lundi 11 juin 2012

L’amour conjugal d’Alberto Moravia

L’amour conjugal est un roman d’Alberto Moravia publié en 1949.


En 1937, Silvio, un critique littéraire à ses heures, épouse Léda et nourrit quelques ambitions littéraires. Il se persuade que la création d’un ouvrage est incompatible avec des relations de couple. Ils font chambre à part jusqu’à ce que l’ouvrage soit terminé…

L’Amour Conjugal est l’histoire réaliste, sous certains aspects, d’un couple qui cherche un modus vivendi. L’amour et la sincérité sont présents et cela ne suffit pas : le couple est loin de l’idéal qu’imaginait Silvio. 

Silvio décrit longuement l'amour absolu qu'il éprouve pour sa femme, bien que celle-ci ne soit pas toujours telle qu’il l’aurait souhaité :
« Je fis cette découverte dans les premiers jours de mon mariage et un instant j'eus presque le sentiment d'avoir été trompé comme un homme qui s'est marié par intérêt et découvre au lendemain des noces que sa femme est pauvre.
En effet, une large grimace muette qui paraissait exprimer de la peur, de l'angoisse, de la répugnance et en même temps un attrait dédaigneux crispait parfois le visage de ma femme. Cette grimace faisait, pour ainsi dire, ressortir violemment l'irrégularité naturelle des traits et donnait à sa physionomie l'aspect repoussant d'un masque grotesque dans lequel, par une bouffonnerie particulière, incongrue autant que pénible, les traits auraient été exagérés jusqu'à la caricature: la bouche surtout puis les deux rides qui l'encadraient et les narines et les yeux. » 
« Je ne pensais plus à Léda et fus surpris en la voyant déboucher tout à coup à un angle de la terrasse et courir vers la porte. Pour être plus dégagée, elle relevait de ses deux mains sa robe trop longue et, vue ainsi d'en haut tandis qu'elle s'élançait sur le gravier illuminé par la lune, elle me fit penser à quelque bête sauvage, renard ou fouine qui, furtive et innocente, le poil encore maculé de sang, se hâte vers sa tanière après une incursion dans quelque poulailler. » 

Les longues descriptions des sentiments alourdissent parfois le propos mais l’analyse psychologique du narrateur est menée avec une acuité exceptionnelle par Alberto Moravia.
D’autre part, l’auteur laisse régulièrement des indices dans le texte qui laissent à penser qu’un drame va survenir.
La fin du récit retrouve un rythme lié au drame et aux échanges du couple qui s’ensuivent.

Le lecteur retrouve trois grands thèmes dans cet ouvrage:
- La vie de couple : la passion des débuts, le quotidien, la trahison, ...
« C’était une passion conjugale : ce mélange de dévotion ardente et de légitime luxure, de possession exclusive et sans limite et de joie confiante née de cette possession même. Pour la première fois, j’éprouvai le sentiment d’être le « maître »… »
- La création littéraire : la phobie de la page blanche, le bonheur de la création et l'auto-critique
« J’écrivais chaque jour dix à douze pages d’un seul élan rapide et impétueux, mais sans désordre ni dérèglement ; Puis, durant tout le jour, je restai ébloui, étourdi, à demi-conscient, sentant qu’en dehors de mon travail plus rien n’avait d’importance pour moi dans la vie, pas même mon amour pour ma femme. »
« Je suivis la méthode que j’adoptais d’habitude pour la composition de mes articles de critique […] Et voici ce que j’écrivis sur ma feuille
Primo : style. Puis en dessous, rapidement : propre, correct, orné, mais jamais original, jamais personnel, jamais neuf. Se perd dans des généralités, diffus là où il devrait être bref, bref ou il devrait s’étendre, au fond, superflu parce que tout d’application. Un style sans caractère, le style d’une composition soignée dans laquelle ne vibre aucune émotion poétique.
Secundo : plastique ; Aucune. Dit des choses au lieu de les représenter, les écrit au lieu de les dépeindre. Manque d’évidence, de densité, de corps.
Tertio : personnages. Nuls. On sent qu’ils n’ont pas été crées par une intuition sympathique, mais laborieusement copiés et transcrits d’après nature, avec l’aide cependant d’un jugement vacillant, brumeux et embryonnaire. Ce sont des mosaïques d’observations minutieuses et inanimées, non des créatures vivantes et libres
Quarto : vérité psychologique. Rare. Trop d’observations à coté et pas assez de bon sens. Trop d’extérieur vers intérieur, trop de sophisme
Quinto : sentiments. Froids et ratatinés, comme des envolées qui trahissent le vide et la velléité Sexto : intrigue. Mal construite, déséquilibrée, des remplissages. Manque le moteur.
Septimo et dernier : jugement général. Le livre d’un dilettante, privé de faculté créatrice… » 
- Les clivages sociaux et une certaine critique de la bourgeoisie dont sont issus Silvio et Léda
« au début, il n’y avait, entre Antonio et moi, qu’un rapport de supérieur à inférieur »

Titre: L'Amour conjugal
Auteur : Alberto Moravia
Editeur : Gallimard (16 novembre 1972)
Collection: Folio
Langue: Français
ISBN: 2070361845


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