mercredi 17 octobre 2012

La recherche de la couleur de Jean-Marc Parisis

La recherche de la couleur est un roman de Jean-Marc Parisis paru aux éditions Stock en août 2012.



La recherche de la couleur est l’histoire de François Novel, un romancier libre dans ses pensées qui connaît un drame conjugal et dont l’environnement social s’effrite peu à peu jusqu’à un renouveau aussi efficace qu’inattendu.

Les thèmes de La recherche de la couleur sont variés:
- Les sentiments amoureux : la naissance et la fin des sentiments, la perte du désir
- Le deuil : « [Ma mère] s’était vue mourir. Ce regard ne regardait que l’écriture. J’avais arrêté les films en noir et blanc et dévolu à l’écriture la recherche de la couleur. Je n’étais plus un enfant, la mort n’allait pas faire la loi. »
- Une certaine misogynie: « Le syndicat du vagin m'était tombé dessus. »
- Une certaine misandrie (pour mettre tout le monde d’accord) « Les hommes : des insectes nuisibles, des déchets nucléaires, voués à l’éradication, au recyclage, au confinement. »
- Les rapports humains : «Il suffisait de revoir les gens pour comprendre pourquoi on ne les voyait plus ».

La promenade du narrateur nous transporte dans les différents arrondissements de Paris :
« Le pont sur les rails de la gare de l’Est surplombait des friches industrielles. Les grues s’élevaient dans le ciel comme d’immenses prothèses d’où perlaient des fanaux rouge sang. Le vieux Paris s’allongeait sur un billard. On charcutait, on coupait, on greffait. Encore un pont, rue de Crimée, sur le bassin de la Villette, un pont levant, dernier vestige de la petite Venise prolétaire. Avant d’arriver aux abattoirs de la Villette, à la culture d’abattage : cités des Sciences, de l’Industrie, des Métiers, des Enfants. La Géode ressemblait à une station orbitale.  »
« On arrivait dans le quartier des Halles. Les commerces de pinards fleurissaient partout. Le vieux Paris crevait, la langue sèche. Le nouveau ressemblait à une gigantesque cave. Je détestais le vin, son goût comme sa mythologie. Il y avait une place en face de notre immeuble, rue Croix-des-Petits-Champs. »
« Le métro aérien entre La Motte-Picquet et Passy promettait bien du plaisir. La rame enjambait la Seine au-dessus du pont Bir-Hakeim et freinait devant le pigeonnier où Marlon Brando tartinait de beurre le cul de Maria Schneider dans le Dernier Tango à Paris »
« Dans le flux bruyant atténué par le marteau de mes pas et la forge de mon souffle, l’avenue des Champs-Élysées pouvait encore faire illusion, ressembler à cette « immense plage » de frime et de vénalité arpentée par Léon-Paul Fargue dans Le piéton de Paris. »
« Bordée d’arbres timides, la rue des Batignolles menait à la place du Docteur-Félix-Lobligeois, une place qu’on dirait de village, au fin fond du dix-septième arrondissement… le joyau du coin, Sainte-Marie-des-Batignolles, riait encore d’être debout. Cette fine église blanche, fréquentée par la communauté portugaise, abritait toujours la Saint Vierge dans une grotte azur et bleu-vert. » 

Cet ouvrage est l’occasion pour Jean-Marc Parisis de rendre hommage à ses idoles :
- du cinéma : Elia Kazan, Eric Rohmer, Nathalie Wood, Romy Schneider, Marilyn Monroe, Patrick Dewaere
- de la chanson : Joelle Mogensen, Jil Caplan, David Bowie
- de l’écriture: Baudelaire, René Char, Elia Kazan, Céline, Saint Simon, Aragon, Charles Péguy, Léon-Paul Fargue, Huysmans, Miller et les romantiques allemands (nombreuses citations de Novalis)…

François Novel dézingue le nouveau féminisme : néo-féministes ultras, blogueuses déversant leur venin sur la toile, femmes à la nudité de petites filles, …

Quelques très rares femmes sont dignes d’intérêt aux yeux du narrateur : Deborah Klein, une jeune romancière rencontrée à l’hôtel, Marianne et Sophie. Le narrateur cite également quelques femmes qui ont marqué l’histoire par leurs actes ou leurs écrits :
« A l’appui de sa thèse révolutionnaire (les hommes et les femmes naissent libres et égaux en droits) ; l’auteur citait à foison les féministes médiatiques mais ignorait totalement les vraies héroïnes de la liberté…Olympe de Gouges avait été décapitée après avoir rédigé les droits de la femme et de la citoyenne, Hubertine Auclert avait refusé de payer des impôts au prétexte qu’elle ne votait pas, Marguerite Durand avait fondé le premier quotidien féminin en 1897. » 
Les autres personnages du roman, hommes ou femmes, sont de véritables caricatures, de l’écrivain, qui n’a jamais écrit, jusqu’à la chanteuse, victime de la banalisation de la pornographie.

La fin du roman marque un renouveau brutal pour le narrateur : nouvel amour, éclat de la jeunesse, espoir de paternité, pureté d’une première fois, …
« Comment l’ai-je rencontrée ? C’était un jour de printemps où la pluie avait menacé sans tomber, à une heure entre chien et loup. … Sifflotant sur les trottoirs de Paris, mes pas m’avaient mené au-dessus de la gare Saint-Lazare, dans le quartier des luthiers. Parti dans une embardée pour éviter un vélo, un taxi avait mordu le caniveau juste avant le croisement des rues de Rome et de Madrid où j’attendais que le feu passe au rouge. On s’était vus au moment où le taxi était monté sur le trottoir, à l’endroit du danger. On avait voulu se l’éviter, d’un même mouvement, en s’emportant, en s’enlaçant contre le mur de l’immeuble, pendant que la voiture, redressée d’un coup de volant, poursuivait son rallye vers la place de l’Europe. »
« J’avais recherché les couleurs dans l’écriture. Sophie avait celles de la vie. Vingt ans. […] En vérité, on n’avait jamais cet âge, c’est lui qui vous possédait. » 

Titre : La recherche de la couleur
Auteur : Jean-Marc Parisis
Editeur : Stock
Date de sortie : 22 août 2012
ISBN : 9782234064157

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