mercredi 20 juin 2012

La main coupée de Blaise Cendrars

La main coupée est une œuvre autobiographique de Blaise Cendrars publiée en 1946.



Dans cet ouvrage, Blaise Cendrars raconte ses souvenirs de la Grande Guerre.
Il a 27 ans lorsqu’il est engagé dans la légion étrangère (il était suisse). En septembre 1915, lors d’un combat, Blaise Cendrars est blessé et se voit amputé de son bras droit.
Bien que le titre de l’ouvrage renvoie à cet accident, on devine que sa portée va bien au-delà. La main symbolise l’action, le travail et c’est toute une jeunesse qui a été sacrifiée, laminée, déchiquetée lors de la Grande Guerre.

La main coupée est constituée d’une suite de portraits des compagnons d’infortune de Blaise Cendrars.
Le lecteur y découvre le pire :
- les atrocités de la guerre sont illustrées diversement
- les dommages collatéraux tels que les suicides de parents
- les souffrances sourdes ou intenses
comme le meilleur :
- la force des relations humaines
- la fraternité entre les soldats
- la fidélité en amour et en amitié
- la rencontre d’un ami que l’on croyait mort
- les petits bonheurs du quotidien:
« Ma perm était bonne, bonne pour un 14 juillet à Paris »

A travers cet ouvrage, Blaise Cendrars paraît conscient de sa responsabilité morale, libre de ses opinions et de son expression, courageux et parfois irrespectueux des règles de l’armée (initiative d’actions isolées, insubordination).

La main coupée illustre également le clivage et la méfiance entre les soldats du front et l’administration militaire, protégée d’ineffables atrocités.

Blaise Cendrars nous rappelle que beaucoup de ses amis de Montparnasse étaient au front pendant la Grande Guerre :
« - Puisque vous êtes abonné aux soirées de Paris et que vous prétendez connaître tous mes amis, pouvez-vous me dire si Guillaume Apollinaire est au front? Demandais-je à cette créature de Police.
- Non pas encore mais cela ne va pas tarder, me répondit-il. Pour l'instant, Guillaume Apollinaire est canonnier à Nîmes où il file le parfait amour.
- Le veinard! avec Marie Laurencin?
- Mais non voyons ! Marie Laurencin a épousé un baron allemand et est passée en Espagne avec son mari.
- Non c'est vrai! Pauvre Guillaume! Et Max Jacob?
- Comment vous ne savez pas? Max s'est converti!
- Pas possible!
- Et si, il a eu une vision. Le Christ lui est apparu chez Jeanne Léger
- Chez Jeanne?
- Oui Max s'est réfugié chez Jeanne Léger. Il se sentait trop seul et Jeanne l'a hébergé dans l'atelier de Léger. Oh, en tout bien tout honneur! Vous savez le début de la guerre n'a pas été drôle pour tout le monde à Paris et Max...
- Vous semblez bien connaître Max Jacob
- Max est un ami...
- Et Picasso, il est en Espagne?
- Picasso? Non il est sur la frontière avec Joan Gris à Céret dans les Pyrénées Orientales.
- Et mon bon ami Braque?
- Au front.
- Et l'ami Fernand Léger?
- Au front.
- Et Derain?
- Au front.
- Et Picabia
- En Amérique.
- Et Marcel Duchamp?
- A New York.
- Je vois que vous êtes bien renseigné! Mais comment cela est-il possible?
- Je vous l'ai dit, vous avez tous une fiche chez nous, depuis le vol de la Joconde.
- C'est un drôle de cadeau qu'Apollinaire nous a fait! »

Et pour conclure, cette phrase qui symbolise, à mon sens, l’ouvrage mais qui ne peut en rien le résumer :
« Dieu est absent des champs de bataille »

Titre: La main coupée
Auteur: Blaise Cendrars
Editeur : Gallimard (25 juillet 1975)
Collection : Folio Langue
ISBN: 2070366197

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