dimanche 2 septembre 2012

Le capitaine Fracasse de Théophile Gautier

Le capitaine Fracasse est un roman de Théophile Gautier paru en 1863.




    Sous le règne de Louis XIII, le baron de Sigognac vit dans un manoir délabré en Gascogne. Une troupe de comédiens s'égare et parvient au manoir. Le baron est engagé par la troupe en tant que capitaine Fracasse et tombe très vite amoureux de la belle Isabelle.
    « Isabelle, qui depuis longtemps avait cessé de manger, roulait distraitement entre ses doigts une boulette de mie de pain à laquelle elle donnait la forme d’une colombe et reposait sur son cher Sigognac, assis à l’autre bout de la table, un regard tout baigné de chaste amour et de tendresse angélique. La chaude température de la salle avait fait monter une délicate rougeur à ses joues naguère un peu pâlies par la fatigue du voyage. Elle était adorablement belle de la sorte... »
    La troupe prend la route vers Paris et une mauvaise rencontre à Poitiers déclenche toute une série d'événements...

    A leur arrivée à Paris, Hérode, un membre de la troupe fait découvrir Paris au capitaine Fracasse:
    « À l’angle de la rue Dauphine, Hérode fit remarquer à Sigognac, sous le porche des Grands-Augustins, les gens qui venaient acheter la viande saisie chez les bouchers les jours défendus et se ruaient pour en avoir quelque quartier à bas prix. [...]
    La perspective qui se déploya devant les yeux de Sigognac et de son guide, lorsqu’ils eurent franchi les arches jetées sur le petit cours de l’eau, n’avait pas alors et n’a pas encore de rivale au monde. Le premier plan en était formé par le pont lui-même avec les gracieuses demi-lunes pratiquées au-dessus de chaque pile. Le Pont-Neuf n’était pas chargé, comme le pont au Change et le pont Saint-Michel, de deux files de hautes maisons. [...]
    Sur le terre-plein formant la pointe de l’île, avec l’air calme d’un Marc-Aurèle, le bon roi chevauchait sa monture de bronze au sommet d’un piédestal où s’adossait à chaque angle un captif de métal se contournant dans ses liens. Une grille en fer battu, à riches volutes, l’entourait pour préserver sa base des familiarités et irrévérences de la plèbe [...]
    Du côté de la rive gauche, au-dessus des maisons, jaillissait la flèche de Saint-Germain des Prés, la vieille église romane, et se dressaient les hauts toits de l’hôtel de Nevers, grand palais toujours inachevé. Un peu plus loin, la tour, antique reste de l’hôtel de Nesle, trempait son pied dans la rivière, au milieu d’un monceau de décombres, et quoique depuis longtemps à l’état de ruine, gardait encore une fière attitude sur l’horizon. Au delà, s’étendait la Grenouillère, et dans une vague brume azurée l’on distinguait au bord du ciel les trois croix plantées au haut du Calvaire ou mont Valérien. Le Louvre occupait splendidement la rive droite éclairée et dorée par un gai rayon de soleil, plus lumineux que chaud, comme peut l’être un soleil d’hiver, mais qui donnait un singulier relief aux détails de cette architecture à la fois noble et riche. La longue galerie réunissant le Louvre aux Tuileries, disposition merveilleuse qui permet au roi d’être tour à tour quand bon lui semble, dans sa bonne ville ou dans la campagne, déployait ses beautés nonpareilles, fines sculptures, corniches historiées, bossages vermiculés, colonnes et pilastres à égaler les constructions des plus habiles architectes grecs ou romains. À partir de l’angle où s’ouvre le balcon de Charles IX le bâtiment faisait une retraite, laissant place à des jardins et à des constructions parasites, champignons poussés au pied de l’ancien édifice. Sur le quai, des ponceaux arrondissaient leurs arcades, et un peu plus en aval que la tour de Nesle s’élevait une tour, reste du vieux Louvre de Charles V, flanquant la porte bâtie entre le fleuve et le palais. Ces deux vieilles tours, couplées à la mode gothique, se faisant face diagonalement, ne contribuaient pas peu à l’agrément de la perspective. Elles rappelaient le temps de la féodalité, et tenaient leur place parmi les architectures neuves et de bon goût, comme une chaire à l’antique ou quelque vieux dressoir en chêne curieusement ouvré au milieu de meubles modernes plaqués d’argent et de dorures. Ces reliques des siècles disparus donnent aux cités une physionomie respectable, et l’on devrait bien se garder de les faire disparaître. Au bout du jardin des Tuileries, où finit la ville, on distinguait la porte de la Conférence, et le long du fleuve, au delà du jardin, les arbres du Cours-la-Reine, promenade favorite des courtisans et personnes de qualité qui vont là faire montre de leurs carrosses. Les deux rives, dont nous venons de tirer un crayon rapide, encadraient comme deux coulisses la scène animée que présentait la rivière sillonnée de barques allant d’un bord à l’autre, obstruée de bateaux amarrés et groupés près de la berge, ceux-là chargés de foin, ceux-ci de bois et autres denrées. Près du quai, au bas du Louvre, les galiotes royales attiraient l’œil par leurs ornements sculptés et dorés et leurs pavillons aux couleurs de France. En ramenant le regard vers le pont, on apercevait par-dessus les faîtes aigus des maisons semblables à des cartes appuyées l’une contre l’autre, les clochetons de Saint-Germain-l’Auxerrois. Ce point de vue suffisamment contemplé, Hérode conduisit Sigognac devant la Samaritaine. [...]
    Maintenant, dit Hérode, tournons-nous de l’autre côté; la vue n’est du tout si magnifique par là. Les maisons du pont au Change la bornent trop étroitement. Les bâtisses du quai de la Mégisserie ne valent rien; cependant cette tour Saint-Jacques, ce clocher de Saint-Médéric et ces flèches d’églises lointaines annoncent bien leur grande ville. Et sur l’île du palais, au quai du grand cours de l’eau, ces maisons régulières de briques rouges, reliées par des chaînes de pierre blanche, ont un aspect monumental que termine heureusement la vieille tour de l’Horloge coiffée de son toit en éteignoir, qui souvent perce à propos la baume du ciel. Cette place Dauphine ouvrant son triangle en face du Roi de bronze, et laissant voir la porte du Palais, peut se ranger parmi les mieux ordonnées et les plus propres. La flèche de la Sainte-Chapelle, cette église à deux étages, si célèbre par son trésor et ses reliques, domine de façon gracieuse ses hauts toits d’ardoises percés de lucarnes ornementées et qui luisent d’un éclat tout neuf, car il n’y a pas longtemps que ces maisons sont bâties, et en mon enfance j’ai joué à la marelle sur le terrain qu’elles occupent; grâce à la munificence de nos rois, Paris s’embellit tous les jours à la grande admiration des étrangers, qui, de retour dans leur pays, en racontent merveilles, le trouvant amélioré, agrandi et quasi neuf à chaque voyage. »
    Titre: Le capitaine Fracasse
    Auteur: Théophile Gautier
    Editeur: Gallimard
    Collection: Folio Classique
    ISBN: 9782070423538

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