jeudi 31 janvier 2013

Légende d'une vie de Stefan Zweig

Légende d'une vie est une pièce de théâtre en trois actes de Stefan Zweig datant de 1919.



Léonore Franck organise une soirée en l’honneur de son défunt mari et afin de présenter les premières oeuvres de son fils Friederich. Le jeune homme ne supporte cependant plus l’héritage d’un père parfait dans son génie comme dans sa vie. La soirée est l’occasion d’une arrivée inattendue, qui va ébranler une légende trop parfaite pour être vraie… et finalement libérer une famille.

Les thèmes de Légende d’une vie sont variés:
-       La famille et ses drames
-       Les clivages sociaux, l’aristocratie
-       La sacralisation à l’excès du génie littéraire et, plus généralement, de la création artistique
-       La notion complexe de vérité
-       L’identité : comment construire sa propre identité face à un lourd héritage?
« Etre fier, je sais... heureux d'être le fils d'un tel homme... on m'en rebat les oreilles à longueur de journée... tu crois que je ne sais pas moi aussi combien il est grand?... Tu crois que je le méconnais?... tu crois que je ne l'aime pas, parce que je souffre à cause de lui?... Oh, comme je l'ai aimé, petit garçon je savais déjà le rare présent qui m'était échu: pouvoir lever les yeux sur mon père comme sur un Dieu... Mais pourquoi m'obligent-ils à lui ressembler, à lui l'insurpassable... »
-       Le pouvoir et les ravages de l’amour dans les milieux artistiques:
« Jamais je n'ai eu le sentiment de faire partie de sa vie, il ne savait rien des joies et des peines de ses proches... il ne creusait qu'à l'intérieur de lui, dans le puits de son travail... et je restais là, inutile et languissante, à me consumer vainement de tout mon amour, et lui ne le sentait pas... il ne sentait que ses propres sentiments. Heureuse! Moi, heureuse!... Comment pouvait-on être heureuse à côté de lui, qui nous ignorait, qui ne sentait ni sa femme, ni son enfant, ni sa maison, ni ses animaux... mais seulement son travail, son travail, son travail... comment pouvait-on être heureuse à ses côtés! »
-       La complexité de la psychologie humaine:
« Il n'hésitait devant aucun sacrifice pour son oeuvre et il était lâche pour tous les petits désagréments de la vie »
-       Le culte du secret : Friedrich, comme son père par le passé, cache son amour
-       L’héritage spirituel d’un génie littéraire, la souffrance d'un fils incapable de se construire face à l’image d’un père parfait
« Je veux être le fils d'un être humain et non pas d'une légende. »

Cette pièce de théâtre, d’une lecture rapide, saisit le lecteur par l'étoffe, la psychologie forte des personnages qui, même lorsqu'ils n'apparaissent que furtivement possèdent des traits profonds.
Si le premier acte, qui consiste dans la mise en place des personnages, peut paraître un peu long, les deux actes suivants sont captivants et l’intrigue fonctionne à merveille.

Titre: Légende d’une vie
Auteur: Stefan Zweig
Genre: Théâtre
Titre original: Legende eines Lebens
Éditeur original: S. Fischer Verlag
Langue originale: Allemand
Date de parution originale: 1984
Traductrice: Barbara Fontaine
Éditeur: Grasset
Date de parution en français: 03 novembre 2011
ISBN: 9782246785361

Je t'aime tous les jours d'avantage...

« Cherasco, le 29 avril 1796
Mon bonheur est que tu sois heureuse, ma joie que tu sois gaie, mon bonheur que tu en aies. Jamais femme ne fut aimée avec plus de dévouement, de feu et de tendresse. Jamais il n'est possible d'être plus entièrement maître d'un coeur et d'en dicter tous les goûts, les penchants, d'en former tous les désirs. S'il en est autrement de toi, je déplore mon aveuglement. Je le livre aux remords de ton âme. Et, si je n'en meurs pas de douleur, froissé pour la vie, mon coeur ne s'ouvrirait plus entièrement au sentiment du plaisir ou de la douceur. Ma vie serait toute physique. Car j'aurais, en perdant ton amour, ton coeur, ton adorable personne, perdu tout ce qui me rend la vie aimable et chère. Comment veux-tu, ma vie, que je ne sois pas triste? Pas de lettres de toi. Je n'en reçois que tous les quatre jours. Au lieu que, si tu m'aimais, tu m'écrirais deux fois par jour. Mais il faut jaser avec les petits messieurs visiteurs, dès dix heures du matin, et puis écouter les sonnettes et les sottises de cent freluquets jusqu'à une heure après-midi. Dans les pays où il y a des moeurs, dès dix heures du soir, tout  le monde est chez soi. Mais dans ces pays-là, on écrit à son mari, l'on pense à lui, l'on vit pour lui. Adieu, Joséphine, tu es pour moi un monstre que je ne puis expliquer... Je t'aime tous les jours d'avantage. L'absence guérit les petites passions. Il accroît les grandes. Ah! Si tu ne viens pas... Mène avec toi ta femme de chambre, ta cuisinière, ton cocher. J'ai ici des chevaux de carrosse à ton service et une belle voiture. Ne porte que ce qui t'es personnellement nécessaire. J'ai ici une argenterie et une porcelaine qui te serviront. Adieu, le travail me commande. Je ne puis laisser la plume... Ah! ce soir, si je n'ai pas de tes lettres, je suis désespéré. Pense à moi ou dis-moi avec dédain que tu ne m'aimes pas. Et alors, peut-être je trouverais dans mon esprit de quoi être moins à plaindre. Je t'envoie par Murat deux cents louis dont tu te serviras si tu en as besoin, ou que tu emploieras à meubler l'appartement que tu me destines. Si tu pouvais y mettre partout ton portrait... Mais non, il est si beau, celui que j'ai dans mon coeur, que, quelque belle que tu sois et quelque habiles que soient les peintres, tu y perdrais. Ce sera un jour bien heureux... que celui où tu passeras les Alpes. C'est la plus belle récompense de mes peines et des victoires que j'ai remportées. »
Napoléon Bonaparte à Joséphine de Beauharnais

En mars 1796, Napoléon Bonaparte épouse Joséphine de Beauharnais. Dès le mois suivant, il part combattre en Italie. Les premières rumeurs de l'infidélité de sa femme lui parviennent alors.

mercredi 30 janvier 2013

Tu as brûlé mes lettres...

« Tu as brûlé mes lettres, ma Juliette, mais tu n’as pas détruit mon amour. Il est entier et vivant dans mon cœur comme le premier jour. Ces lettres, quand tu les as détruites, je sais tout ce qu’il y avait de douleur, de générosité et d’amour dans ton âme. C’était tout mon cœur, c’était tout ce que j’avais jamais écrit de plus vrai et de plus profondément senti, c’était mes entrailles, c’était mon sang, c’était ma vie et ma pensée pendant six mois, c’était la trace de toi dans moi, le passage, le sillon creusé bien avant de ton existence dans la mienne. Sur un mot de moi que tu as mal interprété, et qui n’a jamais eu le sens injuste que tu lui prêtais, tu as détruit tout cela. J’en ai plus d’une fois amèrement gémi. Mais je ne t’ai jamais accusée de l’avoir fait. Ma belle âme, mon ange, ma pauvre chère Juliette, je te comprends et je t’aime ! Je ne veux pas pourtant que cette trace de ta vie dans la mienne, soit à toujours effacée. Je veux qu’elle reste, je veux qu’on la retrouve un jour, quand nous ne serons plus que cendres tous les deux, quand cette révélation ne pourra plus briser le cœur de personne, je veux qu’on sache que j’ai aimée, que je t’ai estimée, que j’ai baisé tes pieds, que j’ai eu le cœur plein de culte et d’adoration pour toi. C’est que depuis huit mois que mes yeux pénètrent à chaque instant jusqu’au fond de ton âme, je n’y ai encore rien surpris, rien de ce que je pense, rien de ce que tu sens qui fût indigne de toi et de moi. J’ai déploré plus d’une fois les fatalités de ta vie, mon pauvre ange méconnu, mais je te le dis dans la joie de mon cœur, si jamais âme a été noble, pure, grande, généreuse, c’est la tienne, si jamais cœur a été bon, simple, dévoué, c’est le tien, si jamais amour a été complet, profond, tendre, brûlant, inépuisable, infini, c’est le mien. Je baise ta belle âme sur ton beau front. »

Victor Hugo à Juliette Drouet


Victor Hugo se marie en 1822 avec Adèle Foucher, une amie d'enfance. Il aura cinq enfants d'elle. Elle partagera la vie amoureuse de son mari avec Juliette Drouet, la maîtresse officielle.

Aujourd'hui, on supprime les mails et les SMS, c'est tellement moins romantique...


dimanche 27 janvier 2013

Je pense sans cesse à toi...

« Ma Gala, parce que je ne pourrais pas vivre si tu n'étais pas à moi. Je pense sans cesse à toi, mais tu me manques tellement que si j'avais de l'argent j'irais habiter à l'hôtel.
Tu ne sais pas, tu peux à peine te douter de l'atmosphère de cet appartement que j'ai vraiment voulu pour toi et que tu as si peu habité cet hiver.
Et les environs, le coin de rue que nous avons tourné ensemble, tout ce que j'ai rêvé: où t'emmener, tes robes, ton plaisir, ton sommeil, tes rêves, tout ce que j'ai fait de maladroit, tout ce que je voulais réparer. Tout est sinistre, tout est affreux. L'idée de mort se mêle de plus en plus pour moi à celle de l'amour. Je te crois perdue. Pourquoi es-tu si loin? Il y a dix-sept ans que je t'aime et j'ai encore 17 ans. Je n'ai encore rien fait et je ne vois pas plus d'avenir qu'à 17 ans. L'idée de malheur est née aujourd'hui avec l'amour pour toi, sans salut. Je ne sais pas plus qu'autrefois calculer ce qu'il faut faire pour te garder, pour t'avoir, pour que tu m'aimes entièrement. Pourquoi es-tu si loin? J'ai été bouleversé, effroyablement, de n'avoir pas le télégramme que je t'ai demandé pendant cinq jours. Et quand j'ai reçu le télégramme d'hier soir, je suis resté stupide, il ne m'apportait plus rien. Il me laissait toute ma misère, tout mon tourment imbécile. Si tu savais comme je veux te voir, comme je voudrais t'avoir avec moi comme je t'ai eue l'année dernière à Cannes. Je sais bien que je ne peux pas te garder, que l'abomination de la vie en commun nous n'en avons que faire, mais il me semble que je ne t'ai plus depuis des années. Et j'ai perdu le goût de la vie, des promenades, du soleil, des femmes. Je n'ai gardé que le goût amer et terrible de l'amour. mais ne sois pas malheureuse. Il fallait, vois-tu, que je dise tout cela. je t'ai déjà écrit, sans te les envoyer deux lettres pessimistes. Mais il ne faut plus que je me taise, ou je suis irrémédiablement perdu [...].
Ma belle petite Gala, ma chérie, maia dorogaia, ma petite, mon amour, je meurs d'être sans toi. »

Paul Eluard à Gala

Pour soigner sa tuberculose Paul Eluard se rend en Suisse et y fait la rencontre d'une jeune fille russe, dénommée Gala. Il l'épouse en 1917 mais en 1930, Gala le quitte pour partager sa vie avec Salvador Dali.