteux le souverain du monde en lui apprenant que cette femme qu’il a choisie le trompe, lui Napoléon, avec un grimaud de comédie moins bien choisi.

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Cette résistance secrète contre la passion guerrière et le manque de mesure de Napoléon finit même par rapprocher les adversaires les plus acharnés entre eux, parmi ses conseillers : Fouché et Talleyrand. Ces deux ministres de Napoléon, les plus capables de tous, – les figures psychologiquement les plus intéressantes de cette époque, – ne s’aiment pas, probablement parce qu’ils se ressemblent trop à beaucoup d’égards. Tous deux sont des cerveaux clairs, positifs, réalistes, des cyniques et des disciples consommés de Machiavel.
Tous deux sont passés par l’école de l’Église et par la brûlante école supérieure de la Révolution ; tous deux ont le même sang-froid dénué de toute conscience, pour ce qui est l’argent et l’honneur ; tous deux servent avec la même infidélité, la même absence de scrupules, la République, le Directoire, le Consulat, l’Empire et la Monarchie.
Continuellement ces deux joueurs typiques de la versatilité se rencontrent, déguisés en révolutionnaires, en sénateurs, en ministres, en serviteurs du roi, sur la même scène de l’histoire universelle et, précisément, parce qu’ils sont de la même race spirituelle et qu’ils ont le même rôle diplomatique, ils se haïssent avec le fiel et la connaissance froide de rivaux fieffés.

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Talleyrand sourit : « M. Fouché méprise les hommes, sans doute cet homme s’est-il beaucoup étudié. » À son tour, Fouché raille lorsque Talleyrand est nommé vice-chancelier : « Il ne lui manquait que ce vice-là. » 

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[Talleyrand] s’adresse à son voisin, en disant à mi-voix : « Sans doute, M. Fouché a eu grand tort, et moi, je lui donnerais un remplaçant, mais un seul : M. Fouché lui-même. »

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Napoléon se rend dans une pièce écartée, pour dicter à son frère l’abdication.

Au bout de quelques minutes il revient dans la grande pièce. À qui donner cette feuille, lourde de contenu ? Affreuse ironie : précisément à celui qui a contraint sa plume et qui est là à attendre, immobile comme Hermès, l’implacable messager. Sans une parole, l’empereur lui tend le papier. Sans une parole Fouché prend le document si difficilement obtenu et s’incline.

C’est là sa dernière révérence à Napoléon.

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Jusque dans la tombe cet homme obstinément muet ne révèle pas toute la vérité ; il a emporté avec lui, jalousement, dans la froide terre, ses secrets, pour rester lui-même un secret, quelque chose de crépusculaire qui oscille entre la lumière et l’ombre, – un visage qui ne se dévoile jamais entièrement. Mais c’est précisément pour cela qu’il suscite toujours et sans cesse le jeu de la recherche – ce jeu qu’il a si magistralement pratiqué ; c’est pour cela que l’on essaie de découvrir, d’après des traces légères et fugaces toute la vie tortueuse et, d’après son destin changeant, l’essence spirituelle de celui qui fut le plus remarquable de tous les hommes politiques.



Fouché de Stefan Zweig - Manifeste communiste

Joseph Fouché ne reste pas sur une prudente réserve au sujet de la question de l’Église et de la propriété privée, laquelle a été déclarée « inviolable » par les célèbres pionniers de la Révolution, Robespierre ou Danton, qui sont pleins de respect pour elle ; mais il établit résolument un programme socialiste révolutionnaire et même bolcheviste. Le premier manifeste nettement communiste des temps modernes n’est pas, en vérité, le célèbre écrit de Karl Marx, ni le Messager hessois des campagnes, de Georges Büchner, mais cette Instruction de Lyon, très peu connue et que les historiens socialistes oublient régulièrement, qui fut, il est vrai, signée conjointement par Collot d’Herbois et Fouché, mais qui, incontestablement, a été rédigée par Fouché seul. Ce document énergique, en avance dans ses revendications de cent ans sur son époque, ce document, l’un des plus étonnants de la Révolution, mérite bien d’être tiré de l’obscurité ; sa portée historique a beau être diminuée par le fait que, plus tard, le duc d’Otrante a renié désespérément ce qu’il avait autrefois proclamé, lorsqu’il n’était que le simple citoyen Joseph Fouché, – toujours est-il qu’au point de vue purement chronologique cette profession de foi fait de lui le premier socialiste et communiste catégorique de la Révolution. Ce ne sont ni Marat ni Chaumette qui ont formulé les exigences les plus hardies de la Révolution française, mais bien Joseph Fouché et ce texte original éclaire beaucoup mieux que tout commentaire le caractère de cet homme, habituellement dissimulé dans la pénombre.

L’Instruction commence audacieusement par déclarer infaillibles tous les actes les plus audacieux: 

« Tout est permis à ceux qui agissent dans le sens de la Révolution : il n’y a d’autre danger pour le républicain que de rester en arrière des lois de la République ! quiconque les prévient, les devance ; quiconque outrepasse en apparence le but, n’est souvent même pas encore arrivé. Tant qu’il y aura un être malheureux sur la terre, il y aura encore des pas à faire dans la carrière de la liberté. » 

Après ce prélude hardi et en quelque sorte déjà maximaliste, Fouché définit l’esprit révolutionnaire de la manière suivante :

« La Révolution est faite pour le peuple ; il est bien aisé de comprendre que par peuple on n’entend pas cette classe qui, privilégiée par ses richesses, a usurpé toutes les jouissances de la vie et tous les biens de la société. Le peuple est l’universalité des citoyens français : le peuple, c’est surtout la classe immense du pauvre ; cette classe qui donne des hommes à la patrie, des défenseurs à nos frontières, qui nourrit la société par ses travaux. La Révolution serait un monstre politique et moral, si elle avait pour but d’assurer la félicité de quelques centaines d’individus et de consolider la misère de vingt-quatre millions de citoyens. Ce serait une illusion blessante pour l’humanité que de déclamer sans cesse le mot d’égalité si des intervalles immenses de bonheur devaient toujours séparer l’homme de l’homme. » 

Comme suite à cette introduction, Fouché expose sa théorie favorite d’après laquelle le riche, le « mauvais riche », ne peut jamais être un véritable révolutionnaire, jamais un républicain véritable et sincère et que, par conséquent, une révolution simplement bourgeoise, qui laisserait subsister toutes les différences de fortune, aboutirait inévitablement à une nouvelle tyrannie, « car l’homme riche ne tarde pas à se regarder comme étant d’une pâte différente de celle des autres hommes ». C’est pourquoi Fouché demande au peuple l’énergie la plus extrême, ainsi que la révolution absolue, « intégrale ».
« Ne vous y trompez pas, pour être vraiment républicain, il faut que chaque citoyen éprouve et opère en lui-même une révolution égale à celle qui a changé la face de la France. Il n’y a rien, non absolument rien de commun entre l’esclave d’un tyran et l’habitant d’un État libre : les habitudes de celui-ci, ses principes, ses sentiments, ses actions, tout doit être nouveau. Vous étiez opprimés ; il faut que vous écrasiez vos oppresseurs. Vous étiez esclaves de la superstition, vous ne devez plus avoir d’autre culte que celui de la liberté… Tout homme à qui cet enthousiasme est étranger, qui connaît d’autres plaisirs, d’autres soins que le bonheur du peuple ; tout homme qui ouvre son âme aux froides spéculations de l’intérêt ; tout homme qui calcule ce que lui revient une terre, une place, un talent, et qui peut un instant séparer cette idée de celle de l’utilité générale ; tout homme qui ne sent pas son sang bouillonner aux seuls mots de tyrannie, d’esclavage, d’opulence ; tout homme qui a des larmes à donner aux ennemis du peuple, qui ne réserve pas toute sa sensibilité pour les victimes du despotisme et pour les martyrs de la liberté ; tous les hommes ainsi faits, et qui osent se dire républicains, ont menti à la nature et à leur cœur ; qu’ils fuient le sol de la liberté, ils ne tarderont pas à être reconnus et à l’arroser de leur sang impur. La république ne veut plus dans son sein que des hommes libres : elle est déterminée à exterminer tous les autres, et à ne reconnaître pour ses enfants que ceux qui ne sauront vivre, combattre et mourir que pour elle. » 
Au troisième alinéa de cette Instruction, la profession de foi révolutionnaire devient carrément et ouvertement un manifeste communiste (le premier qui soit bien net, à cette date de 1793) :

« Tout homme qui est au-dessus du besoin doit concourir à ce secours extraordinaire. Cette taxe doit être proportionnée aux grands besoins de la patrie ; ainsi vous devez commencer par déterminer d’une manière large et vraiment révolutionnaire la somme que chaque individu doit mettre en commun pour la chose publique. Il ne s’agit pas d’exactitude mathématique, ni de ce scrupule timoré avec lequel on doit travailler dans la répartition des contributions publiques : c’est ici une mesure extraordinaire qui doit porter le caractère des circonstances qui la commandent. Agissez donc en grand : prenez tout ce qu’un citoyen a d’inutile ; car le superflu est une violation évidente et gratuite des droits du peuple. Tout homme qui a au-delà de ses besoins ne peut plus user, il ne peut qu’abuser. Ainsi, en lui laissant tout ce qui lui est strictement nécessaire, tout le reste, pendant la guerre, appartient à la République et à ses membres infortunés. » 

Fouché souligne expressément dans ce manifeste qu’il ne faut pas se contenter de prendre seulement l’argent.
« Toutes les matières, poursuit-il, dont ils regorgent et qui peuvent être utiles aux défenseurs de la patrie, la patrie les réclame dans cet instant. Ainsi, il y a des gens qui ont des amas ridicules de draps, de chemises, de serviettes et de souliers. Tous ces objets et autres semblables sont de droit la matière des réquisitions révolutionnaires. » 

De même il demande impérieusement la livraison au Trésor national de l’or et de l’argent, « métaux vils et corrupteurs », que le véritable républicain méprise, afin « qu’en y recevant l’empreinte de la République et après avoir été purifiés par le feu, ils ne coulent plus que pour l’utilité générale. De l’acier, du fer, et la République sera triomphante ! »


mardi 5 juin 2012

Danaé de Gustav Klimt

Danaé est une peinture de Gustav Klimt datant de 1907-1908.

Danaé
Gustav Klimt 1907-1908
Huile sur toile
Hauteur 77 cm Largeur 83 cm
Collection particulière, Grasse

La légende
D'après la mythologie grecque, le père de Danaé, Acrisios, roi d'Argos, emprisonne sa fille Danaé lorsqu'un oracle lui prédit qu'il sera tué par son propre petit-fils.
Zeus s'éprend de Danaé et parvient à entrer en contact avec elle en se transformant en une pluie d'or. Persée naît de cette union.
Persée participe un beau jour en Thessalie à des jeux auxquels assiste Acrisios. Dépassant sa cible au lancer du disque, Persée frappe et tue accidentellement son grand-père.

Le tableau
Le corps de la belle dormeuse Danaé épouse la forme d'un oeuf, qui symbolise la fécondité.
Dans son sommeil, elle semble innocente. Son visage est relâché, calme et en contradiction avec la sensualité de sa cuisse offerte et de son sein. Son pied est caché.

La chevelure rousse de Danaé est relâchée mais parfaitement structurée. Ses doigts n'ont pas une position naturelle, ils semblent crispés, agrippés à son sein. L'autre main de Danaé disparaît vers son intimité.
Sa bouche entrouverte est sensuelle.

Le tissu, sur lequel elle est couchée, est richement brodé de sphères dorées. Semble tomber du ciel, une cascade de pièces et de crochets d'or. Cette cascade passe entre les cuisses de Danaé et seules quelques pièces d'or se dirigent vers le sol. Ces éléments dorés sont peints avec minutie.

La position foetale de Danaé renforce la disproportion de la cuisse. Cette dernière est mise en valeur, avec la coulée d'or, au centre du tableau. Cette zone centrale lumineuse est cadrée par les étoffes plus sombres.

Je ne sais ce que peuvent symboliser le rectangle noir ainsi que l'appendice couleur rouille dans l'angle inférieur gauche.

Le tombé des pièces donne une dynamique en contraste avec le doux sommeil de Danaé.

Une atmosphère onirique baigne cette composition inspirée de la mythologie et chargée d'érotisme.

lundi 4 juin 2012

Judith et Holopherne I de Gustav Klimt

Judith et Holopherne I est une peinture de Gustav Klimt datant de 1901.

Judith et Holopherne I
Gustav Klimt 1901
Huile sur toile
Hauteur 84 cm Largeur 42 cm
Österreichische Galerie, Vienne



La tête d'Holopherne est à peine perceptible dans l'angle inférieur droit de la toile.
Judith vient de tuer Holopherne et pourtant son visage, ses yeux mi-clos expriment le plaisir et la volupté.

La tunique de Judith est transparente, son sein droit est perceptible, en revanche son sein gauche et son ventre sont dénudés, sans pudeur. Un collier en or et en pierreries lui enserre le cou. Sa chevelure est volumineuse et ses cheveux semblent frisés.
La main de Judith ne tient pas la tête d'Holopherne, elle est à peine posée, presque caressante.
Sa bouche, petite et légèrement entrouverte, exprime la sensualité. C'est la bouche d'une femme qui vient d'être embrassée ou qui se prépare à l'être
.
Par pure provocation, le regard de Judith est fixé sur le spectateur, ce qui, compte-tenu de l'atrocité de l'événement, le met tout à fait mal à l'aise.
En règle générale, les femmes symbolisent la vie, qu'elles portent en elles alors que dans cette oeuvre un crime atroce vient d'être commis par une femme et celle-ci ne semble en rien tourmentée.

En arrière-plan quelques arbres stylisés sont représentés.

La toile est mise en valeur par un cadre en cuivre martelé. Réalisé par Georg Klimt, le frère de Gustav, le cadre ajoute à l'atmosphère irréelle de la scène.

Gustav Klimt ne semble pas chercher la morale, seule semble mise en exergue la volonté extraordinaire de cette femme.

Une autre peinture de Gustav Klimt, Judith et Holopherne II, traite du même sujet dans une atmosphère cependant radicalement différente...

La légende de la décapitation d'Holopherne par Judith peut être consultée ici.

dimanche 3 juin 2012

Portrait de Serena Lederer de Gustav Klimt

Le Portrait de Serena Lederer est une peinture de Gustav Klimt datant de 1899.

Portrait de Serena Lederer
Gustav Klimt 1899
Hauteur 188cm Largeur 85 cm
The Metropolitan Museum of Art
New York

En marge de ses travaux décoratifs, Gustav Klimt réalisa sur commande de nombreux portraits. A la recherche d'une certaine liberté dans ses compositions, il réalisa des portraits en pied dont le Portait de Serena Lederer.

Serena Lederer était la confidente de Gustav Klimt et l'épouse d'Auguste Lederer, amateur d'art et grand mécène qui soutenait Gustav Klimt ainsi que les membres de la Sécession, l'association artistique dissidente de Vienne.

Dans ce portrait, on peut noter que seul le visage de Serena Lederer se détache du tableau.

L'arrière-plan est dépourvu de toute décoration, les teintes blanches et beiges sont brumeuses et se confondent par endroit avec la robe de Serena. Une ligne, de part et d'autre de la robe, permet de deviner le sol.

La robe de Serena est structurée par des traits verticaux interminables. Ses pieds sont recouverts, ce qui pourrait laisser penser qu'elle est en apesanteur, irréelle? Par contraste, les manches sont dessinées par des traits courts et horizontaux. Le spectateur devine à peine les doigts de Serena.
Les teintes sombres de ses yeux noirs, de ses sourcils généreux et de sa coiffure volumineuse font ressortir son visage de la toile.
Sa coiffure mal maîtrisée (mèches sur le front, absence de symétrie, mèches à l'arrière) donne à Serena un aspect naturel et poétique alors même qu'elle porte une robe de soirée habillée.

Le visage de Serena est mélancolique, elle respire la sérénité, l'aménité. Son regard bienveillant se concentre sur le spectateur.

Dans l'angle inférieur droit de la toile, la signature de Gustav Klimt se détache également du fait du contraste chromatique.

samedi 2 juin 2012

J'avais un ami d'Erik Satie

J'avais un ami est une chanson de cabaret d'Erik Satie composée en 1904.




J'avais un ami, Dieu l'avait voulu,
C'était la douceur unie à la grâce.
Chez un pharmacien de première classe
Il dulcifiait le calme tolu.

Là, dans l'ombre il sucrait les potions amères
D'un doigt occulte et seul, toin des regards sévères.
Son patron, qui savait aussi l'apprécier,
L'avait surnommé le Grand Sucrier.

Il avait des yeux - il en avait deux,
Mais ce n'était pas ceux de tout le monde.
Ils étaient à lui comme sont à l'onde
Les vagues d'azur et les poissons bleus.

Il avait un chapeau d'une forme très haute
Qu'il mettait avec la superbe redingote
Qu'on la lui avait fait cadeau avec l'étui.
Il avait encore autre chose à lui.

Un soir il me dit : "Le sucre a baissé.
Le patron renonce à mes bons services.
Il attend, dit-il, des temps plus propices
Quand la crise du sucre aura passé."
Ensuite il prononça ces mots énigmatiques :
"Le métier est foutu pour les diabétiques."
Il m'embrassa, puis il partit pour Châteauroux.
J'avais un ami si tendre et si doux.







Joséphine Une impératrice de légendes de Philippe de Montjouvent

Joséphine Une impératrice de légendes est une biographie de l'historien Philippe de Montjouvent publiée en février 2010 aux Timée Editions.




Dès les premières lignes, l'auteur fait une mise au point sur sa vision de l'impératrice Joséphine:
« Dès qu'il s'agit de Joséphine, la malveillance ne semble plus avoir de bornes. Tous les coups sont permis. Pour son malheur, elle fut une femme d'Ancien Régime dont la conception du mariage était à mille lieues de celle des deux atrabilaires rousseauistes qu'elle épousa. Alexandre et Bonaparte s'auto-persuadèrent qu'elle leur était infidèle, alors qu'elle ne leur fut que fidélités: fidélité conjugale; fidélité amoureuse; fidélité politique. »
Effectivement, l'ouvrage démontre à quel point certaines rumeurs d'infidélité étaient injustifiées. En revanche, elle était indubitablement une femme d'influence, influence dont elle abusera parfois...

Le lecteur peut découvrir sa généalogie de façon détaillée, et bien qu'elle n'ait pas eu d'enfant avec Napoléon, sa descendance marquera l'Histoire.

Un passage est particulièrement touchant, celui d'une lettre que Napoléon écrivit à Joséphine en décembre 1795, soit environ quatre mois après leur rencontre:
« Je me réveille plein de toi. Ton portrait et le souvenir de l'enivrante soirée d'hier n'ont point laissé de repos à mes sens. Douce et incomparable Joséphine, quel effet bizarre faites vous à mon coeur : vous fâchez-vous? vous vois-je triste? êtes-vous inquiète? Mon âme est brisée de douleur, et il n'est point de repos pour votre ami...mais en est-il donc davantage pour moi, lorsque, vous livrant au sentiment profond qui me maîtrise, je puise sur vos lèvres, sur votre coeur, une flamme qui me brûle. Ah! C'est cette nuit que je me suis bien aperçu que votre portrait n'est pas de vous. Tu pars à midi, je te verrai dans trois heures. En attendant, mio dolce amor, reçoit mille baisers; mais ne m'en donnes pas, car il brûle mon sang. »
Le lecteur notera l'alternance du vouvoiement et du tutoiement.

Philippe de Montjouvent revient également sur les différentes habitations de Joséphine: rue Thévenot avec Alexandre de Beauharnais, rue de la Victoire avec Bonaparte, la Malmaison qu'elle acheta seule, ...

L'ouvrage est parfaitement illustré et sa construction par points de focus rend la lecture assez fluide pour intéresser tout type de public.