dimanche 9 juin 2013

Fouilles de la Préfecture de Police de Paris

Journée nationale de l'archéologie 2013
























mercredi 8 mai 2013

Egon Schiele, Vivre et mourir de Xavier Coste

Egon Schiele, Vivre et mourir est la première bande dessinée de Xavier Coste (22 ans!) publiée aux éditions Casterman en 2012.



Cet ouvrage retrace la courte vie de l'artiste peintre Egon Schiele, notamment son amitié avec Gustav Klimt, son addiction aux femmes, son séjour en prison, la première guerre mondiale...
Le lecteur peut identifier plusieurs différences avec le film dédié également au peintre: le rôle de Wally dans la vie et la carrière d'Egon est largement réduit, la mère d'Egon décède avant celui-ci, les conditions de sa condamnation sont moins évoquées...

Le graphisme appuyé et les choix chromatiques de Xavier Coste, offrent au lecteur une découverte en douceur et donc en contraste absolu avec les oeuvres d'Egon Schiele.

Xavier Coste réitère, en fin d'ouvrage, une biographie du peintre, justifiant parfois ses choix ("Dans la bande dessinée, je suis resté volontairement flou sur la véritable durée de sa détention") et ses sources.
L'ouvrage aurait peut-être gagné à présenter plus précisément l'oeuvre d'Egon Schiele mais la difficulté d'une telle démarche est évidente.

Titre: Egon Schiele Vivre et mourir
Auteur: Xavier Coste
Editeur : Casterman
Parution: mai 2012
ISBN: 9782203047785

samedi 4 mai 2013

Le boeuf sur le toit de Darius Milhaud

Le Bœuf sur le toit, op. 58 est une œuvre musicale de Darius Milhaud créée le 21 février 1920 à la Comédie des Champs-Élysées.


Extrait de la revue Littérature

« C'est au moment du Carnaval, dans le ruissellement de l'été tropical, que, chaque année, les nouvelles danses (tangos, maxixes, sambas, catérétés, etc.) surgissent, remplacent celles de l'année qui finit et s'installent partout : on les entend jouer par les musiques militaires, les orchestres des cinémas, les pianos des palais qu'habitent les Cariocas, les pianos mécaniques et les phonographes des maisons de Paysandù, le quatuor des mendiants aveugles, les guitares nocturnes des rues de nègres et la voix solitaire de ce noir qui a peinturluré sa figure de rouge et qui, ivre d'eau-de-vie-de-canne-à-sucre, danse avec un sorbet au coco à la main. Dans l'intérieur, des Caïpires, cochers lyriques, debout sur un char de feuillage, parcourent les routes en chantant indéfiniment le même air, changeant à chaque fois les paroles, ne gardant pour les composer que le temps du refrain que crient ses camarades en s'accompagnant d'instruments à percussion. Tous les soirs il y a une fête dans une rue ; les journaux l'indiquent : Lundi, rue Ypiranga ; mardi, rue Itapura ; mercredi, à l'Ile de Paqueta... Les “ Serviteurs de la Folie ” sont organisés par petits groupes avec une administration (un président, un trésorier, un secrétaire, plusieurs membres, tous Lords et Ladies) ; ils se retrouvent chaque nuit dans la rue désignée ; la fanfare d'une société de tir joue une danse (toujours la même) pendant que, de son côté, chaque groupe chante un air différent, danse en battant des mains, soutenu par une guitare et de la batterie, avec un grand sérieux, une grande tristesse, comme s'il s'agissait de l'accomplissement d'une obligation inévitable. Dans les clubs nègres les bals sont plus solennels encore. Les négresses doivent être habillées d'une seule couleur (lundi, robe bleue ; mardi, robe rose ; mercredi, robe verte). Il faut être nègre ou appartenir à la presse pour y être admis. Les nègres, pour la plupart des domestiques, se font annoncer en entrant dans le bal par le nom de leurs maîtres : on entend ainsi défiler les noms des grandes familles de l'aristocratie brésilienne et des membres du corps diplomatique !
 J'ai rencontré un soir Darius Milhaud dans une rue où il y avait un bal. Nous sommes partis ensemble et quand je l'ai quitté sous les palmes de son jardin ruisselantes de lune, il m'a dit : “ J'adore le Brésil. Et que cette musique est pleine de vie et de fantaisie. Il y a beaucoup à apprendre de ces rythmes mouvementés de ces mélodies que l'on recommence toute la nuit et dont la grandeur vient de la monotonie. J'écrirai peut-être un ballet sur le carnaval à Rio qui s'appellera “ Le boeuf sur le toit ”, du nom de cette samba que la musique jouait ce soir pendant que dansaient les négresses vêtues de bleu. ”
Jacaremirim »

Source: Revue Littérature n° 1 de mars 1919 dirigée par Louis Aragon, André Breton et Philippe Soupault
Jacaremirim est un pseudonyme utilisé par Darius Milhaud.

lundi 29 avril 2013

La Seine a rencontré Paris de Jacques Prévert

Qui est la
Toujours là dans la ville
Et qui pourtant sans cesse arrive
Et qui pourtant sans cesse s’en va

C’est un fleuve
répond un enfant
un devineur de devinettes
Et puis l’œil brillant il ajoute
Et le fleuve s’appelle la Seine
Quand la ville s’appelle Paris
et la Seine c’est comme une personne
Des fois elle court elle va très vite
elle presse le pas quand tombe le soir
Des fois au printemps elle s’arrête
et vous regarde comme un miroir
et elle pleure si vous pleurez
ou sourit pour vous consoler
et toujours elle éclate de rire
quand arrive le soleil d’été
La Seine dit un chat
c’est une chatte
elle ronronne en me frôlant

Ou peut-être que c’est une souris
qui joue avec moi puis s’enfuit
La Seine c’est une belle fille de dans le temps
une jolie fille du French Cancan
dit un très vieil Old Man River
un gentleman de la misère
et dans l’écume du sillage
d’un lui aussi très vieux chaland
il retrouve les galantes images
du bon vieux temps tout froufroutant

La Seine
dit un manœuvre
un homme de peine de rêves de muscles et de sueur
La Seine c’est une usine
La Seine c’est le labeur
En amont en aval toujours la même manivelle
des fortunes de pinard de charbon et de blé
qui remontent et descendent le fleuve
en suivant le cours de la Bourse
des fortunes de bouteilles et de verre brisé
des trésors de ferraille rouillée
de vieux lits-cages abandonnés
ré-cu-pé-rés
La Seine
c’est une usine
même quand c’est la fraicheur
c’est toujours le labeur
c’est une chanson qui coule de source
Elle a la voix de la jeunesse
dit une amoureuse en souriant
une amoureuse du Vert-Galant
Une amoureuse de l’ile des cygnes
se dit la même chose en rêvant

La Seine
je la connais comme si je l’avais faite
dit un pilote de remorqueur au bleu de chauffe
tout bariolé
tout bariolé de mazout et de soleil et de fumée
Un jour elle est folle de son corps
elle appelle ça le mascaret
le lendemain elle roupille comme un loir
et c’est tout comme un parquet bien briqué
Scabreuse dangereuse tumultueuse et rêveuse
par-dessus le marché
Voilà comment qu’elle est
Malice caresse romance tendresse caprice
vacherie paresse
Si ça vous intéresse c’est son vrai pedigree

La Seine
c’est un fleuve comme un autre
dit d’une voix désabusée un monsieur correct et
blasé
l’un des tout premiers passagers du grand tout
dernier bateau-mouche touristique et pasteurisé
un fleuve avec des ponts des docks des quais
un fleuve avec des remous des égouts et de temps à
autre un noyé
quand  ce n’est pas un chien crevé
avec des pêcheurs à la ligne
et qui n’attrapent rien jamais
un fleuve comme un autre et je suis le premier à le
déplorer

Et la Seine qui l’entend sourit
et puis s’éloigne en chantonnant
Un fleuve comme un autre comme un autre comme
un autre
un cours d’eau comme un autre cours d’eau
d’eau des glaciers et des torrents
et des lacs souterrains et des neiges fondues
des nuages disparus
Un fleuve comme un autre
comme la Durance ou le Guadalquivir
ou l’Amazone ou la Moselle
le Rhin la Tamise ou le Nil
Un fleuve comme le fleuve Amour
comme le fleuve Amour
chante la Seine épanouie
et la nuit la Voix lactée l’accompagne de sa tendre
rumeur dorée
et aussi la voix ferrée de son doux fracas coutumier





Comme le fleuve Amour
vous l’entendez la belle
vous l’entendez roucouler
dit un grand seigneur des berges
un estivant du quai de la Râpée
le fleuve Amour tu parles si je m’en balance
c’est pas un fleuve la Seine
c’est l’amour en personne
c’est ma petite rivière à moi
mon petit point du jour
mon petit tour du monde
les vacances de ma vie
Et le Louvre avec les Tuileries la Tour Eiffel la Tour
Pointue et Notre-Dame de l’Obélisque
la gare de Lyon ou d’Austerlitz
c’est mes châteaux de la Loire
la Seine
c’est ma Riviera
et moi je suis son vrai touriste

Et quand elle coule froide et nue en hurlante plainte
contre inconnu
faudrait que j’aie mauvaise mémoire
pour l’appeler détresse misère ou désespoir
Faut tout de même pas confondre les contes de fées et
les cauchemars
Aussi
quand dessous le Pont-Neuf le vent du dernier jour
soufflera ma bougie
quand je me retirerai des affaires de la vie
quand je serai définitivement à mon aise
au grand palace des allongés
à Bagneux au Père-Lachaise
je sourirai et me dirai

Il était une fois la Seine
il était une fois
il était une fois l’amour
il était une fois le malheur
et une autre fois l’oubli

Il était une fois la Seine
il était une fois la vie

Jacques Prévert


mercredi 24 avril 2013

Le banquier anarchiste de Fernando Pessoa

Le banquier anarchiste est un récit de Fernando Pessoa paru en 1922.



Deux personnages, le narrateur et un banquier, discutent à la terrasse d'un café. Le banquier explique par quel cheminement intellectuel, il en est arrivé à être anarchiste puis banquier, sans jamais renier ses opinions politiques.

Cette confession du banquier offre au lecteur la possibilité d'envisager ce corps de métier sous un angle différent de l'image négative véhiculée dans les médias.

Dans le déroulement du discours, le lecteur comprend aisément comment le jeune homme est devenu anarchiste et pourquoi il s'éloigne du groupe, créateur, selon lui, de tyrannie.
En revanche, lorsqu'il explique comment son métier de banquier est compatible avec le courant anarchiste, le banquier est moins rigoureux dans sa démonstration:
« Je n'ai pas créé de tyrannie. La tyrannie qui a pu découler de mon combat contre les fictions sociales est une tyrannie qui ne vient pas de moi, que je n'ai donc pas créée, à laquelle je n'ai moi-même en fait rien ajouté. C'est la tyrannie même des fictions sociales. Or, je n'ai jamais prétendu détruire les fictions sociales.»
En somme, en attendant une révolution sociale improbable qui détruise les fictions sociales, le banquier s'enrichit... Sa bonne conscience repose sur une nette arrogance et met mal à l'aise.

Fernando Pessoa s'appuie, dans sa démarche, tant sur la théorie que sur la pratique; il a parfois également recours à des assertions péremptoires discutables ou encore à l'Histoire:
« Qu'est-il sorti des agitations de Rome? L'Empire romain et son despotisme militaire. Qu'est-il sorti de la Révolution Française? Napoléon et son despotisme militaire. Et tu vas voir ce qu'il va sortir de la Révolution russe... »
Le banquier a une démarche assez négative dans son appréhension de l'action collective. Celle-ci ne serait efficace que si elle est unanime. Est-ce à dire qu'il ne faudrait jamais agir tant que tout un peuple n'est pas unanimement d'accord... donc ne jamais agir?



Titre: Le banquier anarchiste
Auteur: Fernando PESSOA
Traduit du portugais: André Coyné
Editions: Fata Morgana
ISBN: 9782851948540

samedi 20 avril 2013

La folle nuit à Gaveau

Claire Désert et Emmanuel Strosser au piano

Gabriel Fauré (1845-1924)
Dolly

  • Berceuse
  • Mi-a-ou
  • Le jardin de Dolly
  • Kitty-Valse
  • Tendresse
  • Le pas espagnol


Maurice Ravel (1875-1937)
Ma Mère l'Oye

  • Pavane de la Belle au bois dormant
  • Petit Poucet
  • Laideronnette, Impératrice des pagodes
  • Entretiens de la Belle et de la Bête
  • Le jardin féérique


Georges Bizet (1838-1875)
Jeux d'enfants

  • L'escarpolette
  • La toupie
  • La poupée
  • Les chevaux de bois
  • Le volant
  • Trompette et tambour
  • Les bulles de savon
  • Les quatre coins
  • Colin-maillard
  • Saute-mouton
  • Petit mari, petite femme
  • Le bal

Folle nuit à Gaveau

vendredi 19 avril 2013

Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari

Prix Goncourt 2012, Le sermon sur la chute de Rome est le cinquième roman de Jérôme Ferrari publié aux éditions Actes Sud.



Le sermon sur la chute de Rome raconte l’histoire d’une famille corse depuis la naissance jusqu’à la disparition du grand-père Marcel Antonetti. Ce cycle de la vie qui s’applique aux êtres, s’impose également aux autres formes d’organisation : ici l’empire romain et ce café perdu dans les montagnes corses qui connaît un déclin rapide et sordide.

Le récit n’est pas linéaire : les retours sur le passé de Marcel viennent ponctuer l’essor et le déclin du bar tenu par son petit-fils Matthieu.

Les thèmes du Sermon sur la chute de Rome sont nombreux et l’on retrouve notamment :
- La famille, le soutien, les conflits entre ses membres, …
- Le sens de la vie et de la mort :
« Il n'a pas peur. Il sait qu’elle est là, guettant pour lui la calme arrivée de la mort, et il se laisse aller contre son oreiller. Aurélie ne lâche pas sa main. La mort arrivera peut-être avant Matthieu et Claudie, à la faveur de leur communion intime, et quand elle sera là, elle emportera, en même temps que Marcel, le monde qui ne vit plus qu'en lui. » 
- La corse : culture et repère identitaires, le retour à la terre natale
« Matthieu se comportait comme s'il lui fallait s'amputer de son passé, il parlait avec un accent forcé qui n'avait jamais été le sien, un accent d'autant plus ridicule qu'il lui arrivait de le perdre au détour d'une phrase avant de se raviser en rougissant et de reprendre le cours de sa grotesque dramaturgie identitaire d'où la moindre pensée, la plus petite manifestation de l'esprit étaient exclues comme des éléments dangereux. » 
- L’inconsistance des jeunes gens et la difficulté d'une éducation réussie:
« elle se réjouit pendant des années de constater qu'en vérité, comme le lui confirmait chaque jour le spectacle d'un fils courtois, travailleur et docile, rien n'était aussi payant que le chantage. » 
- L’Afrique : le passé de Marcel et les découvertes d’Aurélie
- Un certain rejet d’autrui :
« Il n'y a plus que des Sardes et des arabes dans ce pays » 
- L’Histoire du XXe siècle : première et deuxième guerre mondiale, empire colonial français
- L’hypocrisie de certaines relations humaines, notamment familiales:
« l'homme qui partageait alors, pour quelques mois encore, la vie d'Aurélie, semblait trouver tout cela passionnant, il posait des questions pertinentes, il donnait son avis, comme s'il lui fallait gagner absolument l'affection de Matthieu, à moins, comme Aurélie commençait à le soupçonner sérieusement, qu'il ne fût au fond un imbécile qui se réjouissait d'avoir trouvé un autre imbécile avec lequel il pouvait proférer à l'aise toutes sortes d'imbécillités. »
« Aurélie fut incapable de se contrôler plus longtemps, elle lui dit qu'il n'était qu'un petit con répugnant d'égoïsme, un petit con aveugle qui espérait au fond de lui que son aveuglement finirait par lui valoir l'absolution » 
- Une satire du journalisme contemporain et des médias, en général:
« sous l’œil attendri de journalistes incultes et ravis, car le journalisme et le commerce tenaient maintenant lieu de pensée, Libero ne pouvant plus en douter, et il était comme un homme qui vient de faire fortune, après des efforts inouïs, dans une monnaie qui n’a plus cours. » 

Sans sombrer dans le fatalisme, l’auteur démontre que la fin d’une ère permet le début d’une autre : on le retrouve notamment dans le fait que Matthieu reconstruit sa vie à Paris et a des enfants avec Judith. En somme, derrière chaque crise émerge un nouvel équilibre.

L’écriture est libre et inhabituelle, formée de longues phrases, séparées de virgules. Cependant, le propos ne s’essouffle pas car l’auteur maîtrise subtilement l’ironie de son discours.

Le sermon sur la chute de Rome est un roman captivant magnifié par une écriture saisissante.

Paris est sommairement mentionné dans l’ouvrage et le portrait de la ville n’est pas flatteur :
« Libero avait fini par trouver ses propres raisons de détester Paris pour lesquelles il n'était nullement redevable à Matthieu. Et c'est ainsi que, chaque soir et chaque matin, dans un wagon bondé de la ligne 4, ils communiaient côte à côte dans une amertume sans remède. » 

Et ce magnifique paragraphe, qui trouve écho dans la dernière nuit sanglante du bar :
« Virgile, couteau en main, incisait le scrotum [d’un cochon] d'un geste sûr et plongeait les doigts dans l'ouverture pour en extraire un premier testicule dont il tranchait le cordon avant de faire subir le même sort au second et de les jeter ensemble dans une grande bassine à moitié remplie... Matthieu découvrit que la bassine contenait leur repas » 


A signaler, une erreur de frappe page 82 « Il se laisse étreindre pas son père qui se serre contre lui »

vendredi 12 avril 2013

La fascination du pire de Florian Zeller

La fascination du pire est un ouvrage de Florian Zeller publié en septembre 2004 aux éditions Flammarion. L’ouvrage a obtenu le prix Interallié cette même année.



Florian Zeller nous raconte le court séjour au Caire de deux écrivains, invités à une conférence par l’Ambassade de France locale.

Les thèmes de La fascination du pire sont variés:
- La religion dont l'islam et le catholicisme
- La place de la femme dans la société (les stéréotypes, le comportement des hommes, …)
- La sexualité et la frustration associée
- Les clivages Orient-Occident
« avec un sourire désarmant, elle me dit qu'il ne fallait pas tout de suite imaginer une catastrophe. C'était selon elle une attitude caractéristique des Occidentaux; elle appelait ça « la fascination du pire » ». 
- La liberté d’expression (radio contrôlée par le gouvernement, sort infligé à Martin Millet)
- Le racisme et la misogynie (comportement de Martin Millet)
- La manipulation psychologique (dernière soirée au Caire orchestrée par Martin Millet)
- La solitude et en particulier, la solitude affective
- La perte de valeurs fondamentales :
« C'est le téléphone, et notamment le portable, qui a définitivement assassiné la pratique de la correspondance. Je pense souvent à ces femmes qui vivaient dans l'espérance, sur le gage d'une seule lettre d'amour, quand l'autre, par exemple, partait à la guerre. Les mots avaient alors une force redoutable puisqu'ils décidaient des vies. On attendait, et on faisait confiance même sans nouvelle de l'autre pendant des périodes infinies. Aujourd'hui, on commence à paniquer dès qu'on ne parvient pas à le joindre sur son portable. Que fait-il? Pourquoi ne répond-elle pas? Avec qui est-il? L'angoisse a gagné du terrain. Nous sommes entrés dans une période sans retour qui signe la fin de l'attente, c'est-à-dire de la confiance et du silence. » 

La fascination du pire interpelle de par sa construction. Tout au long de l’ouvrage, les propos polémiques se multiplient, le malaise du lecteur croît. Puis, comme pour annihiler toute réaction à son roman dans les médias et l’opinion publique, Florian Zeller imagine un dernier chapitre fatal et désarmant.

Ce roman amène notamment à une réflexion du lecteur sur le pouvoir des mots, la censure et le droit au respect de chacun:
« Je me souviens avoir alors pensé à Voltaire et à son Dictionnaire philosophique. La référence était un peu généreuse, mais la situation restait comparable. Le jeu, pour Voltaire, consistait, à partir de 1764, à dénier avec véhémence toute paternité dans cet ouvrage et à le dénoncer parallèlement comme « diabolique », « abominable », « antichrétien », « infernal », « oeuvre de Satan ». Dans certaines lettres, il attribuait le Dictionnaire à un nommé Debu, des Buttes, Desbuttes ou Dubut qui, selon les cas, était un vieillard, un apprenti prêtre ou un jeune huguenot parent d'un ancien jésuite. Dans d'autres lettres, il s'avouait l'auteur des articles non théologiques, attribuant cette fois les plus scabreux à des auteurs divers [...]. C'est ainsi qu'il devint le plus célèbre non-auteur d'Europe. »

Titre: La fascination du pire
Auteur: Florian Zeller
Editeur: Flammarion
Date de parution: septembre 2004
ISBN: 9782080686244

jeudi 11 avril 2013

Bonjour tristesse de Françoise Sagan

Bonjour tristesse est un roman de Françoise Sagan publié en 1954.



Cécile, jeune fille de 17 ans, passe ses vacances d’été sur la Côte d’Azur avec son père. Veuf, ce dernier est accompagné d’Elsa, sa maîtresse du moment. Un équilibre se crée dans la torpeur estivale, équilibre vite rompu par l’arrivée d’Anne, une amie de la famille...

Les thèmes de Bonjour Tristesse sont variés :
- Le couple (fidélité, morale, …)
« Il refusait systématiquement les notions de fidélité, de gravité, d’engagement. Il m’expliquait qu’elles étaient arbitraires, stériles. D’un autre que lui, cela m’eût choquée. Mais je savais que dans son cas, cela n’excluait ni la tendresse ni la dévotion, sentiments qui lui venaient d’autant plus facilement qu’il les voulait, les savait provisoires. Cette conception me séduisait : des amours rapides, violentes et passagères. Je n’étais pas à l’âge où la fidélité séduit. » 
- La position sociale de la femme :
« Ma fille trouvera toujours des hommes pour la faire vivre » 
- La sexualité :
« Vous devriez savoir que ce genre de distractions finit généralement en clinique »
« Ce fut la ronde de l’amour : la peur qui donne la main au désir, la tendresse et la rage, et cette souffrance brutale que suivait, triomphant, le plaisir. J’eus la chance – et Cyril la douceur nécessaire – de le découvrir dès ce jour-là. Je restai près de lui une heure, étourdie et étonnée. J’avais toujours entendu parler de l’amour comme d’une chose facile ; j’en avais parlé moi-même crûment, avec l’ignorance de mon âge et il me semblait que jamais plus je ne pourrais en parler ainsi, de cette manière détachée et brutale. » 
- L’adolescence, l’éducation et les interdits contre-productifs
« Vous pensez peu au futur, n'est-ce pas? C'est le privilège de la jeunesse. »
« L'insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer notre vie et ne pas disposer d'arguments pour se défendre. » 
- La manipulation psychologique des êtres et ses conséquences
« je compris brusquement que je m’étais attaquée à un être vivant et sensible et non pas à une entité »

Cécile, la narratrice de Bonjour tristesse, est attachante et parfois irritante. De par sa sensibilité et sa lucidité, elle permet au lecteur de découvrir les mœurs des classes aisées dans les années 50.
La fluidité de l’ouvrage est mise en valeur par une construction subtile qui alterne des digressions diverses et une suite d’événements conduisant au drame.



Titre: Bonjour Tristesse
Auteur: Françoise Sagan
Editeur : Pocket
Collection : Pocket
ISBN: 9782266127745

mardi 9 avril 2013

Concierto de Aranjuez de Joaquin Rodrigo

La folle journée de Nantes a consacré son édition 2013 à la musique franco-espagnole de 1850 à 1960.
Parmi les compositeurs emblématiques présentés, on citera Maurice Ravel, Manuel de Falla et Joaquin Rodrigo.

Le très célèbre Concierto de Aranjuez (1939) de Joaquin Rodrigo fut si souvent repris que la version originale, douce et fluide, semble absolument extraordinaire:


dimanche 7 avril 2013

Le flûtiste invisible de Philippe Labro

Le flûtiste invisible est un roman de Philippe Labro publié en mars 2013 aux éditions Gallimard.



Le dernier roman de Philippe Labro nous raconte trois belles histoires, qui ne semblent avoir aucun lien entre elles et que l'auteur relie de la façon suivante:
« Trois histoires du passé - elles semblent n'avoir aucun rapport les unes avec les autres, mais elles sont reliées par le même fil, tissées par une puissance obscure, au son de la même musique mystérieuse que joue le flûtiste invisible. »

Au delà de ces trois histoires surprenantes, l'auteur revient régulièrement sur le rôle du hasard dans nos vies:
« Vous croyez au hasard? Moi, je ne crois qu'à cela - il paraît que le mot vient de la langue arabe: az-zahr, qui veut dire le jeu de dés. »
« [Balzac] ose, enfin!, écrire les quatre lettres DIEU. Lisez-le bien: « Dieu est le mouvement, peut-être. Voilà pourquoi le mouvement est inexplicable comme lui et, comme lui, profond, sans bornes, incompréhensible, tangible. »
Alexandre Dumas formulait cela d'une autre manière [...]: « Abandonnez, dit-il, l'apparence matérielle pour le principe - car le principe invisible est tout. »Elément inconnu et principe invisible - nous retrouvons le thème qu'a circonscrit Einstein avec son « flûtiste invisible ».

Hasard ou main de Dieu?

Philippe Labro nous fait également partager ses lectures et analyses pertinentes:
« Dans un recueil consacré à la sagesse, un Américain, Stephen S. Hall, a voulu récemment répertorier ce qu'il appelle les « huit piliers neuronaux de la sagesse ». [...]:
1°) « La régulation émotionnelle » - (j'imagine que l'auteur, dans son pathos pseudo-scientifique, voulait seulement dire: le pouvoir de contrôler ses émotions).
2°) « L'habileté de juger de la valeur des choses. »
3°) « Le raisonnement moral. »
4°) « La compassion. »
5°) « L'humilité. »
6°) « L'altruisme. »
7°) « La patience. »
8°) « La capacité de traiter avec l'incertitude des choses. » »

... et avec une infinie délicatesse, l'auteur nous assène une belle vérité:
« Les amours inaccomplis sont parfois plus mémorables que ceux aux gestes achevés. »

Le lecteur pourra être surpris du choix du bistrot de la première histoire, le François-Coppée... auquel la troisième histoire, teintée de la triste période nazie fait écho.





Titre: Le flûtiste invisible
Auteur: Philippe Labro
Editeur : Gallimard
Date de parution: 14 mars 2013
Collection : Blanche
ISBN: 9782070140534

Peste & Choléra de Patrick Deville

Peste & Choléra est un roman biographique de Patrick Deville. Cet ouvrage a obtenu le prix Femina 2012.



Peste & Choléra est un ouvrage dense, érudit. Patrick Deville nous révèle par le menu la vie d'Alexandre Yersin, élève de Louis Pasteur.

Quelques extraits:
« Une souscription internationale est ouverte à la Banque de France au bénéfice de Louis Pasteur. Les fonds affluent. Le tsar de la Russie, l'empereur du Brésil et le sultan d'Istanbul envoient leur écot, mais aussi des petites gens dont les noms sont imprimés chaque matin dans le journal officiel. Le vieux Pasteur en parcourt la litanie. Il pleure lorsqu'il voit que le jeune Joseph Meister lui envoie trois sous. »
« Dans les années où se constitue la petite bande des pasteuriens, la petite bande des sahariens continue de se retrouver rue Mazarine, pendant que s'éteint la petite bande des parnassiens. Les trois petites bandes auront un temps cohabité. Dans la même ville et dans les mêmes rues. Banville, le doux poète, crèche encore rue de Buci où il prêtait sa chambre de bonne à Rimbaud avant que celui-ci ne s'en aille avec Verlaine rue Racine. Depuis le départ de l'extralucide, la petite bande des parnassiens s'étiole. Elle fréquente encore par habitude ses labos qui sont des bistrots, où s'élaborent au fond des cornues d'autres élixirs, les fées multicolores qui s'installent au fond du cerveau des parnassiens à présent décatis abreuvent le vers tapi de l'alexandrin qui sans cesse se réplique en diptyques mais de plus en plus anémiés. »
« Ces cours d'été coïncident avec l'Exposition Universelle, et le centenaire de la Révolution française qui fut l'apogée des Lumières.
Paris devient la capitale mondiale de la médecine, et en son centre le tout nouvel Institut Pasteur en briques rouges est le phare du progrès. Tout est neuf, les parquets cirés et la faïence étincelante des paillasses. ... Cet été on érige la statue de Danton au carrefour de l'Odéon pour le centenaire de la Révolution. Au Champ-de-Mars, et tout au long du quai d'Orsay, sont exposés les progrès des sciences et des techniques, et de la civilisation autant dire de la France, déployant sur le monde les grandes ailes blanches de son génie. Sur l'esplanade des Invalides, les ministères de la Guerre et des Colonies ont financé la reconstitution de villages sénégalais ou tahitiens, tunisiens ou cambodgiens, déplacé des populations afin d'évoquer ces contrées lointaines et les confins de l'Empire. »
Malgré l'intérêt indiscutable de cet ouvrage, sa lecture m'a paru laborieuse. Pour cette raison, je ne le commente pas plus ... pour le moment..

Titre: Peste & choléra
Auteur: Patrick Deville
Editeur : Seuil
Date de parution: 23 août 2012
Collection : Fiction & Cie
ISBN: 9782021077209

vendredi 5 avril 2013

Pavane de Gabriel Fauré


Sopranos  C’est Lindor, c’est Tircis et c’est tous nos vainqueurs
Basses  C'est Myrtil, c’est Lydé ! Les reines de nos cœurs
Altos  Comme ils sont provocants! Comme ils sont fiers toujours !
Les 4 voix  Comme on ose régner sur nos sorts et nos jours.
Sopranos  Faites attention !
Basses  Observez la mesure !
Sopranos  Ô la mortelle injure !
Ténors  La cadence est moins lente et la chute plus sûre.
Altos  Nous rabattrons bien leur caquets,
Basses  Nous serons bientôt leurs laquais !
Altos  Qu’ils sont laids !
Ténors  Chers minois !
Sopranos et altos  Qu’ils sont fols !
Basses  Airs coquets !
Ténors  Et c’est toujours de même,
Basses  Et c’est ainsi toujours !
Sopranos et altos  On s’adore, on se hait ! On maudit ses amours !
Basses et tenors   On s’adore !
Les 4 voix  On se hait
Sopranos  On maudit ses amours !
Ténors  Adieu Myrtil ! Eglé, Chloé, démons moqueurs!
Altos  Adieu donc et bons jours aux tyrans de nos cœurs!
Les 4 voix  Et bons jours !

Texte de Robert de Montesquiou-Fezensac
Musique de Gabriel Fauré

Vidéo: Concert de l'Orchestre de Paris dirigé par Paavo Järvi (Pavane de Gabriel Fauré à partir de la 4e minute)



lundi 1 avril 2013

Peer Gynt d'Henrik Ibsen

Peer Gynt est une pièce de théâtre de l'auteur norvégien Henrik Ibsen parue en 1867.


Cet ouvrage amène le lecteur à la réflexion dans de nombreux domaines:
- la vie, ses crises et ses renouveaux:
« Peer Gynt: avoir toujours deux fers au feu contre les pièges sournois de la vie - bien savoir que les jours qui vous sont contraires ne sont jamais les derniers - savoir que derrière vous les ponts ne sont jamais coupés. »
- la mort (échanges avec le fondeur de boutons)
- la recherche du bonheur: malgré ses élans vers Ingrid, vers la femme en vert, vers Anitra, ... Peer est chaque fois déçu...
- l'identité: les nombreux échanges dans l'asile du Caire:
« Begriffenfeldt: Qui êtes-vous?
Peer Gynt: J'ai toujours tâché d'être moi-même. »
- l'amitié et parfois l'hypocrisie associée (Master Cotton, Monsieur Ballon, ... volent Peer)
- le destin (Peer aurait dû embarquer dans le yacht qui a coulé, il trouve opportunément un costume et un cheval dans le désert)
- l'esclavage et la traite des noirs, auxquels Peer participe.
- la fortune
« Etre soi-même par la puissance de l'argent, c'est bâtir sa demeure sur le sable. »
- l'amour et ses déceptions:
« Jeunesse! Jeunesse! Je veux régner comme un sultan plein et entier [...] Tu vois maintenant, ma toute petite, pourquoi je t'ai séduite avec tant de grâce et pourquoi j'ai élu ton coeur? C'est pour y fonder, comment dire, mon Califat essentiel. Je veux posséder tes langueurs. Je ferai le tyran dans les Etats d'amour. Tu seras à moi seul. Je serai celui qui te captive comme l'or et les pierres précieuses. Si on se quitte, finie la vie - la tienne, bien entendu! Toi toute entière, fibres et peau, sans volonté, sans oui et sans non, je te saurai remplie de moi. Ces boucles, ces dons de la nuit, tout ce qui a des noms charmants, tous les jardins de Babylone seront au rendez-vous du sultan.
Voilà pourquoi, dans le fond, c'est très bien, ce crâne vide. Quand on a une âme, on se perd vite dans la contemplation de soi-même. »

Quelle est la place des femmes dans cet ouvrage?
Sans parler de misogynie, il n'est pas une femme qui ait un positionnement convenable:
- Ase, la mère de Peer, est totalement déstabilisée par la mythomanie de son fils
- Solvejg, est étonnante de naïveté et offre à Peer une rédemption bien peu méritée
- Anitra, jeune esclave, n'aurait pas d'âme; elle dépouille cependant Peer et l'abandonne dans le désert
- La femme en vert, fille du roi des trolls, est une manipulatrice et finit débauchée
- les trois filles des pâturages sont inconséquentes mais bien drôles:
« Première fille: Mon Trond, vas-y, vas-y tout doux./ Troll de douceur, vas-y doucement.
Deuxième fille: Mon troll vas-y, vas-y très dur. / Troll de violence, vas-y durement.
Troisième fille: Chez nous trois, les lits sont vides. / Entrollez-nous, remplissez nos lits. »
A bien y réfléchir, le positionnement des hommes n'est pas plus avantageux.

Les aventures de Peer se succèdent à travers le monde, ce qui l'amène à se sentir citoyen de celui-ci:
« Monsieur Ballon: Vous êtes bien norvégien?
Peer Gynt: De naissance, oui! Mais de coeur, citoyen du monde. Car ce que j'ai eu de fortune, j'en dis merci à l'Amérique. Mes rayons pleins de livres, je les dois aux écoles de l'Allemagne. C'est de France que je tiens ma façon de m'habiller, de me tenir et de penser; d'Angleterre, cette ardeur au travail et le sens aigu de mon propre intérêt. Chez les juifs, j'ai appris à attendre. Mon léger penchant au dolce farniente, l'Italie m'en a fait présent. »
L'humour est partout dans cet ouvrage, la lecture en est, de ce fait, très agréable:
« Roi des trolls: Evidemment, [Peer] n'a qu'une tête, mais ma fille n'en a pas tellement plus. Les trolls à trois têtes sont complètement démodés, quant aux deux têtes, c'est à peine si on en voit, et encore les têtes sont très comme ci comme ça. »
« Le passager [lors du retour en Norvège]: Oh! Pour cela, n'aie crainte, car il y a un pacte:
on ne meurt pas au beau milieu d'un cinquième acte. »
Peer Gynt  a été mis en musique en 1876 par Edvard Grieg:




Editeur : Theatrales
Parution (pour cette édition) : 20 janvier 1997
Collection : Des Classiques
ISBN: 9782842600068

dimanche 31 mars 2013

Marizibill de Guillaume Apollinaire

Dans la Haute-Rue à Cologne
Elle allait et venait le soir
Offerte à tous en tout mignonne
Puis buvait lasse des trottoirs
Très tard dans les brasseries borgnes

Elle se mettait sur la paille
Pour un matelot roux et rose
C’était un juif il sentait l’ail
Et l’avait venant de Formose
Tirée d’un bordel de Shanghaï

Je connais gens de toutes sortes
Ils n’égalent pas leurs destins
Indécis comme feuilles mortes
Leurs yeux sont des feux mal éteints
Leurs cœurs bougent comme leurs portes.


vendredi 29 mars 2013

Benjamin Zander: musique et passion

vendredi 22 mars 2013

Le roi danse de Gérard Corbiau

Le roi danse est un film de Gérard Corbiau sorti en salles en 2000.



Le roi danse présente les trois personnages que sont Louis XIV, Molière et Jean-Baptiste Lully, surintendant à la musique.
Leur formidable émulation a marqué l'Histoire et les arts jusqu'à nos jours avec, entre autres, la production de neuf comédies. Si ces trois hommes ont réalisé leurs rêves de création, leurs jalousies et leurs passions les ont séparé.

Certes, Louis XIV aime danser sur la musique composée par Lully mais le film le présente également dans son rôle d'homme d'état, décidé à prendre le pouvoir aux mains de sa mère Anne d'Autriche.

Plus qu'une intrigue, le spectateur assiste à une suite d'événements plus ou moins véridiques. Cette suite est habilement ponctuée de ballets et l'on reconnait aisément la Marche pour la cérémonie des turques du Bourgeois Gentilhomme.

Les quelques faits connus n'échappent pas à la mise en scène:
- coup de canne sur le pied de Lully entraînant sa mort
- décès de Molière le 17 février 1673 après une représentation du Malade imaginaire dans laquelle il jouait Argan
- scandale des relations intimes de Lully.

Le luxe des décors et des costumes annoncent l'apparition de Louis XIV, au corps doré et coiffé d'un soleil

Lully devient en 1672 le directeur de « tout le théâtre en musique » écartant et spoliant Molière, avec qui la rupture est dès lors consommée:
Lully               Depuis hier il est interdit à tout théâtre de faire aucune représentation accompagnée de plus de deux chanteurs et deux instruments.
Molière           Qu'est-ce que c'est que cette invention?
Lully               Cette invention est un ordre du roi dont j'ai ici une copie signée de sa main. Moi seul ai désormais pouvoir de monter des spectacles en musique, moi seul. Je viens de chez Cambert et dois fermer ses portes. Je rachète ses musiciens. Pas plus de deux musiciens et pas plus de deux chanteurs!
Molière           Sans musique, mon théâtre ne tiendra pas deux saisons. C'est ma mort que tu as signé. Tu ne peux pas ne pas le savoir. Ces travaux, je les ai fait pour montrer les comédies et ballets que nous avons composé ensemble.
Lully               Psyché, les Amants magnifiques, Monsieur de Pourceaugnac, Le Bourgeois Gentilhomme... Toutes ces éditions sont maintenant imprimées sous le nom du seul Monsieur de Lully.
Molière           Mais ce sont aussi mes oeuvres, tu ne va pas aussi me voler mes oeuvres!
Lully               Le décret signé du roi indique expressément que toute parole sur laquelle j'ai composé de la musique est maintenant ma propriété. C'est donc sous mon nom que ces pièces doivent dorénavant paraître. Tout ceci m'appartient. 



Titre : Le roi danse
Réalisation : Gérard Corbiau
Scénario : Ève de Castro, Gérard Corbiau, Andrée Corbiau, Didier Decoin, d'après l'œuvre de Philippe Beaussant
Costumes : Louis Bériot
Décors : Hubert Pouille
Musique : Reinhard Goebel
Chorégraphie : Béatrice Massin
Producteur : Dominique Janne
Acteurs:
Benoît Magimel : Louis XIV
Boris Terral : Jean-Baptiste Lully
Tchéky Karyo : Molière
Colette Emmanuelle : Anne d'Autriche

Les oeuvres de Lully: Le Mariage forcé , La Princesse d’Élide (1664) L’Amour médecin (1665) La Pastorale comique (1667) Le Sicilien (1667) George Dandin (1668) Monsieur de Pourceaugnac (1669) Les Amants magnifiques (1670) Le Bourgeois gentilhomme (1670) Psyché (1671) Cadmus et Hermione (1673) Alceste (1674) Thésée (1675) Atys (1676) Isis (1677) Psyché (1678) Bellérophon (1678) Proserpine (1680) Persée (1682) Phaéton (1683) Amadis (1684) Roland (1685) Armide (1686)

mercredi 20 mars 2013

Cosima la sublime de Françoise Giroud

Cosima la sublime est un roman biographique de Françoise Giroud publié aux éditions Fayard.




Cet ouvrage présente la romantique vie de Cosima, fille de Franz Liszt et épouse de Richard Wagner. On imagine aisément à quel point cette femme s'est consacrée à la musique.

En revanche, au fil des pages, le lecteur est mal à l'aise avec ce personnage qui idolâtre Richard Wagner à l'extrême, qui sacrifie son premier mariage et l'enfance de ses filles pour cet homme:
« Cette abnégation totale de sa personnalité, c'est sa façon à elle de l'aimer et de lui être précieuse, parce qu'elle-même a aussi une forte personnalité ... Il faut reconnaître que la méthode a réussi et qu'aucune femme n'aura été plus durablement aimée que celle-là. On pourrait presque parler, de la part de Cosima, d'amour mystique si leurs relations physiques n'avaient été si manifestement heureuses. »

Lorsque Françoise Giroud évoque Richard Wagner, antisémite et raciste, la gêne du lecteur est amplifiée:
« Wagner a publié, en mars 1869, une deuxième édition du Judaïsme dans la musique, avec une nouvelle introduction. C'est un tollé.  Son antisémitisme pathologique y éclate de façon obscène. » 
« [Wagner] espère que Paris« Cette femme entretenue du monde », sera brûlé. « Ce serait pour le monde le symbole de la délivrance de tout mal. » Il souhaite que la capitale française soit bombardée. [...] Il dit à Cosima: « Les français sont la pourriture de la Renaissance »»
Le compositeur est par ailleurs décrit comme imbu de lui-même, hypocrite et profiteur...

Au delà d'une abnégation intolérable, on reconnaîtra toutefois que Cosima a su poursuivre pendant un demi-siècle l'oeuvre de son mari à travers le festival de Bayreuth, créé par celui-ci.

Paris et ses habitants sont mal perçus par le couple dès la représentation que décrit ici Françoise Giroud:
« Pour l'heure, nous sommes à Paris en 1861. La première représentation parisienne de Tannhäuser, cinquième opéra de Wagner, va avoir lieu. L'auteur fonde sur elle de grands espoirs. Elle se déroulera au théâtre de l'Opéra, en présence de l'empereur Napoléon et de l'impératrice Eugénie. [...]
Va éclater alors un épisode connu dans l'histoire de la musique sous le nom de « scandale de Tannhäuser ». L'ouverture et la première scène sont écoutées dans un silence relatif par les abonnés. Puis commencent les rires, les injures, les huées, les lazzis. [...]
Cependant, l'avant-garde littéraire et musicale a été de tout coeur avec lui. « Qu'est-ce que l'Europe va penser de nous, et en Allemagne que dira-t-on de Paris? écrivit Baudelaire dans un article devenu célèbre. Voilà une poignée de rustres qui nous déshonorent collectivement. » » 

Titre: Cosima la sublime
Auteur: Françoise Giroud
Édition : Fayard
ISBN: 9782213595320

mardi 19 mars 2013

Dedans Paris, ville jolie de Clément Marot

Dedans Paris, ville jolie,
Un jour, passant mélancolie,
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie damoiselle
Qui soit d'ici en Italie.

D'honnêteté elle est saisie,
Et crois, selon ma fantaisie
Qu'il n'en est guère de plus belle
Dedans Paris.

Je ne vous la nommerai mie,
Sinon que c'est ma grand amie;
Car l'alliance se fit telle
Par un doux baiser que j'eus d'elle,
Sans penser aucune infamie
Dedans Paris.

Clément Marot (1496-1544)
Auteur d'épîtres, de rondeaux, d'épigrammes et d'élégies, Clément Marot disait de la cour de François Ier qu'elle avait été sa "maîtresse d'école". Le poète des princes et des nobles dames s'éprit en 1526 d'Anne d'Alençon, nièce de Marguerite d'Alençon, soeur du roi.

vendredi 15 mars 2013

La rêveuse d'Ostende d’Eric-Emmanuel Schmitt

La rêveuse d'Ostende est un recueil de nouvelles d’Eric-Emmanuel Schmitt publié en octobre 2007 aux éditions Albin Michel.


Les nouvelles sont bien différentes les unes des autres… Les lecteurs de Stefan Zweig pourront être interpellés par les ressemblances entre La rêveuse d'Ostende et 24 heures dans la vie d'une femme. Hélas, la profondeur de l’ouvrage de Zweig est incomparable.

Dans la nouvelle La guérison, Eric-Emmanuel Schmitt nous dépeint avec subtilité l’évolution psychologique de Stéphanie, une jeune infirmière parisienne mal dans sa peau. Au fil des pages, elle devient femme. Son lent parcours vers un renouveau emprunt de sensualité place cette nouvelle comme la plus marquante du recueil, à mon sens.

Au détour des pages, le lecteur peut découvrir ce découpage de Paris:
« Depuis des années, elle habitait derrière l'hôpital. Un étranger à Paris ne comprendrait pas cette expression derrière l'hôpital car la Salpêtrière comprenait deux entrées d'importance équivalente sur les deux boulevards qui longeaient son domaine. En quoi l'une serait-elle devant et l'autre derrière? Pour le saisir, il fallait avoir assimilé la singulière géométrie de Paris, ville construite dans un cercle mais qui comporte cependant un avant et un arrière.
Est à l'avant, ce qui se tourne vers le centre, la cathédrale Notre-Dame. Est à l'arrière, ce qui regarde la ceinture périphérique. Logeant dans Chinatown, un studio en haut d'une tour non loin de la banlieue, Stéphanie habitait donc derrière. » 

Doit-on voir de l’autodérision dans ce passage de la nouvelle Mauvaises lectures ?
« Se procurer un livre dans un supermarché! [...] Un livre, c'était un objet sacré, précieux, dont on découvrait d'abord l'existence au sein d'une liste bibliographique, sur lequel on se renseignait, et puis le cas échéant qu'on convoitait, dont on écrivait les références sur un papier, qu'on allait chercher ou commandait chez un libraire digne de ce nom. En aucun cas un livre ne se cueillait au milieu des saucisses, des légumes et des lessives. Triste époque! [...] D'un regard rapide, Maurice constata qu'il n'y avait là naturellement que des romans. » 

Titre : La rêveuse d'Ostende
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Editeur : Albin Michel
ISBN: 9782226181077

jeudi 14 mars 2013

Egon Schiele exzesse

Egon Schiele exzesse ou Egon Schiele, enfer et passion est un film allemand datant de 1980 avec Mathieu Carrière et Jane Birkin.



Egon Schiele exzesse présente une biographie de ce peintre tourmenté.
Compte-tenu de son caractère érotique, il n'y a pas lieu de présenter ce film à des enfants.

Egon Schiele (1890-1918) est un peintre expressionniste autrichien. Bien qu'influencé par l'Art Nouveau de Gustav Klimt, l'œuvre de Schiele se caractérise par des lignes angulaires et nerveuses. L'érotisme de ses nombreux nus masculins et féminins est paradoxal à la froideur de ses lignes et couleurs. Les positions extrêmes des modèles et leurs traits déformés créent une distance avec le spectateur, voire une gêne.

Egon Schiele Exzesse présente largement l’œuvre du peintre et permet également de découvrir celle, bien différente, de Gustav Klimt.

Si le film insiste sur les points sordides (corruption de mineurs, séjour en prison, condamnation à trois jours de prison pour ses œuvres, …) de la vie d’Egon Schiele, il présente également le caractère et les problèmes psychologiques du peintre (abandon de son modèle Wally qui la conduira au décès, accès de folie en prison, rapport pathologique à la sensualité, …)

Quelques faits historiques, ayant influencé la vie du peintre, sont mentionnés : première guerre mondiale, appel des soldats pour le front, grippe espagnole de 1918, …


lundi 11 mars 2013

Un caprice de Bonaparte de Stefan Zweig

Un caprice de Bonaparte est une pièce de théâtre de Stefan Zweig  publiée en 1993 aux éditions Grasset, dans la collection des Cahiers Rouges.



Cette pièce est basée sur des faits réels.
En 1798, en pleine campagne d'Egypte, Bonaparte, s'ennuyant de Joséphine, s'octroie Bellilotte, la femme de Fourès, lieutenant de son armée. Bonaparte tente de se débarrasser du mari gênant mais échoue et donne l'ordre de faire annuler le mariage de son lieutenant. Après un départ précipité vers la France pour prendre le poste de Premier Consul, Bonaparte délaisse Bellilotte.  Fourès essaie d'obtenir justice mais toutes les démarches semblent vaines... face à la puissance de Bonaparte et de son ministre de la police, Fouché.

L'histoire n'est pas sans rappeler l'affaire du marquis de Montespan (abus de pouvoir, révolte du mari trompé).

Les thèmes évoqués dans Un caprice de Bonaparte sont variés:
- l'abus de pouvoir, le droit de cuissage
- le culte de la personnalité exacerbé dans l'armée, l'inertie des exécutants face aux ordres révoltants de l'état-major
« Fourès: Pourtant je me souviens que devant la Bastille nous nous sommes dressés contre un autre qui était né roi de France! »
- la manipulation et le mensonge
« Bonaparte: En votre absence, votre femme est venue me trouver: elle désire se séparer de vous et demande l'annulation de son mariage. »
- le fonctionnement de l'armée napoléonienne: logistique, communication, réseau d'informations, missions secrètes, attributions des commandements, ...

Sans emphase et avec une efficacité étonnante, Stefan Zweig dépeint un Bonaparte manipulateur, cynique, glacial:
« Dupuy: C'est un tour de cochon de Bonaparte que de s'être tiré d'ici en nous laissant nous dépêtrer seuls...Bien sûr, il n'est allé en France que pour tordre le cou à la République: cet homme marcherait sur cent mille cadavres comme sur un tapis. En dehors de lui et de sa propre carrière, rien n'existe... »
et cependant un homme à l'aura hors du commun, qui ne se donnait aucune limite:
« Tu oublies que quatre mois ont suffi pour faire de moi, petit officier semblable à ton Fourès, le commandant de Paris! Souviens-toi qu'en quatre mois nous avons conquis toute l'Italie, de Gênes à Venise! En quatre mois nous pouvons être à Jérusalem, aux Indes, ou à Constantinople... »
Deux tableaux ont lieu à Paris, rue Dufour à Belleville et quai Voltaire, au ministère de la police.

Titre: Un caprice de Bonaparte
Auteur: Stefan Zweig
Editeur : Grasset
Collection : Les cahiers rouges
ISBN: 9782246168331

L'histoire du Fado

Cet article peut être consulté en portugais ici.

L'exposition Histoire du Fado s'est tenue du 5 février au 9 mars à la Maison du Portugal André de Gouveia au sein de la Cité Universitaire de Paris. L'exposition est le fruit d'un partenariat entre l'Institut Camões - ambassade du Portugal et avec le soutien à la diffusion de la Fondation Calouste Gulbenkian.




Résidence André de Gouveia

Tout d'abord dénommée Maison des étudiants portugais, la résidence changea de nom en 1974, en hommage à un grand humaniste portugais du XVIe siècle qui fut aussi recteur de la Sorbonne.
En 1960, des mécènes s'engagent auprès de la cité à faire édifier une maison nationale qui soit aussi un lieu d'action culturelle ouvert à toute la population étudiante mais également à la communauté portugaise de Paris.
Commencée en 1962, la construction a été dirigée par l'architecte portugais José Sommer-Ribeiro, secondé par Henri Crepet.
Le bâtiment, inauguré en 1967, a été financé par la fondation Calouste Gulbenkian.
Née d'une initiative privée, la résidence dispose d'un théâtre de 130 places et de studios de musique.




Le Fado est un genre d'art de spectacle qui se compose de musique et poésie, développé à Lisbonne au cours du deuxième quart du XIXe siècle comme résultat d'un processus de fusion de plusieurs cultures comprenant des danses afro brésiliennes qui venaient d'arriver en Europe, un héritage de genres locaux de danses et de chants, des traditions musicales de zones rurales apportées par les vagues de migrations internes successives, et les modèles cosmopolites de la chanson urbaine du début du XIXe siècle.




Genre cultivé au début dans les quartiers populaires des classes les plus démunies de la ville, il s'est peu à peu élargi vers d'autres contextes géographiques et sociaux, et est amplement reconnu par la communauté de Lisbonne comme une partie significative de son héritage culturel, en reflétant par le biais de sa pratique et représentation, le processus et la constitution de la ville moderne tout au long des deux derniers siècles.





Le chant du Fado s'imbrique fortement avec l’exécution d'un instrument musical typiquement portugais, la Guitare Portugaise, instrument en forme de poire de la famille des cithares, à douze cordes métalliques, forte d'un répertoire soliste important mais qui est surtout utilisée pour l'accompagnement de la voix, en association avec la guitare classique.



Du point de vue historique, le fado est le résultat d'un processus de mélange engageant une danse chantée afro brésilienne portant le même nom documentée par des sources datant du début du XIXe siècle, plusieurs traditions populaires locales de chants et danses, un genre cosmopolite de chanson urbaine sentimentale du début du XIXe siècle ("modinha"), et plusieurs traditions musicales en provenance des régions rurales par des migrants attirés vers la capitale.




Le Teatro de Revista (sorte de vaudeville), genre de théâtre léger typiquement lisboète, né en 1851, découvrira très vite le potentiel du Fado qui intégrera les numéros de musique à partir de 1870, pour se répandre auprès d'un public plus élargi. Le contexte social et culturel de Lisbonne avec ses quartiers typiques et sa bohème prend littéralement le devant de la scène dans le Teatro de Revista. En montant sur la scène du théâtre, le Fado animera les numéros, et de nouveaux thèmes se formeront appuyés par de nouvelles musiques. Au Teatro de Revista, avec orchestre et refrain, le Fado sera chanté tant par des actrices célèbres que par des chanteurs de Fado ("fadistas") de renom, qui chanteront ce répertoire.





Pour la classe ouvrière qui commence à se structurer à partir de 1860 en venant de plusieurs zones rurales de l'intérieur du pays et qui arrive à Lisbonne à la recherche de travail dans l'industrie émergente  le Fado va se transformer en un important véhicule de communication, en devenant la voix de sociabilité d'un vaste prolétariat urbain. En s'associant à la fête populaire, le Fado prend une dimension dans tout un éventail de lieux, des jardins potagers, guinguettes et restaurants, places de taureaux, bistrots et salles populaires des alentours aux portes de Lisbonne, jusqu'aux endroits imbriqués dans la ville, et que l'aristocratie bohème finira progressivement par partager.




En 1910, la chanson urbaine de Lisbonne fait son entrée dans les arts plastiques avec le tableau "O Fado" du peintre José Malhoa, qui assumera dès lors une importance fondamentale au sein de l'iconographie du genre.





Les premières oeuvres sur l'histoire du Fado ont été publiées au début du XXe siècle, et à partir de 1910, un ensemble de publications régulières sur le thème témoigne de la consécration populaire de cet art de spectacle. En même temps, un vaste réseau de salles intègre le Fado dans sa programmation, avec des groupes de chanteurs attitrés qui devenait à maintes reprises des ambassades ou des groupes artistiques à des effets de tournées. Les rapports du Fado avec les salles de théâtre sont également devenus plus solides avec l'intégration du Fado dans les numéros de musique des spectacles de Teatro de Revista ou des opérettes.



Quoique les premiers enregistrements de disques produits au Portugal datent du début du XXe siècle, le marché national en était encore à ses premiers balbutiements à cette époque, vu que l'achat et de gramophones et de disques entraînait des coûts assez élevés. C'est effectivement après l'invention du micro électrique en 1925 que se réuniraient les conditions fondamentales aux exigences d'enregistrement du registre sonore. Au cours de la même période, la fabrication de gramophones à des prix chaque fois plus compétitifs, créait auprès d'une classe moyenne, des conditions plus favorables d'accès à ce marché.

Avec la publication de la loi du 6 mai 1927, des modifications profondes aux contextes de spectacle de Fado seraient introduites, avec la réglementation concernant la censure préalable des paroles, la définition des salles de spectacle de Fado avec des horaires de fonctionnement préalablement définis, l'obligation pour les artistes d'avoir une carte professionnelle, l'imposition graduelle du code vestimentaire de tenue formelle pour les spectacles, parmi bien d'autres transformations.




Au fil du temps, le Fado deviendrait un rituel chanté et écouté dans les Casas de fado (maisons de Fado), qui se concentreraient dans les quartiers historiques de la ville, surtout à partir des années 30. Ces transformations dans la production du fado allaient fatalement l'éloigner du domaine de l'improvisation, les interprètes devenant résolument professionnels  tout comme les auteurs et musiciens, qui jouaient et chantaient dans un réseau élargi de salles pour des publics chaque fois plus diversifiés.




La diffusion internationale du Fado s'était esquissée depuis les années 30, vers l'Afrique et le Brésil, des destinations préférentielles de spectacles pour de sartistes comme Ercilia Costa, Berta Cardoso, Madalena de Melo, Armando Augusto Freire, Martinho d'Assunçao ou Joao da Mata, entre autres. Néanmoins ce sera à partir de 1950 que le processus d'internationalisation du Fado deviendra définitif, surtout par le biais des voix tant d'Amalia Rodrigues que de Carlos do Carmo, en dépassant les barrières de la langue et de la culture, le Fado se sacrant définitivement comme icône de la culture nationale.








Au théâtre, deux approches de Fado deviendraient célèbres: le Fado dansé stylisé par Francis et le Fado récité ("fado falado") de Joao Villaret. Herminia Silva, personnage central de l'histoire du fado, serait célébrée au cours des années 30 et 40 par le Teatro de Revista comme actrice et interprète d'un profil exceptionnel.




Si dès ses débuts le Fado a marqué sa présence au théâtre et à la radio, le même phénomène s'est produit au cinéma. En fait, si l'avènement du cinéma sonore a été marqué par le musical, le cinéma portugais a accordé une attention toute particulière au Fado, phénomène bien illustré dans le premier film sonore portugais daté de 1931, du metteur en scène Leitao de Barros, qui déclinait le thème des mésaventures de la mythique chanteuse de fado Severa.







L'activité croissante des stations de radio a mené à l'incorporation du Fado dans leur programmation, en attirant ainsi de nouveaux publics, voire même au sein du réseau d'immigration dans la diaspora portugaise, avec l'émission à partir de théâtres, émissions en direct de maisons de Fado et représentations en direct des studios. A partir de 1935, la station nationale de radio Emissora Nacional détentrice du monopole d'état et avec des moyens inégalés dans le secteur, impose une nouvelle dynamique à la radiodiffusion.




Et si la diffusion par la radio permettait de dépasser les obstacles géographiques en conduisant les voix du fado à des milliers de personnes, l'inauguration de la télévision, Radio Televisao Portuguesa en 1957 et surtout l'élargissement de sa diffusion à l'échelle nationale dans les dix années qui s'ensuivirent, permettrait de diffuser les visages des artistes du grand public. En recréant en studio l'environnement du Fado et de ses chanteurs, la télévision transmettrait régulièrement et en direct entre 1959 et 1974 des programmes de Fado qui ont inéluctablement contribué à sa médiatisation.






Au cours des années 60 et 70, le Fado commence à attirer bon nombre des meilleurs poètes érudits portugais, de pair avec une forte tradition vivante de poésie populaire.
Avec le concours décisif du compositeur Alain Oulman, arrivent au Fado par la voix d'Amalia Rodrigues les poèmes des auteurs et écrivains publiés comme David Mourao-Ferreira, Pedro Homem de Mello, José Régio, Luiz de Macedo et, plus tard, Alexandre O'Neill, Sidonio Muralha, Leonel Neves ou Vasco de Lima Couto, entre autres.





Au cours du XXe siècle, le Fado est devenu le genre de chanson urbaine le plus populaire au Portugal, et est reconnu par la majorité des communautés portugaises comme un symbole de l'identité culturelle nationale dans son ensemble. Sa diffusion par le biais de l'immigration portugaise vers l'Europe et vers le continent américain, voire même plus récemment par le truchement des circuits de World Music, a également renforcé sur la scène internationale la perception de ce rôle identitaire, tout en conduisant dans un même temps à un processus toujours croissant d'échanges de cultures avec d'autres genres musicaux.






Au cours des deux dernières décennies, le Fado n'a cessé de se révéler comme domaine de créativité chaque fois plus ouvert, où les éléments traditionnels se recombinent avec de nouvelles influences, tant nationales qu'internationales. Suite à un moment de délaissement apparent de la part des plus jeunes générations dans les années 70 et 80, le Fado nous montre aujourd'hui des signes d'une vitalité renouvelée, avec un nombre significatif de chanteurs, musiciens, compositeurs et jeunes poètes qui surgissent chaque année.
Son processus d'interaction multiculturelle intense avec d'autres traditions musicales qui sous bien des volets ne fait qu'élargir une tendance déjà présente tout au long de son histoire, le réaffirme comme une tradition culturelle vivante.








Sources: Institut Camoes/ Fondation Calouste Gulbenkian