vendredi 8 juin 2012

Fouché de Stefan Zweig

Fouché est une biographie de Stefan Zweig, parue en 1929 et rééditée aux éditions Grasset en 2003.

Fouché « a trouvé peu d'amour
auprès de ses contemporains
et encore moins de justice
auprès de la postérité »

Joseph Fouché, duc d'Otrante, est un homme politique français né en 1759 près de Nantes et mort en 1820 à Trieste. Il eut une carrière politique d’une longévité fascinante et cela dans une période particulièrement troublée de l'histoire de la France et de l'Europe.

Perçu comme un homme froid, manipulateur, amoral et redoutable, il joua un rôle déterminant sous la Terreur : il vota la mort de Louis XVI, organisa la Terreur à Lyon et est présenté par Stefan Zweig comme la clé des 8 et 9 Thermidor An II.
« Ce rôle secret, désespéré, périlleux et souterrain joué par Fouché dans la conjuration contre Robespierre n'a pas été suffisamment mis en relief par la plupart des historiens et souvent même son nom n'est pas cité. » 
Il porta ces différents crimes jusqu’à la fin de sa vie.
Dès 1799, il devint Ministre de la Police, poste qu’il occupa à cinq reprises sous différents gouvernements.
« Pour la cinquième fois, Joseph Fouché prête serment de fidélité : la première fois, c’était encore au gouvernement royal, la deuxième à la République, la troisième au Directoire, la quatrième au Consulat. »
Fouché aimait le jeu politique plus que les idées: certes, lors de la révolution, il s’était rapproché des Girondins puis des Montagnards mais par la suite il n'a plus d'affinité avec un quelconque mouvement politique. Il agissait pour lui seul, sans doctrine.

Fouché avait compris que maîtriser l’information était la clé de la réussite à travers:
- La récolte de l’information et l’importance des réseaux de renseignement:
« Mille nouvelles affluent chaque jour dans la maison du quai Voltaire, car au bout de quelques mois ce maître a couvert tout le pays d’espions, d’agents secrets et de mouchards. [...] ils causent dans les salons du faubourg Saint-Germain et, d’autre part, ils s’introduisent, déguisés en patriotes, dans les réunions secrètes des Jacobins. Sur la liste de ses mercenaires se trouvent des marquis et des duchesses portant les noms les plus éclatants de France, et Fouché peut même se vanter (chose fantastique !) d’avoir à son service la plus grande dame de l’État, Joséphine Bonaparte, la future impératrice. » 
- La manipulation habile de l’information, en fonction d’une stratégie: il se lie avec Gracchus Babœuf pour que celui-ci porte ses opinions, il contrôle les journaux, il utilise l’information pour montrer sa supériorité
« Lorsque Napoléon, à onze heures du soir, enveloppé d’un manteau étrange, et presque complètement déguisé, sort par une porte secrète des Tuileries pour se rendre chez une maîtresse, Fouché sait le lendemain où la voiture est allée, combien de temps l’empereur est resté dans la maison, quand il est rentré ; il peut même, un jour, rendre tout honteux le souverain du monde en lui apprenant que cette femme qu’il a choisie le trompe, lui Napoléon, avec un grimaud de comédie moins bien choisi. » 
- La dissimulation de l’information : destruction des documents ministériels lors de la prise de fonction de son remplaçant le duc de Rovigo, destruction de ses documents à sa mort, mise à mort des bourreaux de Lyon, …

Stefan Zweig semble à la fois fasciné et horrifié par l'attitude de Joseph Fouché.
La biographie démontre à quel point Fouché fut haï des trois grandes personnalités de cette période historique : Robespierre, Napoléon et Talleyrand.

L'auteur a parfois des phrases définitives:
« Seul un homme demeure toujours à la même place, sous tous les maîtres et sous tous les régimes : Joseph Fouché. »
Cette emphase concernant la réussite de Fouché, et que l’on retrouve régulièrement dans le récit, est assez déroutante puisque la biographie démontre, bien au contraire, que la vie politique de Fouché fut loin d’être linéaire et garantie. De fait, il subira quatre fois des « bannissements », la misère, de basses activités d’espionnage pour nourrir sa famille, …

Dans cet ouvrage, qui alterne le récit de faits historiques et le portrait psychologique de Fouché, Stefan Zweig livre une analyse rigoureuse d’un personnage hors normes tant par la fourberie que par la maîtrise du jeu politique:
« Jusque dans la tombe cet homme obstinément muet ne révèle pas toute la vérité ; il a emporté avec lui, jalousement, dans la froide terre, ses secrets, pour rester lui-même un secret, quelque chose de crépusculaire qui oscille entre la lumière et l’ombre, – un visage qui ne se dévoile jamais entièrement. Mais c’est précisément pour cela qu’il suscite toujours et sans cesse le jeu de la recherche – ce jeu qu’il a si magistralement pratiqué ; c’est pour cela que l’on essaie de découvrir, d’après des traces légères et fugaces toute la vie tortueuse et, d’après son destin changeant, l’essence spirituelle de celui qui fut le plus remarquable de tous les hommes politiques. » 

Cet ouvrage, d’une lecture très agréable, m’a permis de découvrir, entre autres, que Fouché est l’auteur du premier manifeste communiste de l’Histoire. L’extrait est à consulter ici.

Quelques extraits de Fouché ici.

Pour aller plus loin…
Trois biographies:
Joseph Fouché de Louis Madelin
Fouché de André Castelot
Joseph Fouché de Jean Tulard

Références:
Auteur: Stefan Zweig
Titre: Fouché
Traduction: traduit de l'allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac
Édition originale 1929
Édition française Bernard Grasset, réédition Grasset, Les cahiers rouges, Paris, 2003
ISBN: 2246168147

2 commentaires:

  1. Merci pour ces éléments qui m'ont aidé à résumer la biographie
    Grégoire

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  2. Bonsoir Grégoire,

    Merci pour votre commentaire.

    Bonne soirée
    Isabel

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