lundi 27 août 2012

Les charmes discrets de la vie conjugale de Douglas Kennedy

Les Charmes discrets de la vie conjugale est un roman de Douglas Kennedy publié aux Editions Belfond en octobre 2005.


Les charmes discrets de la vie conjugale nous présente la vie d’Hannah, une américaine née dans les années 50, qui se marie, devient maman assez jeune et se sent piégée dans une vie qu’elle ressent comme une prison. Son père lui demande d’accueillir quelques jours un opposant à la guerre du Vietnam. Une relation physique naît entre les deux jeunes gens et Hannah se voit contrainte de conduire le jeune homme en fuite au Canada…

Dans un style fluide, Douglas Kennedy nous fait découvrir des personnages complexes, qui changent de discours et de comportement au fil des pages et dont on ne peut prédire les réactions.
Le rapprochement de cet ouvrage avec Madame Bovary de Flaubert est évident et souligné par l’auteur qui fait analyser le roman par Hannah :
« - Le roman qui m’a le plus marqué a été Madame Bovary de Flaubert […] selon moi, Emma Bovary était une victime de la société.
- Dans quel sens ?
- Et bien la façon dont elle se laisse emprisonner dans une existence qu’elle ne voulait pas puis comment elle se persuade que tomber amoureuse va résoudre tous ses problèmes.
- Bien vu ! a-t-il approuvé avec un sourire.
- Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi elle choisit le suicide comme porte de sortie. Elle aurait pu s’enfuir à Paris par exemple.
- Parce que tu la considères dans le contexte d’une femme américaine des années 60. Pas dans celui de son temps et de son milieu. Avec tous les codes sociaux de l’époque. […] Elle sait qu’à Paris elle finira, au mieux, petite main dans un atelier de couture. La société de son époque n’a aucune pitié pour une femme mariée qui renonce à ses responsabilités. L’épanouissement personnel est un concept inconnu. Chacun doit tenir sa place. Point final. Aux yeux de Flaubert la pire horreur imaginable est la répétition du quotidien, son ennui écrasant. Je dirais qu’il est le premier grand romancier à avoir compris que nous devons tous nous confronter à la prison que nous édifions en nous-mêmes. »

Le lecteur notera quelques points communs entre les deux ouvrages :
- Les protagonistes sont issus de la bourgeoisie
- Les héroïnes sont mariées à des hommes respectables, tous deux médecins
- Les deux couples s’installent dans de petites villes où les rumeurs courent
- Les héroïnes ont renoncé à leur rêve pour leur mariage
- Elles sont insatisfaites de leur vie et craignent de ne pas s’épanouir
- Elles cèdent toutes deux à l’adultère
- Leurs vies s’effondrent : l’une choisit le suicide, l’autre un nouveau départ à Paris.

Cet ouvrage d’un volume conséquent est composé de deux parties :
- Une première partie du roman se déroule dans les années 1970. Le rythme est lent et permet de découvrir Hannah et ses relations avec ses parents, jusqu’à son adultère.
- Une deuxième partie du roman se déroule en 2003. Le rythme est soutenu, les événements nombreux et la fin quelque peu inattendue.

Les thèmes abordés par Les charmes discrets de la vie conjugale sont variés :
- la politique américaine: Douglas Kennedy démontre à quel point les Etats-Unis sont passés d'un radicalisme à l'autre: des mouvements contestataires contre les autorités et la guerre au Vietnam jusqu’à l’Amérique puritaine et conservatrice incarnée par George W Bush.
- les milieux intellectuels universitaires en opposition aux milieux financiers 
- la psychologie : la dépression, l’affirmation de soi, la recherche du bonheur, l’incapacité à profiter du moment présent, les nombreuses réflexions sur l’existence et le sens de la vie
« Nous voulons toujours ce que nous n’avons pas. Nous ne cessons jamais d’être insatisfaits, de moins en partie, par la vie que nous nous sommes organisée, si réussie puisse-t-elle être, parce que nous n’arrivons pas à être entièrement comblés par la réalité, l’Ici et le Maintenant. » « Ne penses-tu pas que la tristesse fondamentale du grand âge tient dans la certitude où tu te trouves, que non seulement ta fin peut arriver à tout moment, mais aussi que le monde s’est déjà habitué à compter sans toi ? » 
- la société américaine: l'intégrisme chrétien, le puritanisme des petites villes dans les années 70 et dans l'ensemble du pays cette dernière décennie, l’importance de l'image et des sociétés de relations publiques, les lobbies anti-avortement et les condamnations publiques
- le poids des médias: l’emballement médiatique et la domination de l'opinion publique, la manipulation de l'information qui nous rappelle l'affaire Clinton ou DSK.
- les relations familiales: l’éducation et la difficulté d'être parents, les relations avec des enfants devenus adultes, les relations et conflits intergénérationnels :
« La bonne nouvelle, toutefois, c’est que, une fois que tu auras consacré 21 ans à élever ton fils Jeffrey, il n’aura que des reproches à t’adresser. »
« Quel déchirement, de constater que l’enfant que vous avez élevé, auquel vous avez toujours souhaité le meilleur de la vie, ne partage rien de commun avec vous ! » 
- la vie conjugale dont l'adultère semble ici un passage obligé :
« Comme disent les Français, « chacun a son jardin secret » ! », 
le mariage et la maternité, pièges de la plupart des femmes et le quotidien du couple souvent dévastateur :
« Un homme et une femme n’ont pas besoin d’être sans cesse collés l’un à l’autre pour avoir une relation enrichissante. » 
« - Tu me dis que toute notre histoire a été une supercherie, que tu n’as jamais été heureux. Alors que j’avais choisi, en toute conscience, de rester avec toi.
- Tu as choisi de rester avec moi ? Trop gentil de ta part. Je suis flatté, honoré, touché ! Tu t’es envoyé en l’air avec un criminel en fuite, tu l’as aidé à passer la frontière, mais tu as choisi de rester avec moi… » 

Paris est vu dans cet ouvrage comme un objectif, parfois impossible à atteindre. Se rendre à Paris semble être une forme de libération. Hannah essaie d’échanger avec sa mère en lui remémorant son propre voyage à Paris :
« j'essaierai de retrouver ce petit café de la rue Monge dont elle nous avait si souvent parlé » 
et ce n’est pas un hasard si l’ouvrage se termine dans un aéroport parisien...

Titre: Les charmes discrets de la vie conjugale
Auteur: Douglas Kennedy
Editeur : Belfond
Date de parution: 22 septembre 2005
ISBN: 9782714441065

Vos commentaires sont bienvenus...

vendredi 24 août 2012

Charly 9 de Jean Teulé

Charly 9 est un roman historique de Jean Teulé publié aux éditions Julliard en 2011.



Le roman s'ouvre sur la décision du massacre de la Saint-Barthélémy par Charles IX, fils d'Henri II et de Catherine de Médicis. Cette décision lui fut largement arrachée par une famille manipulatrice dont les principaux protagonistes étaient sa mère et Henri d'Anjou, son frère.

Tout au long du roman, les descriptions de meurtres et de tortures sont abominables et le lecteur découvre un monarque totalement aliéné. Peu après la Saint-Barthélémy, il a des hallucinations sanguines, goûte un sang imaginaire tel un vampire et s'amuse de ses crimes: 
« Le cadavre de son ennemi sent toujours bon. » 
S'il s'amuse de ses crimes, il a pourtant assez de recul pour réaliser les atrocités commises en son nom et dont les guerres de religion sont la cause profonde: 
« Une seule nuit a détruit ma vie! Que le diable soit des religions! » 
Lorsque les religions ne sont pas en cause, Jean Teulé insiste sur la folie de ce roi: il tue des alouettes en leur récitant des vers de Ronsard, il fait massacrer un village parce qu'il n'a pas apprécié les farces du 1er avril, il teste ses armes sur son personnel, il se livre à des chasses à cour dans les couloirs du Louvre, ...

Charles IX tente toutefois maladroitement de faire du bien à son peuple:
- en créant de la fausse monnaie 
« La France a un problème: je le résous. Elle n'a plus de sous: j'en fais! » 
- en payant sur les deniers de l'Etat, un alchimiste qui sera chargé de transformer de l'or en plomb et qui se contentera de s'enfuir avec la somme perçue
- en distribuant du muguet à son peuple le 1er mai, la consommation de cette plante toxique occasionnera des dizaines de décès.

Jean Teulé fait également référence à la colonne Médicis située aujourd'hui à l'arrière de la CCI de Paris:
« Du haut de la colonne astronomique désirée par la reine mère, rue des deux écus, on voit mieux Cassiopée et la Grande Ourse. Quel point d'observation pour contempler le ciel! »
Malgré les nouveaux courants de pensée liés à la renaissance, le lecteur découvre que la famille royale vivait dans un réel obscurantisme: importance de l'astrologie et références aux signes du zodiaque, alchimie, poupées vaudous, ...

Jean Teulé s'amuse, dans un échange imaginaire entre Charles IX et un bourreau, à faire ressortir l'incongruité des valeurs et de la logique de Charles IX: le chapitre est absolument hilarant et décalé.
« - Vous êtes déjà responsable d'une des plus grandes tragédies de l'histoire, franchement de quoi devriez-vous avoir honte?
- Votre soutien me fait du bien, pleurniche Charly IX, j'ai aussi commandé une belle chaîne d'or pour étrangler le pape de mes propres mains
- Et bien voilà! Vous voyez, ça vient! Il faut y croire!
- Je pourrais aussi faire assassiner mes proches. Enfin, ceux qu'il me reste parce que j'en ai déjà buté pas mal! Ce matin par exemple, j'ai failli trucider ma soeur et un frère.
- Et pourquoi ne pas l'avoir fait? »
Charles IX n'ayant pas eu de fils avec Elisabeth d'Autriche, sa mort laisse place à son frère Henri d'Anjou dit Henri III. L'assassinat de ce dernier par un moine, sonne la fin de la dynastie des Valois et permet l'avènement de la dynastie des Bourbons dont le premier monarque est Henri IV.

Une vidéo de Jean Teulé présentant son ouvrage Charly 9:



Titre: Charly 9
Auteur: Jean Teulé
Editeur: Julliard
Date de parution: 10 mars 2011
ISBN: 9782260018247

jeudi 23 août 2012

Je, François Villon de Jean Teulé

Je, François Villon est un roman biographique de Jean Teulé publié aux éditions Julliard en 2006.


Sous la plume de Jean Teulé, François Villon est le narrateur de l'histoire de sa vie. Je, François Villon est une vision romancée des tribulations du poète.

Un des fils conducteurs de l'ouvrage est, à mon sens, le manque d'amour à une époque où seule compte la survie. Ainsi François Villon se voit privé de l'amour de ses parents, est élevé par un tuteur chanoine, Guillaume de Villon, qui n'a aucune expérience des enfants et, au delà, ne semble pas connaître l'amour pour une femme: au regard du sacrifice qu'il a infligé à Isabelle de Bruyère, il ne pouvait en être amoureux, mais a-t-elle seulement existé?

François Villon ayant vécu de 1431 à 1463 environ, l'ouvrage se place à la fin du Moyen-âge, une époque où l'obscurantisme est total:
- pratique du cannibalisme
- croyances en la magie:
« Avoue que tu es un sorcier et que tu tiens ton talent des fées » dit un bourreau à François Villon en le torturant. 
- justice approximative et corruptible.

La violence décrite dépasse les limites: les vies semblent avoir peu de valeur, les souffrances infligées sont le plus souvent gratuites, les viols (dont celui de François Villon) sont impunis et les bourreaux font preuve d'ingéniosité dans les actes de torture.

François Villon a majoritairement vécu à Paris. Cependant, ses mauvaises fréquentations qu'étaient les coquillards ou écorcheurs, lui ont fait découvrir les routes de France avant un émouvant retour dans la capitale:
« Je retrouve le fond quotidien des cris de Paris, tristes et gais, fols et sages. Quel joli paysage! »
Au final les mauvaises rencontres récurrentes l'amènent à un bannissement qui lui fera quitter définitivement Paris. Populaire pour ses poèmes, François Villon était également connu dans le quartier Latin pour ses actes de rébellion.

L'époque a su reconnaître son talent:
« Nous avons perdu en François un honnête homme mais nous avons gagné à jamais un grand poète » 
Si François Villon ne semble pas avoir connu l'amour, il a toutefois eu la chance de recevoir une éducation et d'avoir fait ses études à la Sorbonne. Cette éducation et son talent, à l'origine de son oeuvre, ont laissé des textes qui se lisent encore aujourd'hui. En particulier, la Ballade des dames du temps jadis mise en musique par Georges Brassens est, de fait, le plus connu.

Jean Teulé, par le cheminement de son ouvrage, apporte un éclaircissement et une compréhension du contexte dans lequel certains poèmes de François Villon ont été écrits.

Titre: Je, François Villon
Auteur: Jean Teulé
Editeur : Julliard
Date de parution: 17 janvier 2006
ISBN: 9782260016830

mercredi 22 août 2012

Un cadeau d'Eliane Girard

Un cadeau est un roman d'Eliane Girard publié aux éditions Buchet Chastel en avril 2012.


Un cadeau présente, entre autres, le périple de Félicien, jeune cadre sans ambition, à travers Paris:
- les grands magasins
- son appartement rue du Rendez-Vous
- les diverses lignes du métro parisien.

Le roman décrit surtout le cheminement psychologique de Félicien qui doute, qui analyse, qui conclut, qui revient sur ses conclusions, ... ses décisions inconsidérées le torturent.

Les thèmes sont variés et à l'image de notre société:
- la solitude: malgré ses amis et sa famille, son premier réflexe consiste à échanger avec une pure inconnue via internet.
- l'amour: si celui-ci peut rendre aveugle, la prise de conscience du caractère profond et parfois détestable de l'être aimé est la leçon principale, à mon sens, de cette histoire.
- l'argent: sujet évident du roman est analysé dans ce roman selon tous les angles possibles:
   -> la société de consommation et la présence de la publicité dans nos vies, bien au delà du supportable
   -> la résistance de quelques personnes face à la société de consommation (anarchistes, écologistes, bobos, syndicalistes, ...)
   -> la situation financière des classes moyennes
   -> la misère d'une partie de la population (SDF, quêteurs du métro, ...)
   -> les clivages sociaux et économiques
   -> les délocalisations économiques, stratégie principale des moyennes et grandes entreprises

Au delà de l'acte inconsidéré de Félicien, notre anti-héros, l'auteur démontre à quel point la population peut être perdue dans une société de consommation extrêmement agressive et poussant à l'endettement.

Titre: Un cadeau
Auteur: Eliane Girard
Editeur: Buchet-Chastel
Date de parution: 5 avril 2012
ISBN: 9782283025802

dimanche 19 août 2012

Voilà, c'est fini...




















vendredi 10 août 2012

Dely Santamaria





Souvenir de Portiragnes...


samedi 4 août 2012

Leporello de Jean Dutourd

Leporello est un roman de Jean Dutourd publié chez Plon en 2007.



Le titre de l'ouvrage renvoie au valet de Don Juan dans l'opéra Don Giovanni de Mozart créé en 1787.



Don Giovanni, personnage historique de la fin du XVe et du début du XVIe siècle, a été également mythifié par la pièce Don Juan de Molière datant de 1665.
A travers le regard du valet Leporello, le lecteur découvre quelques événements qui auraient jalonné les quatorze dernières années de la vie de Don Juan, transposée au XVIIIe siècle.

Le séducteur aurait sévi en Espagne, en France ou encore en Allemagne, choisissant les plus belles femmes, de préférence innocentes.

Leporello observe et apporte un jugement à la fois critique et affectueux sur son maître et sur son époque.
Don Juan est présenté sans fard: vieux et enlaidi par les multiples maladies dites « glorieuses blessures » contractées auprès de ses nombreuses conquêtes.

A Paris, Don Juan montre tout son cynisme:
« Voici une scène particulièrement réussie qui eut lieu au cours d'un de nos séjours à Paris, capitale de la France. Nous avions loué un appartement place Dauphine qui donnait sur le quai des Orfèvres. Une femme qu'il avait séduite vint frapper à sa porte en criant : « Ouvre, Giovanni, je sais que tu es là! Ouvre-moi, mon chéri, mon adoré, ouvre, je t'en prie, je t'en supplie! » Effectivement, mon maître était à la maison et non pas à courir les officines du Palais-RoyalLe tapage de la délaissée l'attira à la fenêtre. Il était en robe de chambre tenant par la taille une femme à moitié nue.
« La Seine est là! » cria-t-il à l'éplorée en montrant du doigt le fleuve, puis il referma la fenêtre. »

A l'inverse, le chevalier de Seingalt, dit Casanova est présenté bien plus favorablement par Leporello:
« Au contraire de Don Giovanni, il aimait les femmes et le leur montrait par sa bienveillance, par l'infatigable curiosité avec laquelle il écoutait leur bavardage, par les cadeaux qu'il leur faisait, par une façon inimitable qu'il avait de les persuader pendant vingt-quatre heures qu'elles étaient chacune l'élue de son coeur. Le plus extraordinaire est que le lendemain matin il les quittait à tout jamais, sans délai et ne leur laissant que de tendres souvenirs. »

A force de déshonorer les jeunes filles et leur famille sans le moindre remords, Don Juan finit par payer ses méfaits...

Titre: Leporello
Auteur: Jean Dutourd, de l'Académie Française.
Editeur: Plon.
ISBN: 9782259206051

vendredi 3 août 2012

Chat Bleu... Chat Noir... de Michel Peyramaure

Chat Bleu... Chat Noir... est un roman de Michel Peyramaure publié aux éditions Laffont en 2006.


Sylvaine, une jeune Corrézienne mariée à un patron de presse parisien, découvre le Paris des années folles. Après une séparation et accompagnée de sa fille Monika, elle vit chichement au pied de la butte Montmartre, gagnant sa vie en dansant chaque soir dans un cabaret de Montparnasse. Elle décide de créer son propre cabaret : le Chat bleu. Celui-ci devient rapidement le repère des artistes venus du monde entier à Montparnasse : Foujita, Man Ray, Kiki de Montparnasse, Sacha Guitry, Jean Cocteau, … vont au Chat Bleu admirer la revue.

Dans une deuxième partie de l’ouvrage, Sylvaine tient la revue du Chat Noir, toujours à Paris mais la France vient d’entrer en guerre contre l’Allemagne et il n’est pas de bon ton de fréquenter un allemand, comme le fait Monika…
Michel Peyramaure, par de nombreux rappels historiques, nous décrit les années troubles de la France occupée. L’auteur nous rappelle, par exemple, le débarquement de forces anglo-canadiennes à Dieppe :
« Il revenait de Dieppe où une flotte anglo-canadienne avait échoué dans une tentative de débarquement ».

Les rendez-vous amoureux de Sylvaine, cette femme d’exception et de sa fille sont l’occasion d’une balade dans Paris:
- Rendez-vous au Louvre dans la salle des caryatides, devant la Vénus de Milo
- Rendez-vous au bois de Boulogne
- Rendez-vous devant la fontaine des amants du jardin du Luxembourg

Grâce à une écriture fluide et un style limpide, Chat bleu… Chat noir… est une magnifique fresque du Paris des années folles.

Un extrait du film qui a donné lieu à l'ouvrage:



Titre: Chat bleu... Chat noir...
Auteur: Michel Peyramaure
Editeur : Robert Laffont
Parution: 10 novembre 2006
ISBN: 9782221108017

jeudi 2 août 2012

Une étrange histoire d'amour de Luigi Guarnieri

Une étrange histoire d'amour est un roman de Luigi Guarnieri publié aux éditions Actes Sud en juin 2012.



Dans cet ouvrage d’un romantisme absolu, Luigi Guarnieri s'est inspiré des relations du trio hors normes formé par les deux compositeurs Robert Schumann et Johannes Brahms et la pianiste virtuose et compositrice Clara Wieck-Schumann.

En 1853, Clara et Robert Schumann reçoivent le jeune Johannes Brahms, à Düsseldorf. Il leur fait écouter une sonate de sa composition. Le couple est séduit par le jeune homme mais une atmosphère singulière s’installe.
Au terme de quelques mois et après une tentative de suicide, Robert Schumann est interné dans un hôpital psychiatrique sans qu’on connaisse vraiment les raisons de son mal-être (hermétisme de ses contemporains quant à sa musique, dépression liée à son couple, maladie mentale, …).
Johannes Brahms tombe amoureux de Clara et s’occupe de ses enfants lorsque celle-ci part en tournée à travers l’Allemagne. Les amoureux se croisent mais ne parviennent à se retrouver qu’une unique fois. La mort de Robert met étrangement fin à la relation amoureuse de Johannes et Clara. L’amitié résistera cependant…

Le roman est construit comme une longue lettre qu’enverrait Johannes Brahms à Clara Wieck-Schumann, au retour des funérailles de celle-ci en 1896 :
« Ma Clara bien-aimée, je t’écris cette longue lettre de Vienne, de retour de tes funérailles. Tu m’excuseras si je t’écris même aujourd’hui, même si tu n’es plus là, même si malheureusement, tu m’as quitté pour toujours » 

Les thèmes d’Une étrange histoire d’amour :
- l’amour: la passion qui devient souffrance, la première rencontre « La déesse de la musique. Une apparition, un rêve. Un miracle, peut-être. », la distance qui transforme l’amour en amitié, ...
- la musique classique: la création et l’interprétation qui sont les points communs des trois personnages principaux du roman
- les maladies mentales, le suicide, ...

Luigi Guarnieri démontre l’importance du sentiment amoureux dans la création musicale :
« J'envisageais une sorte de monument sonore en l'honneur de mon malheureux ami. Cela faisait déjà quelque temps que j'avais repris la sonate en la mineur pour violon et piano pour la réécrire, sonate que, entre autres, je vous avais fait écouter, à Robert et toi, quand j'étais arrivé à Düsseldorf, trois années auparavant. C'était celle qui avait porté un temps le numéro de répertoire opus 5, mais que, entre nous - entre toi et moi, Clara - , nous avions toujours appelée Eine Merkwürdige Liebesgeschichte. Une étrange histoire d'amour. Cette même sonate que Robert avait signalé à son éditeur, Härtel, la jugeant digne de publication, mais que ni Härtel ni Senff n'avaient jamais fait imprimer.
D'après mon nouveau projet, le premier mouvement (Vivace ma non troppo) devait exprimer les sentiments douloureux qui continuaient à me tourmenter à cause des malheurs qui étaient arrivés, à toi, ma Clara adorée, et à mon cher Robert. J'envisageais l'Allegro molto moderato comme une sorte de marche funèbre pour nos vies gâchées (nos vies à tous les trois, j'entends), alors que l'Adagio évoquerait l'atmosphère d'Endenich - les brumes de la folie, la maison de l'effroi et de la mort. Le finale, quant à lui - Un poco presto e con sentimento - , dirait mon amour et ma vénération pour toi, Clara, et s'achèverait sur le triomphe de l'esprit créateur sur les forces du mal. » 

Cet ouvrage laisse au lecteur un sentiment étrange quant à ces trois personnages qui ne sont pas parvenus à trouver le bonheur malgré leurs passions.

Titre: Une étrange histoire d’amour
Auteur: Luigi Guarnieri
Editions: Actes Sud
Date de parution : juin 2012

mercredi 1 août 2012

Habibi de Craig Thompson

Habibi est une bande dessinée de l’américain Craig Thompson publiée chez Casterman (version française) en 2011.


Habibi est l'histoire de Dodola, une petite fille vendue par ses parents à un scribe. Dans cette relation matrimoniale répugnante entre un adulte et une enfant, la petite fille se console en apprenant à lire, à écrire et en écoutant des histoires extraites des Livres Sacrés. Lorsque des voleurs assassinent son mari, Dodola est conduite au marché aux esclaves. Elle y rencontre Zam, un petit orphelin, qu’elle va chérir comme son propre fils. Les deux orphelins trouvent refuge dans l'épave d'un bateau échoué dans le désert…

L’époque et les lieux indéfinis nous projettent dans un conte imaginaire dans la première partie de l’ouvrage mais c’est notre contemporain occidental et bien réel que l’on reconnaît dans la deuxième partie. Le passage entre les deux mondes est brutal, on commence par apercevoir un aqueduc puis un camion. Cependant, à travers la mécanisation du bateau échoué dans le désert, l’auteur avait laissé quelques bribes d’informations…

Cet ouvrage époustouflant tire sa richesse de ses nombreuses influences et de ses thèmes.
L’histoire est entrecoupée de récits mythiques que Dodola raconte à Zam:
- des extraits des Livres Sacrés (Adam, Abraham, Noé et Cham, Moïse, Ismael et Isaac, …)
- les secrets de la calligraphie arabe
- les mythes païens (Bahucha Ra Mata, la déesse protectrice des eunuques)
- des extraits du conte des Mille et Une Nuits
ainsi que d’explications sur la symbolique des chiffres, des carrés magiques, de la géométrie, …

Malgré une atmosphère onirique, le lecteur est surpris par la multitude de sujets abordés :
- la condition féminine : le mariage forcé, l’esclavage sexuel (harem), le viol, la maltraitance
- la religion et les multiples paraboles présentées
- l'environnement, pollué par les hommes (amoncellement des déchets, vie dans une déchetterie, surconsommation dans les villes, ...) et notamment :
- l’eau : l’eau qui vaut plus que tout l’or du monde (tour de magie de Dodola), les canalisations, les systèmes de transport et de distribution d’eau, la collecte des eaux usées, la sécheresse, ici provoquée par un barrage, qui plonge les peuples dans la misère, … et par peur du manque, Dodola fait un énorme stock de bouteilles d’eau dans son appartement
- la sexualité: la violence associée ou à l'inverse l'abstinence, la castration, les relations choquantes entre les hommes et leurs épouses petites filles, …
- la naissance: la grossesse, l'amour d'une mère pour son enfant, l’adoption, …
- les clivages sociaux et technologiques: la misère du peuple en regard de la richesse en Wanatolie, …
- le racisme: l’histoire de Cham dans les Livres Sacrés, la profession de Zam en Wanatolie, …
- les paradis artificiels : la consommation d’opium généralisée
- l’éducation : l'apprentissage de Zam auprès de Dodola, la présence inopportune de Dodola dans la bibliothèque du palais, la transmission orale des connaissances et mythes, …
- la nature humaine : la solidarité, le partage, la générosité, … mais aussi l’intolérance et la cruauté
- la condition humaine : l’esclavage, l’enfermement et la liberté, la solitude, le pouvoir, les mutilations, l’exploitation des hommes, les humiliations...

Chaque planche foisonne d’ornements inspirés de la calligraphie arabe, de détails raffinés, … et semble ciselée comme un métal précieux. Le lecteur comprend aisément qu’il ait fallut sept ans à Craig Thompson pour produire un ouvrage à ce point éblouissant.


Habibi est un ouvrage de bande-dessinée captivant, au scénario intelligent et se lit d’une traite malgré son volume (670 pages).

Titre : Habibi
Auteur : Craig Thompson
Editions : Casterman
Collection : Ecritures
Publication : 26 octobre 2011
ISBN : 9782203003279