vendredi 22 juin 2012

Le mal court de Jacques Audiberti

Le Mal court est la seconde pièce de théâtre de Jacques Audiberti, créée en 1947.



La pièce se déroule le 6 décembre 1772 sous Louis XV.
Un lieu unique est mentionné : une chambre sur le territoire de l'électeur de Saxe, près de la frontière d'Occident.

Alarica, fille du roi Célestincic, monarque du Grand-Duché de Courtelande, ne trouve pas le sommeil. Le soir même elle doit épouser Parfait, le roi d’Occident. Sa gouvernante ne parvient pas à la rassurer. A 5 heures du matin, elles reçoivent une visite…

Audiberti invente des mots (béquillard, abécédé, pompelane, …), des prénoms (Célestincic, Alarica, …) et des situations... en toute liberté!
L’intrigue est complexe, il le reconnaît à travers cette phrase du lieutenant :
« cette affaire est embrouillée » 
cependant il faut plutôt chercher dans cette œuvre, l’atmosphère et la poésie qui se dégagent.

Quelques thèmes de cette oeuvre:
- L’hypocrisie, la trahison, le complot: la gouvernante utilise des mots pleins d’affection pour nommer Alarica : tourterelle, cerise, petite poire verte, lapin bleu, chèvrefeuille, jonquille, colombe, noisette d'or, pimprenelle,... alors même qu’elle participe du complot.
- L’amour : la séduction, la sincérité, la manipulation, l’innocence : Alarica dit d’un homme qu’elle a vu quelques minutes :
« Je l’aime sans doute à jamais » 
- Le clivage social :
« Une fille de mon espèce vaut-elle pour de bon que pour elle un homme de bien se meurtrisse ? Je viens d’un pays barbare. Nous ne sommes chrétiens que depuis le douzième siècle. Notre langue est parlée dans des endroits de l’Inde. Vous êtes jardin, moi broussaille. » 
- La folie : les délires d’Alarica lorsqu’elle apprend que Parfait ne l’épousera pas
- Le jeu de la distance liée au statut social et de l’intimité qui s’installe entre certains personnages: le tutoiement et le vouvoiement sont utilisés en même temps :
« Vous deviendrez ce que je veux que tu deviennes »
« Même toi, tu n’entends rien. […] Reposez-vous, mon chèvrefeuille » 
La vidéo 1 livre 1 jour portant sur cet ouvrage:



Quelques aphorismes :
« Il ne faut pas que le présent soit mangé pour le futur »
« Chacun est moi. Chacun s’appelle moi, vous êtes moi, bien sûr, comme elle, comme moi »
« Les scandales se nourrissent de pralines »
« Un homme mort n’est plus un homme »
« Il me semble que l’on meurt à l’instant que l’on n’a plus rien à faire. Que l’on meure prouve, en effet, que l’on n’avait plus rien à faire »
« Pour qu'il y ait de l'ombre, d'abord il faut qu'il y ait du soleil »
« Ce ne sont pas les frontières qui délimitent un royaume »
« Il est reconnu que l'adversité mûrit le tempérament »
« Ne déguisez pas les larmes sous le masque des vices »
« Les mêmes mains, tour à tour, peuvent dispenser le trouble et le calme »
« Rien ne se passe jamais que ce qu'on tolère qui se soit passé »
« Le temps vient toujours, il suffit d'attendre »
 « Le crime serait de prétendre arrêter le mal quand il court »
« N’aie pas peur. Ta peur donne du courage à celui qui te fait peur »
« Les larmes de la femme moisissent le cœur de l’homme »
« La plus grande couardise consiste à éprouver sa puissance sur la faiblesse d’autrui »

Titre: le mal court
Auteur: Jacques Audiberti
Editeur : Le Livre De Poche
ASIN: B002CFLKZ0

1 commentaire:

  1. C'est bien de voir que "le maçon" n'est pas aussi oublié. Au passage, Frédéric Pagès donne deux concerts, au Studio Raspail en partenariat avec la Société Littéraire de la Poste et l'Association des Amis de Jacques Audiberti. Il s'agit d'un spectacle où le chanteur évoque en chanson et récit l'amitié entre Nougaro et Audiberti ainsi que l'influence des deux dans son propres parcours artistique. Ça vaut le coup de voir ce que ça donne...

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