jeudi 28 février 2013

Les Grandes Eaux Musicales de Versailles

Les Grandes Eaux Musicales de Versailles
Chefs-d'oeuvre instrumentaux des règnes de Louis XIII et Louis XIV

Le Concert des Nations
Jordi Savall





I. Jean-Baptiste Lully. Divertissement Royal.

1 Prélude Des Trompettes Et Autres Instruments Pour Mars (Jean-Baptiste Lully)





2 Les hommes et femmes armés (Jean-Baptiste Lully)





3 Bourrée du divertissement de Chambord (1669) (Jean-Baptiste Lully)





4 Bourrée du mariage forcé (1664) (Jean-Baptiste Lully)





5 Chaconne de l'Amour médecin (1665) (Jean-Baptiste Lully)





6 Menuet pour les trompettes (Jean-Baptiste Lully)




II. Les Violes de M. de Sainte-Colombe

7 Concert A Deux Violes Esgales "Le Retour" (Jean de Sainte-Colombe)




III. Philidor l'Aisne. Les musiques de Louis XIII

8 Pavane Pour La Petitte Guaire





9 Gaillarde, En Suite





10 Pavane Fait Au Mariage De Mr Vandosme en 1609





11 Bourrée D'avignonez





12 Ballet A Cheval Pour Le Grand Carousel Fait A La Place Royale...




IV. Les Musiques de la Petitte Bande

13 Intrada - Gavotte - Sarabande





14 Marche Pour Le Hautbois





15 Charivari





16 Gavotte





17 Libertas






18 Sarabandes & Tambourin




V. Les Pièces de Viole de Marin Marais

19 Rondeau champêtre






20 Muzettes I & Il






21 Passacaille




VI. Jean-Baptiste Lully. L'Orchestre du Roi Soleil

22 Marche des Combattans en Rondeau






23 Menuet






24 Marche pour la cérémonie turque (Le bourgeois gentilhomme)




25 Echos
26 Rondeau pour la fête marine
27 Marche des assiégeants

VII. Les concerts royaux

28 Prélude du 2e Concert (François Couperin)
29 Muzette du 3e Concert (François Couperin)
30 Forlane du 4e Concert (François Couperin)
31 Chaconne d'Alcione (Marin Marais)


mercredi 27 février 2013

Louis XIV et le Grand Siècle de Gonzague Saint Bris

Louis XIV et le Grand Siècle est un ouvrage de Gonzague Saint Bris publié aux éditions Télémaque en octobre 2012. Ce document s'inscrit comme le troisième volet de sa trilogie royale après François Ier et la Renaissance et Henri IV et la France réconciliée.



Il est tout d'abord étonnant de découvrir le dénuement et l'isolement dans lesquels le petit Louis Dieudonné a grandi. Gonzague Saint Bris nous explique, pour l'anecdote, que le futur Roi Soleil s'est noyé dans les fontaines du Palais-Royal et que sa survie n'est due qu'au passage fortuit d'un domestique à cet instant dramatique.

Ce sont ensuite les différents volets du règne de Louis XIV qui sont repris au fil des chapitres. Dans ce mode de construction, l'auteur se révèle peut-être trop académique.

Si le Roi Soleil a marqué l'Histoire de France, l'auteur souligne à quel point l'entourage du monarque a favorisé un règne d'exception:
« Cette faculté pluridisciplinaire portée au sommet de l'Etat a fait beaucoup pour la perennité de la gloire du grand roi. le film de Sacha Guitry Si Versailles m'était conté, tourné durant l'été de 1953, l'a fixée dans l'éternité des images lors de cette scène inoubliable où la marquise de Sévigné, jouée par Jeanne Boitel, venue à Versailles, lance à la cantonnade:
« Messieurs, quand je vous vois, lorsque je nous regarde, Mansart, Turenne, Colbert, Racine, Boileau lui-même, et Vauban, et Louvois, et Monsieur de Meaux [Bossuet] que l'on entend, et La Fontaine qu'on relit, et vous, Molière, qu'on adore, et même aussi votre servante, je m'émeus en pensant que nous vivons à la même heure, et j'ai l'impression, ne nous ayant encore jamais vus tous ensemble, oui, j'ai l'impression que c'est nous, Louis XIV» »
Ce règne marque encore de nos jours l'économie et la culture françaises:
« Comme allait le dire plaisamment Sacha Guitry, Versailles a certes coûté cher, mais, ainsi, Louis XIV a mis "notre argent de côté", puisqu'aujourd'hui il en génère beaucoup. Et quand à l'image de la France dans le monde, elle n'a pas de prix: depuis plus de trois siècles, le château de la magicienne Armide demeure la vitrine de la France et celle de son fondateur. Le château du Roi est bien le livre d'images de son oeuvre politique, militaire et culturelle. »

L'image de Louis XIV est associée à Versailles et Gonzague Saint Bris ne mentionne qu'un bref passage du Roi à Paris lors de son mariage...
« La cérémonie achevée, et le mariage prestement consommé, il ne reste plus qu'à effectuer le chemin en sens inverse pour remonter sur Paris, à petites étapes, dans cette ambiance de fête et de jeunesse si caractéristique du début d'un règne. S'il finira figé et compassé, il commence, de l'avis général, comme un enchantement. Dans chaque ville traversée, en effet, ce ne sont qu'applaudissements, y compris à Paris où, le 26 août, le roi et la reine effectuent leur entrée solennelle. En leur honneur, la capitale pavoise de toutes parts, depuis la barrière du Trône (l'actuelle place de la Nation), par laquelle le couple entre dans la ville, jusqu'au Louvre, qu'il met quatre heures à gagner. Entre deux fêtes on offre à la Cour une pièce allégorique de Corneille, La Conquête de la Toison d'Or»

... et les causes du départ du Roi Soleil vers Versailles:
« Mais surtout, le roi souhaite depuis des années s'éloigner définitivement de ce Paris qu'il n'aime pas, où l'air est vicié, et dont il se méfie des habitants depuis son enfance, depuis cette Fronde dont il redoute toujours la résurgence. »

Si la principale faute du règne de Louis XIV a été la révocation de l'édit de Nantes en 1685, ses réalisations ont été nombreuses:
- organisation d'un gouvernement central et décentralisé (intendants de justice, de police, de finances)
- Réalisation du Canal du Midi pour permettre un passage fluvial de la Méditerranée à l'Atlantique
- Par le biais de compagnies maritimes de commerce, implantation de colonies françaises au Canada, en Louisiane et en Inde
- Développement de la flotte royale, qui est la première d'Europe à la disparition du Monarque
- Création de manufactures célèbres diffusant le savoir-faire français
- Réforme de la justice
- Éradication des cours des miracles et nomination du premier lieutenant de police de Paris
- Création des Invalides pour la prise en charge des soldats blessés dans de trop nombreux conflits.

Et pour l'anecdote:
« Comment la musique de Lully, composée pour saluer la réussite de l'opération [...] de Sa Majesté Louis XIV, copiée par Haendel, est-elle devenue l'hymne national anglais?... Le rétablissement de la santé royale inspire nombre de cérémonies. Pour célébrer la guérison de Louis XIV, Madame de Brinon, supérieure de l'Ecole des demoiselles de Saint-Cyr, écrivit le poème Grand Dieu sauve le Roi, que Jean-Baptiste Lully mit en musique. Le morceau n'eut pas l'heur de plaire à Sa Majesté, pourtant premier "fan" des oeuvres de son compositeur, dont c'est ici la dernière. C'est, en effet, en répétant le Te Deum prévu, que Lully dirige la canne à la main, puisqu'on ne se sert pas encore d'une baguette, qu'il se l'enfonce malencontreusement dans le pied, ce qui occasionne une gangrène si forte qu'on doit lui couper la jambe. Il ne supporte pas l'opération et en meurt quelques jours plus tard.
En 1714, Haendel, de passage à Versailles, fut émerveillé à l'écoute de ce motet. Il l'emporta en Angleterre sans en changer une seule note et s'en attribua la paternité. En l'honneur de George Ier, dont il était le compositeur officiel, il en traduisit le titre, qui devint God Save the King. C'est depuis l'hymne national des anglais... ! En 1740, la plume d'Henry Carey en fit le texte définitif, simple traduction de la version française:
Grand Dieu sauve le roi!
Longs jours à notre roi!
Vive le roi!
Qu'à jamais glorieux,
Louis victorieux
Voie ses ennemis 
Toujours soumis! »

lundi 25 février 2013

L'Etoile d'Edgar Degas

L'Etoile est une oeuvre d'Edgar Degas réalisée vers 1876-1877.

L'Etoile
environ 1876-1877
Pastel sur monotype
58 cm par 42 cm
Musée d'Orsay Paris


La danseuse-étoile représentée est en position d'attitude. Sa jambe droite est à peine fléchie et porte le mouvement. La jambe gauche de la danseuse disparaît totalement sous son tutu romantique. Elle porte sur la tête et au niveau de son corsage des fleurs rouges-orangées. Les bras déployés assurent l'équilibre et expriment le mouvement. L'élan de la danseuse se perçoit également dans le flottement du ruban qu'elle porte autour du cou, la forme du tutu qui semble se soulever, la position jetée en arrière de sa tête, ...
C'est un moment de grâce éphémère qu'Edgar Degas a cherché à représenter.

Un homme se tient sur la scène en costume de soirée sombre. Il surveille la danseuse. Sa présence sur scène et son visage caché inspirent la méfiance. La position de son bras indique qu'il est en attente, loin de l'admiration du spectacle offert par la danseuse-étoile. En somme, sa présence est inquiétante et crée un contraste avec la danseuse.

La partie supérieure de la toile restitue le décor du spectacle. Elle est organisée en trois plans colorés: un premier plan beige-orangé qui cache l'homme, un deuxième plan marron qui cache d'autres danseuses et un troisième et dernier plan aux touches vertes et bleues, presque céleste. Il est difficile de décrire ce que représente ce décor.

Le sol de la scène occupe une majeure partie de la toile. Les tons gris bleutés vaporeux de ce sol accueillent la féerie du spectacle, tels des nuages. Edgar Degas rehausse avec ces couleurs, l'impression d'un immense espace autour de la danseuse. Elle est sensuelle, scintillante, magique, ...
Le spectacle semble vu d'une loge située sur le côté droit de la scène. Le spectateur est à la fois éblouit par la danseuse-étoile et préoccupé par l'homme en arrière-plan ainsi que par les danseuses cachées qui se préparent au spectacle. Il navigue entre poésie et réalité.

L'oeuvre utilise une technique créée par Edgar Degas. Le dessin est exécuté à l'encre grasse sur un support épais, puis ce support est pressé contre une feuille de papier, une seule fois (monotype) ou bien plusieurs fois. Le peintre affine ensuite son oeuvre au pastel. 

dimanche 24 février 2013

L'Orchestre de l'Opéra d'Edgar Degas

L'Orchestre de l'Opéra est une peinture d'Edgar Degas réalisée aux environs de 1870.

L'Orchestre de l'Opéra
Edgar Degas
environ 1870
Huile sur toile
56,5 cm par 46 cm
Musée d'Orsay Paris


Au premier plan, l'oeil du spectateur est saisi par une balustrade recouverte de velours. Cet élément du décor formalise la séparation de la salle et de la fosse d'orchestre.

Au deuxième plan, le spectateur découvre treize musiciens. Bien qu'ils soient placés dans un espace réduit, chacun est identifié par son visage, son instrument et sa position.
Certains des musiciens représentés sont des amis d'Edgar Degas. Ainsi Désiré Dihau, le bassoniste (de profil au centre), le violoncelliste Pilet, le chanteur Pagans, le chorégraphe Gard et le peintre Piot-Normand, le compositeur Souquet, le docteur Pillot, le flûtiste Altès, le violoniste Lancien, le violoniste Gout, le contrebassiste Gouffé.
Le chef d'orchestre n'est pas représenté, il est juste suggéré par l'orientation des regards des musiciens.
Edgar Degas n'a pas cherché à retranscrire l'exactitude de cet orchestre: ses amis ne jouent pas dans l'orchestre de l'Opéra, les cordes devraient être placées devant les vents, Désiré Dihau, le bassoniste, est placé au premier plan de cet orchestre, ...

La partie centrale du tableau, accordée aux musiciens, domine les deux autres (la salle et la scène): Edgar Degas accorde une grande importance à l'orchestre.

Sur la gauche, dans une loge d'avant-scène, un spectateur solitaire observe de loin les danseuses.

Le quart supérieur de la toile représente la scène et quelques danseuses qui évoluent sur celle-ci.
Cette toile juxtapose deux mondes: les musiciens sont sérieux, concentrés, dans un local étroit et sombre, seuls des hommes sont représentés, en costumes sombres. A l'inverse, les danseuses portent des couleurs vives dans un décor aux tonalités bleues et vertes, elles sont féminines avec leurs tutus romantiques et un éclairage scintillant.
C'est donc, très naturellement, que l'oeil du spectateur remonte de la fosse vers la scène qui offre poésie et mystère.

Edgar Degas, grand amateur d'opéra et de ballet, a souhaité représenter ici une salle de la rue Le Peletier, située dans le 9eme arrondissement de Paris et détruite par un incendie en 1873. Sa destruction permettra à l'Opéra de Paris de s'installer définitivement à l'Opéra Garnier.

samedi 23 février 2013

L'expiation de Victor Hugo - Ve partie


L’EXPIATION
Ve partie



Le nom grandit quand l’homme tombe ;
Jamais rien de tel n’avait lui.
Calme, il écoutait dans sa tombe
La terre qui parlait de lui.

La terre disait : « La victoire
A suivi cet homme en tous lieux.
Jamais tu n’as vu, sombre histoire,
Un passant plus prodigieux !

 » Gloire au maître qui dort sous l’herbe !
Gloire à ce grand audacieux !
Nous l’avons vu gravir, superbe,
Les premiers échelons des cieux !

 » Il envoyait, âme acharnée,
Prenant Moscou, prenant Madrid,

Lutter contre la destinée
Tous les rêves de son esprit.

 » À chaque instant, rentrant en lice,
Cet homme aux gigantesques pas
Proposait quelque grand caprice
À Dieu, qui n’y consentait pas.

 » Il n’était presque plus un homme.
Il disait, grave et rayonnant,
En regardant fixement Rome
C’est moi qui règne maintenant !

 » Il voulait, héros et symbole,
Pontife et roi, phare et volcan,
Faire du Louvre un Capitole
Et de Saint-Cloud un Vatican.

 » César, il eût dit à Pompée :
 «  Sois fier d’être mon lieutenant !   »
On voyait luire son épée
Au fond d’un nuage tonnant.

 » Il voulait, dans les frénésies
De ses vastes ambitions,
Faire devant ses fantaisies
Agenouiller les nations,

 » Ainsi qu’en une urne profonde,
Mêler races, langues, esprits,

Répandre Paris sur le monde,
Enfermer le monde en Paris !

 » Comme Cyrus dans Babylone,
Il voulait sous sa large main
Ne faire du monde qu’un trône
Et qu’un peuple du genre humain,

 » Et bâtir, malgré les huées,
Un tel empire sous son nom,
Que Jéhovah dans les nuées
Fût jaloux de Napoléon ! »

25-30 novembre 1853 (Les Châtiments). Jersey.

L'expiation de Victor Hugo


L’EXPIATION
         
I


Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l’aigle baissait la tête.
Sombres jours ! l’empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la grande armée, et maintenant troupeau.
On ne distinguait plus les ailes ni le centre.
Il neigeait. Les blessés s’abritaient dans le ventre
Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés
On voyait des clairons à leur poste gelés,

Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,
Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.
Boulets, mitraille, obus, mêlés aux flocons blancs,
Pleuvaient ; les grenadiers, surpris d’être tremblants,
Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise.
Il neigeait, il neigeait toujours ! La froide bise
Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus,
On n’avait pas de pain et l’on allait pieds nus.
Ce n’étaient plus des cœurs vivants, des gens de guerre
C’était un rêve errant dans la brume, un mystère,
Une procession d’ombres sous le ciel noir.
La solitude vaste, épouvantable à voir,
Partout apparaissait, muette vengeresse.
Le ciel faisait sans bruit avec la neige épaisse
Pour cette immense armée un immense linceul ;
Et chacun se sentant mourir, on était seul.
— Sortira-t-on jamais de ce funeste empire ?
Deux ennemis ! le czar, le nord. Le nord est pire.
On jetait les canons pour brûler les affûts.
Qui se couchait, mourait. Groupe morne et confus,
Ils fuyaient ; le désert dévorait le cortège.
On pouvait, à des plis qui soulevaient la neige,
Voir que des régiments s’étaient endormis là.
Ô chutes d’Annibal ! lendemains d’Attila !
Fuyards, blessés, mourants, caissons, brancards, civières,
On s’écrasait aux ponts pour passer les rivières,
On s’endormait dix mille, on se réveillait cent.
Ney, que suivait naguère une armée, à présent
S’évadait, disputant sa montre à trois cosaques.
Toutes les nuits, qui vive ! alerte ! assauts ! attaques !

Ces fantômes prenaient leur fusil, et sur eux
Ils voyaient se ruer, effrayants, ténébreux,
Avec des cris pareils aux voix des vautours chauves,
D’horribles escadrons, tourbillons d’hommes fauves.
Toute une armée ainsi dans la nuit se perdait.
L’empereur était là, debout, qui regardait.
Il était comme un arbre en proie à la cognée.
Sur ce géant, grandeur jusqu’alors épargnée,
Le malheur, bûcheron sinistre, était monté ;
Et lui, chêne vivant, par la hache insulté,
Tressaillant sous le spectre aux lugubres revanches,
Il regardait tomber autour de lui ses branches.
Chefs, soldats, tous mouraient. Chacun avait son tour.
Tandis qu’environnant sa tente avec amour,
Voyant son ombre aller et venir sur la toile,
Ceux qui restaient, croyant toujours à son étoile,
Accusaient le destin de lèse-majesté,
Lui se sentit soudain dans l’âme épouvanté.
Stupéfait du désastre et ne sachant que croire,
L’empereur se tourna vers Dieu ; l’homme de gloire
Trembla ; Napoléon comprit qu’il expiait
Quelque chose peut-être, et, livide, inquiet,
Devant ses légions sur la neige semées :
 « Est-ce le châtiment, dit-il, Dieu des armées ? »
Alors il s’entendit appeler par son nom
Et quelqu’un qui parlait dans l’ombre lui dit : Non.


         II

Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine !
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,
Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,
La pâle mort mêlait les sombres bataillons.
D’un côté c’est l’Europe et de l’autre la France.
Choc sanglant ! des héros Dieu trompait l’espérance
Tu désertais, victoire, et le sort était las.
Ô Waterloo ! je pleure et je m’arrête, hélas !
Car ces derniers soldats de la dernière guerre
Furent grands ; ils avaient vaincu toute la terre,
Chassé vingt rois, passé les Alpes et le Rhin,
Et leur âme chantait dans les clairons d’airain !

Le soir tombait ; la lutte était ardente et noire.
Il avait l’offensive et presque la victoire ;
Il tenait Wellington acculé sur un bois.
Sa lunette à la main, il observait parfois
Le centre du combat, point obscur où tressaille
La mêlée, effroyable et vivante broussaille,
Et parfois l’horizon, sombre comme la mer.
Soudain, joyeux, il dit : Grouchy ! — C’était Blücher.
L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme,
La mêlée en hurlant grandit comme une flamme.
La batterie anglaise écrasa nos carrés.

La plaine, où frissonnaient les drapeaux déchirés,

Ne fut plus, dans les cris des mourants qu’on égorge,
Qu’un gouffre flamboyant, rouge comme une forge ;
Gouffre où les régiments comme des pans de murs
Tombaient, où se couchaient comme des épis mûrs
Les hauts tambours-majors aux panaches énormes,
Où l’on entrevoyait des blessures difformes !
Carnage affreux ! moment fatal ! L’homme inquiet
Sentit que la bataille entre ses mains pliait.
Derrière un mamelon la garde était massée.
La garde, espoir suprême et suprême pensée !
 « Allons ! faites donner la garde ! » cria-t-il.
Et, lanciers, grenadiers aux guêtres de coutil,
Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires,
Cuirassiers, canonniers qui traînaient des tonnerres,
Portant le noir colback ou le casque poli,
Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,
Comprenant qu’ils allaient mourir dans cette fête,
Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête.
Leur bouche, d’un seul cri, dit : vive l’empereur !
Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,
Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,
La garde impériale entra dans la fournaise.
Hélas ! Napoléon, sur sa garde penché,
Regardait, et, sitôt qu’ils avaient débouché
Sous les sombres canons crachant des jets de soufre,
Voyait, l’un après l’autre, en cet horrible gouffre,
Fondre ces régiments de granit et d’acier
Comme fond une cire au souffle d’un brasier.
Ils allaient, l’arme au bras, front haut, graves, stoïques.

Pas un ne recula. Dormez, morts héroïques !
Le reste de l’armée hésitait sur leurs corps
Et regardait mourir la garde. — C’est alors
Qu’élevant tout à coup sa voix désespérée,
La Déroute, géante à la face effarée
Qui, pâle, épouvantant les plus fiers bataillons,
Changeant subitement les drapeaux en haillons,
À de certains moments, spectre fait de fumées,
Se lève grandissante au milieu des armées,
La Déroute apparut au soldat qui s’émeut,
Et, se tordant les bras, cria : Sauve qui peut !
Sauve qui peut ! — affront ! horreur ! — toutes les bouches
Criaient ; à travers champs, fous, éperdus, farouches,
Comme si quelque souffle avait passé sur eux,
Parmi les lourds caissons et les fourgons poudreux,
Roulant dans les fossés, se cachant dans les seigles,
Jetant shakos, manteaux, fusils, jetant les aigles,
Sous les sabres prussiens, ces vétérans, ô deuil !
Tremblaient, hurlaient, pleuraient, couraient ! — En un clin d’œil,
Comme s’envole au vent une paille enflammée,
S’évanouit ce bruit qui fut la grande armée,
Et cette plaine, hélas, où l’on rêve aujourd’hui,
Vit fuir ceux devant qui l’univers avait fui !
Quarante ans sont passés, et ce coin de la terre,
Waterloo, ce plateau funèbre et solitaire,
Ce champ sinistre où Dieu mêla tant de néants,
Tremble encor d’avoir vu la fuite des géants !

Napoléon les vit s’écouler comme un fleuve ;
Hommes, chevaux, tambours, drapeaux ; — et dans l’épreuve

Sentant confusément revenir son remords,
Levant les mains au ciel, il dit : « Mes soldats morts,
Moi vaincu ! mon empire est brisé comme verre.
Est-ce le châtiment cette fois, Dieu sévère ? »
Alors parmi les cris, les rumeurs, le canon,
Il entendit la voix qui lui répondait : Non !

         III

Il croula. Dieu changea la chaîne de l’Europe.
Il est, au fond des mers que la brume enveloppe,
Un roc hideux, débris des antiques volcans.
Le Destin prit des clous, un marteau, des carcans,
Saisit, pâle et vivant, ce voleur du tonnerre,
Et, joyeux, s’en alla sur le pic centenaire
Le clouer, excitant par son rire moqueur
Le vautour Angleterre à lui ronger le cœur.

Évanouissement d’une splendeur immense !
Du soleil qui se lève à la nuit qui commence,
Toujours l’isolement, l’abandon, la prison,
Un soldat rouge au seuil, la mer à l’horizon,
Des rochers nus, des bois affreux, l’ennui, l’espace,
Des voiles s’enfuyant comme l’espoir qui passe,
Toujours le bruit des flots, toujours le bruit des vents !

Adieu, tente de pourpre aux panaches mouvants,
Adieu, le cheval blanc que César éperonne !
Plus de tambours battant aux champs, plus de couronne,
Plus de rois prosternés dans l’ombre avec terreur,
Plus de manteau traînant sur eux, plus d’empereur !
Napoléon était retombé Bonaparte.
Comme un romain blessé par la flèche du Parthe,
Saignant, morne, il songeait à Moscou qui brûla.
Un caporal anglais lui disait : halte-là !
Son fils aux mains des rois ! sa femme aux bras d’un autre !
Plus vil que le pourceau qui dans l’égout se vautre,
Son sénat qui l’avait adoré l’insultait.
Au bord des mers, à l’heure où la bise se tait,
Sur les escarpements croulant en noirs décombres,
Il marchait, seul, rêveur, captif des vagues sombres.
Sur les monts, sur les flots, sur les cieux, triste et fier,
L’œil encore ébloui des batailles d’hier,
Il laissait sa pensée errer à l’aventure.
Grandeur, gloire, ô néant ! calme de la nature !
Les aigles qui passaient ne le connaissaient pas.
Les rois, ses guichetiers, avaient pris un compas
Et l’avaient enfermé dans un cercle inflexible.
Il expirait. La mort de plus en plus visible
Se levait dans sa nuit et croissait à ses yeux
Comme le froid matin d’un jour mystérieux.
Son âme palpitait, déjà presque échappée.
Un jour enfin il mit sur son lit son épée,
Et se coucha près d’elle, et dit : «  C’est aujourd’hui  »
On jeta le manteau de Marengo sur lui.
Ses batailles du Nil, du Danube, du Tibre,

Se penchaient sur son front, il dit : « Me voici libre !
Je suis vainqueur ! je vois mes aigles accourir ! »
Et, comme il retournait sa tête pour mourir,
Il aperçut, un pied dans la maison déserte,
Hudson Lowe guettant par la porte entrouverte.
Alors, géant broyé sous le talon des rois,
Il cria : « La mesure est comble cette fois !
Seigneur ! c’est maintenant fini ! Dieu que j’implore,
Vous m’avez châtié ! » La voix dit : Pas encore !

         IV

Ô noirs événements, vous fuyez dans la nuit !
L’empereur mort tomba sur l’empire détruit.
Napoléon alla s’endormir sous le saule.
Et les peuples alors, de l’un à l’autre pôle,
Oubliant le tyran, s’éprirent du héros.
Les poëtes, marquant au front les rois bourreaux,
Consolèrent, pensifs, cette gloire abattue.
À la colonne veuve on rendit sa statue.
Quand on levait les yeux, on le voyait debout
Au-dessus de Paris, serein, dominant tout,
Seul, le jour dans l’azur et la nuit dans les astres.
Panthéons, on grava son nom sur vos pilastres !
On ne regarda plus qu’un seul côté des temps,
On ne se souvint plus que des jours éclatants
Cet homme étrange avait comme enivré l’histoire

La justice à l’œil froid disparut sous sa gloire ;
On ne vit plus qu’Eylau, Ulm, Arcole, Austerlitz ;
Comme dans les tombeaux des romains abolis,
On se mit à fouiller dans ces grandes années
Et vous applaudissiez, nations inclinées,
Chaque fois qu’on tirait de ce sol souverain
Ou le consul de marbre ou l’empereur d’airain !

         V

Le nom grandit quand l’homme tombe ;
Jamais rien de tel n’avait lui.
Calme, il écoutait dans sa tombe
La terre qui parlait de lui.

La terre disait : « La victoire
A suivi cet homme en tous lieux.
Jamais tu n’as vu, sombre histoire,
Un passant plus prodigieux !

 » Gloire au maître qui dort sous l’herbe !
Gloire à ce grand audacieux !
Nous l’avons vu gravir, superbe,
Les premiers échelons des cieux !

 » Il envoyait, âme acharnée,
Prenant Moscou, prenant Madrid,

Lutter contre la destinée
Tous les rêves de son esprit.

 » À chaque instant, rentrant en lice,
Cet homme aux gigantesques pas
Proposait quelque grand caprice
À Dieu, qui n’y consentait pas.

 » Il n’était presque plus un homme.
Il disait, grave et rayonnant,
En regardant fixement Rome
C’est moi qui règne maintenant !

 » Il voulait, héros et symbole,
Pontife et roi, phare et volcan,
Faire du Louvre un Capitole
Et de Saint-Cloud un Vatican.

 » César, il eût dit à Pompée :
 «  Sois fier d’être mon lieutenant !   »
On voyait luire son épée
Au fond d’un nuage tonnant.

 » Il voulait, dans les frénésies
De ses vastes ambitions,
Faire devant ses fantaisies
Agenouiller les nations,

 » Ainsi qu’en une urne profonde,
Mêler races, langues, esprits,

Répandre Paris sur le monde,
Enfermer le monde en Paris !

 » Comme Cyrus dans Babylone,
Il voulait sous sa large main
Ne faire du monde qu’un trône
Et qu’un peuple du genre humain,

 » Et bâtir, malgré les huées,
Un tel empire sous son nom,
Que Jéhovah dans les nuées
Fût jaloux de Napoléon ! »

         VI

Enfin, mort triomphant, il vit sa délivrance,
Et l’océan rendit son cercueil à la France.
L’homme, depuis douze ans, sous le dôme doré
Reposait, par l’exil et par la mort sacré.
En paix ! — Quand on passait près du monument sombre,
On se le figurait, couronne au front, dans l’ombre,
Dans son manteau semé d’abeilles d’or, muet,
Couché sous cette voûte où rien ne remuait,
Lui, l’homme qui trouvait la terre trop étroite,
Le sceptre en sa main gauche et l’épée en sa droite,
À

 ses pieds son grand aigle ouvrant l’œil à demi,
Et l’on disait : C’est là qu’est César endormi !
Laissant dans la clarté marcher l’immense ville,
Il dormait ; il dormait confiant et tranquille.

         VII

Une nuit, — c’est toujours la nuit dans le tombeau, —
Il s’éveilla. Luisant comme un hideux flambeau,
D’étranges visions emplissaient sa paupière ;
Des rires éclataient sous son plafond de pierre ;
Livide, il se dressa ; la vision grandit ;
Ô terreur ! une voix qu’il reconnut, lui dit :

— Réveille-toi. Moscou, Waterloo, Sainte-Hélène,
L’exil, les rois geôliers, l’Angleterre hautaine
Sur ton lit accoudée à ton dernier moment,
Sire, cela n’est rien. Voici le châtiment :

La voix alors devint âpre, amère, stridente,
Comme le noir sarcasme et l’ironie ardente ;
C’était le rire amer mordant un demi-dieu.

— Sire ! on t’a retiré de ton Panthéon bleu !
Sire ! on t’a descendu de ta haute colonne !

Regarde. Des brigands, dont l’essaim tourbillonne,
D’affreux bohémiens, des vainqueurs de charnier
Te tiennent dans leurs mains et t’ont fait prisonnier.
À ton orteil d’airain leur patte infâme touche.
Ils t’ont pris. Tu mourus, comme un astre se couche,
Napoléon le Grand, empereur ; tu renais
Bonaparte, écuyer du cirque Beauharnais.
Te voilà dans leurs rangs, on t’a, l’on te harnache.
Ils t’appellent tout haut grand homme, entre eux, ganache.
Ils traînent, sur Paris qui les voit s’étaler,
Des sabres qu’au besoin ils sauraient avaler.
Aux passants attroupés devant leur habitacle,
Ils disent, entends-les : — Empire à grand spectacle !
Le pape est engagé dans la troupe ; c’est bien,
Nous avons mieux ; le czar en est mais ce n’est rien,
Le czar n’est qu’un sergent, le pape n’est qu’un bonze
Nous avons avec nous le bonhomme de bronze !
Nous sommes les neveux du grand Napoléon ! —
Et Fould, Magnan, Rouher, Parieu caméléon,
Font rage. Ils vont montrant un sénat d’automates.
Ils ont pris de la paille au fond des casemates
Pour empailler ton aigle, ô vainqueur d’Iéna !
Il est là, mort, gisant, lui qui si haut plana,
Et du champ de bataille il tombe au champ de foire.
Sire, de ton vieux trône ils recousent la moire.
Ayant dévalisé la France au coin d’un bois,
Ils ont à leurs haillons du sang, comme tu vois,
Et dans son bénitier Sibour lave leur linge.
Toi, lion, tu les suis ; leur maître, c’est le singe.
Ton nom leur sert de lit, Napoléon premier.

On voit sur Austerlitz un peu de leur fumier.
Ta gloire est un gros vin dont leur honte se grise.
Cartouche essaie et met ta redingote grise
On quête des liards dans le petit chapeau
Pour tapis sur la table ils ont mis ton drapeau.
À cette table immonde où le grec devient riche,
Avec le paysan on boit, on joue, on triche ;
Tu te mêles, compère, à ce tripot hardi,
Et ta main qui tenait l’étendard de Lodi,
Cette main qui portait la foudre, ô Bonaparte,
Aide à piper les dés et fait sauter la carte.
Ils te forcent à boire avec eux, et Carlier
Pousse amicalement d’un coude familier
Votre majesté, sire, et Piétri dans son antre
Vous tutoie, et Maupas vous tape sur le ventre.
Faussaires, meurtriers, escrocs, forbans, voleurs,
Ils savent qu’ils auront, comme toi, des malheurs
Leur soif en attendant vide la coupe pleine
À ta santé ; Poissy trinque avec Sainte-Hélène.
Regarde ! bals, sabbats, fêtes matin et soir.
La foule au bruit qu’ils font se culbute pour voir ;
Debout sur le tréteau qu’assiège une cohue
Qui rit, bâille, applaudit, tempête, siffle, hue,
Entouré de pasquins agitant leur grelot,
— Commencer par Homère et finir par Callot !
Épopée ! épopée ! oh ! quel dernier chapitre ! —
Entre Troplong paillasse et Chaix-d’Est-Ange pitre,
Devant cette baraque, abject et vil bazar
Où Mandrin mal lavé se déguise en César,
Riant, l’affreux bandit, dans sa moustache épaisse,

Toi, spectre impérial, tu bats la grosse caisse ! —

L’horrible vision s’éteignit. L’empereur,
Désespéré, poussa dans l’ombre un cri d’horreur,
Baissant les yeux, dressant ses mains épouvantées.
Les Victoires de marbre à la porte sculptées,
Fantômes blancs debout hors du sépulcre obscur,
Se faisaient du doigt signe, et, s’appuyant au mur,
Écoutaient le titan pleurer dans les ténèbres.
Et lui, cria : « Démon aux visions funèbres,
Toi qui me suis partout, que jamais je ne vois,
Qui donc es-tu ? — Je suis ton crime », dit la voix.
La tombe alors s’emplit d’une lumière étrange
Semblable à la clarté de Dieu quand il se venge
Pareils aux mots que vit resplendir Balthazar,
Deux mots dans l’ombre écrits flamboyaient sur César ;
Bonaparte, tremblant comme un enfant sans mère,
Leva sa face pâle et lut : — DIX-HUIT BRUMAIRE !

25-30 novembre 1853 (Les Châtiments). Jersey.

Des aigles et des hommes, sur les traces de la Grande Armée

Exposition à voir de toute urgence puisqu'elle se termine demain...






La grande armée: naissance et baptême du feu

Après le coup d'Etat du 18 brumaire (9 novembre 1799), Bonaparte hérite de l'armée révolutionnaire.
Le Premier Consul assoit sa prise de pouvoir ave la victoire de Marengo qui clôt la seconde campagne d'Italie. La paix s'installe pour un court moment mais, dès 1803, Bonaparte envisage d'envahir l'Angleterre.
Le camp de Boulogne, organisé dans ce but, sera le creuset d'une armée appelée à remporter dès sa première campagne des succès éclatants.

Source: Service Historique de la Défense





Aigle du 10e régiment d'infanterie de ligne

L'aigle est choisi comme emblème impérial par Napoléon Ier à la suite de la séance du Conseil d'Etat tenue le 12 juin 1804. Sa forme officielle est alors dessinée par le peintre Jean-Baptiste Isabey, au naturel et les ailes éployées.
L'Empereur décide, à l'image des légions romaines, de le faire figurer à l'extrêmité de la hampe des drapeaux, reportant ainsi du tablier à la pique le caractère sacré de l'emblème.
Il en a défini l'apparence dans une lettre adressée au maréchal Berthier depuis son quartier général de Pont-de-Briques au camp de Boulogne, où il effectue une première distribution le 5 décembre 1804.
L'aigle présenté ici est le premier modèle, appelé 1804, créé par le sculpteur Antoine-Camus et fondu par Pierre-Philippe Lhomaine.
Un deuxième modèle, version simplifiée du précédent diffusée en plus petit nombre, est produit en 1811, puis un troisième, dans l'urgence en 1815. L'aigle du 10e régiment d'infanterie de ligne fut prise par les Prussines au Dépôt central de l'artillerie de Saint-Thomas-d'Aquin, à Paris, en 1875, négligeant la valeur symbolique accordée à ces objets. Conservée à Berlin, elle ne sera restituée à la France qu'après la Seconde Guerre Mondiale.

Source: Service Historique de la Défense




Campagne de 1805
L'onction de la Victoire

En août 1805, menacé sur le Rhin par une nouvelle coalition, Napoléon ordonne une volte-face du dispositif conçu contre l'Angleterre, avec l'objectif de prendre de vitesse les armées austro-russes.
Sont alors formés sept corps d'armée (les "sept torrents"), Bernadotte venant du camp d'Utrecht, prend la tête du 1er corps d'armée.
Le camp de droite sous les ordres de Davout devient le 3eme corps d'armée, le camp du centre sous le commandement de Soult prend le nom de 4eme corps, le camp de gauche sous les ordres de Ney le 6eme, le corps d'avant garde sous les ordres de Lannes devient le 5eme corps, le 1er corps détaché sous les ordres de Marmont devient le 2eme corps et le 2eme corps détaché sous les ordres d'Augereau le 7eme corps. Le 29 août, cette masse prend officiellement le nom de Grande Armée et s'ébranle sous le commandement de l'Empereur en direction des frontières de l'est. Trois mois plus tard, après la capitulation des Autrichiens du général Mack à Ulm et l'entrée dans Vienne, la victoire d'Austerlitz vient couronner une campagne magistrale, admirablement mise en scène par la propagande impériale: dès 1805, la légende de la Grande Armée est en marche.


Source: Service Historique de la Défense






Formée en août 1805, la première Grande Armée cesse officiellement d'exister en octobre 1808. L'Empereur commande ainsi une "armée d'Espagne" puis une "armée d'Allemagne" en 1808-1809. Reconstituée en 1811 en préparation de la campagne de Russie, la Grande Armée ne survivra pas au régime qu'elle a incarné en France et en Europe.

Source: Service Historique de la Défense




















Les hommes et la vie militaire

Malgré le clinquant des uniformes et l'éclat des victoires, le quotidien du soldat même la routine de la vie des camps, les privations et les épreuves des marches. Coupé de la société civile, le conscrit doit s'intégrer à un univers dont il lui faut suivre les règles et les usages.
La Grande Armée est une machine militaire dévoreuse d'hommes, qu'il faut sans cesse alimenter en recrues et maintenir en état de combattre.


Recrutement et carrière

L'Empire hérite des soldats de la Révolution.
Anciens volontaires et requis côtoient désormais les nouveaux conscrits apparus avec la loi Jourdan-Delbrel
votée en 1798. Un tirage au sort désigne les hommes qui rejoindront l'armée, les plus fortunés pouvant payer des remplaçants. La conscription est acceptée par une majorité de la population,
au moins jusqu'en 1812, avant que les levées ne se multiplient à un rythme accéléré en 1813-1814, accréditant l'image de l'ogre impérial.
La gendarmerie est chargée de réprimer réfractaires et déserteurs. Les soldats et officiers de la Grande Armée peuvent cependant espérer connaître une carrière accélérée, du fait de la disparition du monopole nobiliaire sur les principaux grades, de l'état de guerre permanent et de l'importance des pertes. L'Ecole spéciale impériale militaire, déplacée de Fontainebleau à Saint-Cyr en 1808, ne suffit pas à répondre à des besoins croissants. Si l'armée impériale n'entraîne pas un grand mouvement de promotion sociale, elle génère cependant un rajeunissement des cadres et offre à des hommes issus du rang des promotions inimaginables sous l'Ancien Régime.


Source: Service Historique de la Défense









Proclamation aux habitants de la ville de Vienne, 22 mai 1809




















Voir sur le site du Ministère de la Défense:
http://www.defense.gouv.fr/actualites/articles/sur-les-traces-de-la-grande-armee

Voir également le poème de Victor Hugo, L'Expiation extrait des Châtiments.