samedi 4 mai 2013

Le boeuf sur le toit de Darius Milhaud

Le Bœuf sur le toit, op. 58 est une œuvre musicale de Darius Milhaud créée le 21 février 1920 à la Comédie des Champs-Élysées.


Extrait de la revue Littérature

« C'est au moment du Carnaval, dans le ruissellement de l'été tropical, que, chaque année, les nouvelles danses (tangos, maxixes, sambas, catérétés, etc.) surgissent, remplacent celles de l'année qui finit et s'installent partout : on les entend jouer par les musiques militaires, les orchestres des cinémas, les pianos des palais qu'habitent les Cariocas, les pianos mécaniques et les phonographes des maisons de Paysandù, le quatuor des mendiants aveugles, les guitares nocturnes des rues de nègres et la voix solitaire de ce noir qui a peinturluré sa figure de rouge et qui, ivre d'eau-de-vie-de-canne-à-sucre, danse avec un sorbet au coco à la main. Dans l'intérieur, des Caïpires, cochers lyriques, debout sur un char de feuillage, parcourent les routes en chantant indéfiniment le même air, changeant à chaque fois les paroles, ne gardant pour les composer que le temps du refrain que crient ses camarades en s'accompagnant d'instruments à percussion. Tous les soirs il y a une fête dans une rue ; les journaux l'indiquent : Lundi, rue Ypiranga ; mardi, rue Itapura ; mercredi, à l'Ile de Paqueta... Les “ Serviteurs de la Folie ” sont organisés par petits groupes avec une administration (un président, un trésorier, un secrétaire, plusieurs membres, tous Lords et Ladies) ; ils se retrouvent chaque nuit dans la rue désignée ; la fanfare d'une société de tir joue une danse (toujours la même) pendant que, de son côté, chaque groupe chante un air différent, danse en battant des mains, soutenu par une guitare et de la batterie, avec un grand sérieux, une grande tristesse, comme s'il s'agissait de l'accomplissement d'une obligation inévitable. Dans les clubs nègres les bals sont plus solennels encore. Les négresses doivent être habillées d'une seule couleur (lundi, robe bleue ; mardi, robe rose ; mercredi, robe verte). Il faut être nègre ou appartenir à la presse pour y être admis. Les nègres, pour la plupart des domestiques, se font annoncer en entrant dans le bal par le nom de leurs maîtres : on entend ainsi défiler les noms des grandes familles de l'aristocratie brésilienne et des membres du corps diplomatique !
 J'ai rencontré un soir Darius Milhaud dans une rue où il y avait un bal. Nous sommes partis ensemble et quand je l'ai quitté sous les palmes de son jardin ruisselantes de lune, il m'a dit : “ J'adore le Brésil. Et que cette musique est pleine de vie et de fantaisie. Il y a beaucoup à apprendre de ces rythmes mouvementés de ces mélodies que l'on recommence toute la nuit et dont la grandeur vient de la monotonie. J'écrirai peut-être un ballet sur le carnaval à Rio qui s'appellera “ Le boeuf sur le toit ”, du nom de cette samba que la musique jouait ce soir pendant que dansaient les négresses vêtues de bleu. ”
Jacaremirim »

Source: Revue Littérature n° 1 de mars 1919 dirigée par Louis Aragon, André Breton et Philippe Soupault
Jacaremirim est un pseudonyme utilisé par Darius Milhaud.

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