mercredi 4 juillet 2012

L'Enfant de la haute mer de Jules Supervielle

L'Enfant de la haute mer est un recueil de nouvelles fantastiques du romancier et poète Jules Supervielle publié en 1931 aux éditions de la Librairie Gallimard.



Les cinq premières nouvelles ont été publiées dans diverses revues de 1924 à 1930 (La Revue hebdomadaire, La Nouvelle Revue française, Échanges/Exchanges, Europe).

Le recueil est composé de huit nouvelles:
· L'Enfant de la haute mer (1928)
· Le Bœuf et l'Âne de la crèche (1930)
· L'Inconnue de la Seine (1929)
· Les Boiteux du ciel (1929)
· Rani (1931)
· La Jeune Fille à la voix de violon (1931)
· Les Suites d'une course (1931)
· La Piste et la Mare (1924)

Ces contes fantastiques diffèrent dans les sujets traités et ont cependant en commun un puissant recours à l’imaginaire. Parfois émouvants aux larmes, ils transportent le lecteur dans une dimension irréelle et poétique.

Les thèmes de ce recueil de contes sont variés:
- l’Amour: l’amour d’un père, l’amour d’un couple dans l’au-delà, l’amour d’un animal pour ses maîtres, …
- la nature : la mer et les fonds marins, le ciel, les divers animaux, …
- la solitude (petite fille, inconnue de la Seine, bœuf abandonné, …) et l’absence
- l’au-delà (l’inconnue de la Seine découvre une seconde vie au fond des mers, le couple de boiteux du ciel se matérialise par amour, …) et la frontière entre la vie et l’au-delà :
« “Je croyais qu'on restait au fond du fleuve, mais voilà que je remonte”, pensait confusément cette noyée de dix-neuf ans qui avançait entre deux eaux. [...] Enfin elle avait dépassé Paris et filait maintenant entre des rives ornées d'arbres et de pâturages, tâchant de s'immobiliser, le jour, dans quelque repli du fleuve, pour ne voyager que la nuit, quand la lune et les étoiles viennent seules se frotter aux écailles des poissons. “Si je pouvais atteindre la mer […] ” » L’inconnue de la Seine 
- la matérialisation des rêves et la frontière entre réalisme et onirisme : l’homme devient cheval, une enfant renait du chagrin de son père :
« Marins qui rêvez en haute mer, les coudes appuyés sur la lisse, craignez de penser longtemps dans le noir de la nuit à un visage aimé. Vous risqueriez de donner naissance, dans des lieux essentiellement désertiques, à un être doué de toute la sensibilité humaine et qui ne peut pas vivre ni mourir, ni aimer, et souffre pourtant comme s'il vivait, aimait et se trouvait toujours sur le point de mourir, un être infiniment déshérité dans les solitudes aquatiques, comme cette enfant de l'Océan, née un jour du cerveau de Charles Liévens, de Steenvoorde, matelot de pont du quatre-mâts "Le Hardi", qui avait perdu sa fille âgée de douze ans, pendant un de ses voyages,et, une nuit, par 55 degrés de latitude Nord et 35 de longitude Ouest, pensa longuement à elle, avec une force terrible, pour le grand malheur de cette enfant. » L’enfant de la haute mer 
- une identité fragile: les êtres ne portent pas de nom, le bœuf regrette sa condition de bœuf, l’homme devient cheval, …
- la cruauté des hommes : la jalousie et l'agressivité, le mensonge, …
- le souvenir :
« Tenez, je suis sûr qu’un de ces quatre matins, on pourra me regarder quand j’allais à mon bureau et que je descendais les marches de la station du métro Châtelet »
« Il se souvenait du jour où il l’avait vue  pour la première fois  à la bibliothèque  de la Sorbonne » 

Ces nouvelles, d’où émergent sensibilité et poésie, sont une lecture déroutante et inoubliable.

Une vidéo reprenant le conte L’enfant de la haute mer :



Titre: L’enfant de la haute mer
Auteur: Jules Supervielle
Genre: nouvelles fantastiques
Lieu de parution: Paris
Éditeur: Librairie Gallimard
Collection Blanche
Date de parution 1931

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