dimanche 27 janvier 2013

Je pense sans cesse à toi...

« Ma Gala, parce que je ne pourrais pas vivre si tu n'étais pas à moi. Je pense sans cesse à toi, mais tu me manques tellement que si j'avais de l'argent j'irais habiter à l'hôtel.
Tu ne sais pas, tu peux à peine te douter de l'atmosphère de cet appartement que j'ai vraiment voulu pour toi et que tu as si peu habité cet hiver.
Et les environs, le coin de rue que nous avons tourné ensemble, tout ce que j'ai rêvé: où t'emmener, tes robes, ton plaisir, ton sommeil, tes rêves, tout ce que j'ai fait de maladroit, tout ce que je voulais réparer. Tout est sinistre, tout est affreux. L'idée de mort se mêle de plus en plus pour moi à celle de l'amour. Je te crois perdue. Pourquoi es-tu si loin? Il y a dix-sept ans que je t'aime et j'ai encore 17 ans. Je n'ai encore rien fait et je ne vois pas plus d'avenir qu'à 17 ans. L'idée de malheur est née aujourd'hui avec l'amour pour toi, sans salut. Je ne sais pas plus qu'autrefois calculer ce qu'il faut faire pour te garder, pour t'avoir, pour que tu m'aimes entièrement. Pourquoi es-tu si loin? J'ai été bouleversé, effroyablement, de n'avoir pas le télégramme que je t'ai demandé pendant cinq jours. Et quand j'ai reçu le télégramme d'hier soir, je suis resté stupide, il ne m'apportait plus rien. Il me laissait toute ma misère, tout mon tourment imbécile. Si tu savais comme je veux te voir, comme je voudrais t'avoir avec moi comme je t'ai eue l'année dernière à Cannes. Je sais bien que je ne peux pas te garder, que l'abomination de la vie en commun nous n'en avons que faire, mais il me semble que je ne t'ai plus depuis des années. Et j'ai perdu le goût de la vie, des promenades, du soleil, des femmes. Je n'ai gardé que le goût amer et terrible de l'amour. mais ne sois pas malheureuse. Il fallait, vois-tu, que je dise tout cela. je t'ai déjà écrit, sans te les envoyer deux lettres pessimistes. Mais il ne faut plus que je me taise, ou je suis irrémédiablement perdu [...].
Ma belle petite Gala, ma chérie, maia dorogaia, ma petite, mon amour, je meurs d'être sans toi. »

Paul Eluard à Gala

Pour soigner sa tuberculose Paul Eluard se rend en Suisse et y fait la rencontre d'une jeune fille russe, dénommée Gala. Il l'épouse en 1917 mais en 1930, Gala le quitte pour partager sa vie avec Salvador Dali.

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