mercredi 27 février 2013

Louis XIV et le Grand Siècle de Gonzague Saint Bris

Louis XIV et le Grand Siècle est un ouvrage de Gonzague Saint Bris publié aux éditions Télémaque en octobre 2012. Ce document s'inscrit comme le troisième volet de sa trilogie royale après François Ier et la Renaissance et Henri IV et la France réconciliée.



Il est tout d'abord étonnant de découvrir le dénuement et l'isolement dans lesquels le petit Louis Dieudonné a grandi. Gonzague Saint Bris nous explique, pour l'anecdote, que le futur Roi Soleil s'est noyé dans les fontaines du Palais-Royal et que sa survie n'est due qu'au passage fortuit d'un domestique à cet instant dramatique.

Ce sont ensuite les différents volets du règne de Louis XIV qui sont repris au fil des chapitres. Dans ce mode de construction, l'auteur se révèle peut-être trop académique.

Si le Roi Soleil a marqué l'Histoire de France, l'auteur souligne à quel point l'entourage du monarque a favorisé un règne d'exception:
« Cette faculté pluridisciplinaire portée au sommet de l'Etat a fait beaucoup pour la perennité de la gloire du grand roi. le film de Sacha Guitry Si Versailles m'était conté, tourné durant l'été de 1953, l'a fixée dans l'éternité des images lors de cette scène inoubliable où la marquise de Sévigné, jouée par Jeanne Boitel, venue à Versailles, lance à la cantonnade:
« Messieurs, quand je vous vois, lorsque je nous regarde, Mansart, Turenne, Colbert, Racine, Boileau lui-même, et Vauban, et Louvois, et Monsieur de Meaux [Bossuet] que l'on entend, et La Fontaine qu'on relit, et vous, Molière, qu'on adore, et même aussi votre servante, je m'émeus en pensant que nous vivons à la même heure, et j'ai l'impression, ne nous ayant encore jamais vus tous ensemble, oui, j'ai l'impression que c'est nous, Louis XIV» »
Ce règne marque encore de nos jours l'économie et la culture françaises:
« Comme allait le dire plaisamment Sacha Guitry, Versailles a certes coûté cher, mais, ainsi, Louis XIV a mis "notre argent de côté", puisqu'aujourd'hui il en génère beaucoup. Et quand à l'image de la France dans le monde, elle n'a pas de prix: depuis plus de trois siècles, le château de la magicienne Armide demeure la vitrine de la France et celle de son fondateur. Le château du Roi est bien le livre d'images de son oeuvre politique, militaire et culturelle. »

L'image de Louis XIV est associée à Versailles et Gonzague Saint Bris ne mentionne qu'un bref passage du Roi à Paris lors de son mariage...
« La cérémonie achevée, et le mariage prestement consommé, il ne reste plus qu'à effectuer le chemin en sens inverse pour remonter sur Paris, à petites étapes, dans cette ambiance de fête et de jeunesse si caractéristique du début d'un règne. S'il finira figé et compassé, il commence, de l'avis général, comme un enchantement. Dans chaque ville traversée, en effet, ce ne sont qu'applaudissements, y compris à Paris où, le 26 août, le roi et la reine effectuent leur entrée solennelle. En leur honneur, la capitale pavoise de toutes parts, depuis la barrière du Trône (l'actuelle place de la Nation), par laquelle le couple entre dans la ville, jusqu'au Louvre, qu'il met quatre heures à gagner. Entre deux fêtes on offre à la Cour une pièce allégorique de Corneille, La Conquête de la Toison d'Or»

... et les causes du départ du Roi Soleil vers Versailles:
« Mais surtout, le roi souhaite depuis des années s'éloigner définitivement de ce Paris qu'il n'aime pas, où l'air est vicié, et dont il se méfie des habitants depuis son enfance, depuis cette Fronde dont il redoute toujours la résurgence. »

Si la principale faute du règne de Louis XIV a été la révocation de l'édit de Nantes en 1685, ses réalisations ont été nombreuses:
- organisation d'un gouvernement central et décentralisé (intendants de justice, de police, de finances)
- Réalisation du Canal du Midi pour permettre un passage fluvial de la Méditerranée à l'Atlantique
- Par le biais de compagnies maritimes de commerce, implantation de colonies françaises au Canada, en Louisiane et en Inde
- Développement de la flotte royale, qui est la première d'Europe à la disparition du Monarque
- Création de manufactures célèbres diffusant le savoir-faire français
- Réforme de la justice
- Éradication des cours des miracles et nomination du premier lieutenant de police de Paris
- Création des Invalides pour la prise en charge des soldats blessés dans de trop nombreux conflits.

Et pour l'anecdote:
« Comment la musique de Lully, composée pour saluer la réussite de l'opération [...] de Sa Majesté Louis XIV, copiée par Haendel, est-elle devenue l'hymne national anglais?... Le rétablissement de la santé royale inspire nombre de cérémonies. Pour célébrer la guérison de Louis XIV, Madame de Brinon, supérieure de l'Ecole des demoiselles de Saint-Cyr, écrivit le poème Grand Dieu sauve le Roi, que Jean-Baptiste Lully mit en musique. Le morceau n'eut pas l'heur de plaire à Sa Majesté, pourtant premier "fan" des oeuvres de son compositeur, dont c'est ici la dernière. C'est, en effet, en répétant le Te Deum prévu, que Lully dirige la canne à la main, puisqu'on ne se sert pas encore d'une baguette, qu'il se l'enfonce malencontreusement dans le pied, ce qui occasionne une gangrène si forte qu'on doit lui couper la jambe. Il ne supporte pas l'opération et en meurt quelques jours plus tard.
En 1714, Haendel, de passage à Versailles, fut émerveillé à l'écoute de ce motet. Il l'emporta en Angleterre sans en changer une seule note et s'en attribua la paternité. En l'honneur de George Ier, dont il était le compositeur officiel, il en traduisit le titre, qui devint God Save the King. C'est depuis l'hymne national des anglais... ! En 1740, la plume d'Henry Carey en fit le texte définitif, simple traduction de la version française:
Grand Dieu sauve le roi!
Longs jours à notre roi!
Vive le roi!
Qu'à jamais glorieux,
Louis victorieux
Voie ses ennemis 
Toujours soumis! »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire