jeudi 18 décembre 2014

Les barbares attaquent: le livre


mardi 16 décembre 2014

L'étranger de Jacques Ferrandez d'après l'oeuvre d'Albert Camus


- Voilà, je voudrais vous parler d'un projet encore très vague. J'aimerais seulement avoir votre avis sur la question. J'ai l'intention d'installer un bureau à Paris pour traiter sur place directement avec les grandes compagnies... Je voulais savoir si vous seriez disposé à y aller... Cela vous permettrait de vivre à Paris et aussi, de voyager une partie de l'année. Vous êtes jeune, et il me semble que c'est une vie qui doit vous plaire...
- Oui mais dans le fond, ça m'est égal...
- Vous ne seriez pas intéressé par un changement de vie?
- On ne change jamais de vie. En tout cas, toutes se valent et la mienne ici ne me déplaît pas du tout...
- Meursault, il faut toujours que vous répondiez à côté!... Vous n'avez donc aucune ambition?

Nous serons comme des dieux de Eve de Castro

"Quant au système financier qu'avec sa caution M. Law mettait en place, il allait d'une manière certaine faire pleuvoir l'or comme grêle en mars. La banque de l’Écossais s'appuyait maintenant sur une compagnie commerciale, qu'on nommait la Compagnie de l'Occident et à laquelle le Régent avait fait attribuer la concession exclusive de la Louisiane, plus le commerce des castors au Canada.Cette compagnie, dont les bénéfices gagés sur des terres de cocagne ne pouvaient qu'allécher, commençait d'émettre des actions payables au moyen des billets d'Etat qui formaient l'essentiel de notre dette flottante. Une fois achetés, ces titres étaient librement négociables entre courtiers et particuliers. Le duc d'Orléans prévoyait que l'engouement du public pour des actions d'un type si nouveau ramènerait dans les caisses publiques les billets abusivement souscrits sur le trésor qu'on brulerait en échange de rentes perpétuelles."

"La Banque générale de M. law, convertie sur ordre de mon père en Banque royale et qui avait vers la fin 1718 ouvert des bureaux à Lyon, Orléans, Amiens, Tours et La Rochelle, offrit au public une nouvelle race de billets libellés non plus en écus de banque mais en "livres-papier", dont la valeur était garantie en dépit des variations affectant les pièces d'or et d'argent. Cette monnaie-papier permettait de régler commodément tout ce qui se payait d'ordinaire en louis et en écus, avec l'avantage que, lorsque le cours du louis d'or chutait de trente-six à trente-cinq livres celui du billet reste fixe."

"Je visitai ensuite les maisons religieuses d'où mon père sur le conseil de M. Law, tirait les fils et filles de France destinés à s'en aller peupler les colonies d'Amérique. Comme toujours, dans les commencements on avait envoyé là-bas les vagabonds et les filles publiques que les exempts de police ramassaient sur le pavé, plus les condamnés aux galères et les pensionnaires de la Salpêtrière et de l'Hôpital général. Après accouplement par tirage au sort, cette racaille se voyait mariée en l'église Saint-martin-des-Champs, puis escortée jusqu'à La Rochelle, où on l'encageait sur des navires spécialement affrétés. Sitôt débarquée en Louisiane, elle ouvrait commerce de crapule, renvoyait ses femmes sur le trottoir, s’assommait d'alcool et mourait de malaria ou d'insolation sans avoir seulement procréé."

"La Banque Royale a émis plus de deux milliards de monnaie-papier sur une encaisse métallique du quart​."

"Je n'ignorais rien pourtant de ce qui se passait à Paris. Les retraits massifs d'espèces à la Banque Royale et la panique des épargnants repoussés aux guichets. Le cours forcé que Law avait dû imposer pour ses billets et l'interdiction faite de rembourser en monnaie plus de cent francs."

"Devant l'entrée des jardins du palais Mazarin, au 4 de la rue Vivienne, la foule est déjà si nombreuse qu'on ne peut la compter. Huit mille, dix mille personnes, peut-être davantage. Il n'est que quatre heures du matin, le ciel de ce mercredi 17 juillet 1720 s'éclaire à peine et des gens continuent d'arriver. Deux employés de la Banque Royale agitant leurs trousseaux de clefs s'approchent des lourdes grilles.​ [...] Le désordre de la rue Vivienne fit huit morts, étouffés, piétinés, que la foule porta comme on brandit un drapeau sanglant jusque dans la cour du Palais-Royal."

lundi 1 décembre 2014

Fleurs de ruine de Patrick Modiano


"Le train s'arrêtait à la station de Reuilly, puis à celle du Bel-Air. Il quittait Paris par la porte Montempoivre. Il passait devant l'école Braille et faisait halte à la gare de Saint-Mandé, près du lac. Puis c'était Vincennes, et la gare de Nogent-sur-Marne, à la lisière du bois. De la gare de Nogent, il leur avait fallu remonter à pied toute la Grande-Rue jusqu'au Perreux. A moins que les deux hommes ne soient venus les chercher en voiture. J'ai plutôt l'impression qu'en sortant du Café de la Marine avec les deux inconnues ils ont descendu les escaliers de la station Raspail, à quelques mètres du café. Le métro est direct jusqu'à la gare de l'Est. Ils ont pris le train de la ligne de Mulhouse. Quand il quittait Paris en traversant le canal Saint-Denis, on voyait, de haut, les abattoirs de la Villette. Le train s'arrêtait à Pantin. Puis il longeait le canal de l'Ourcq. Noisy-le-Sec, Rosny-sous-Bois. On arrivait à la gare du Perreux. Ils sont descendus sur le quai et le train a continué sa route, par le viaduc qui traverse la Marne. Les deux femmes les ont entraînés, tout près, dans un restaurant-dancing du quai de l'Artois. Ils étaient six, maintenant, avec les deux autres inconnus.
Je me souviens du quai de l'Artois, qui commençait au pied du viaduc. Juste en face, l'île des Loups."

Titre: Fleurs de ruine
Auteur: Patrick Modiano
Editeur : Editions du Seuil
Date de parution: 1 janvier 1997
Collection : Points
ISBN: 9782020259149

dimanche 30 novembre 2014

Hymne de Lydie Salvayre

Hymne est un ouvrage de Lydie Salvayre paru au Seuil en août 2011.

Hymne est une biographie sans réel souci d'exactitude, une ovation à l'œuvre de Jimi Hendrix.
Les nombreux anaphores rythment l'ouvrage. Lydie Salvayre semble marteler son discours.
C'est l'ouvrage, sans nul doute, d'une femme passionnée.

"Sa guitare devint l'unique bien à quoi son cœur se voua.
Le centre de sa vie.
un centre qui lui était d'autant plus nécessaire que la vie de famille, depuis la séparation de ses parents, avait perdu le sien (centre), sa mère se mourant d'alcoolisme
il ne savait en quel mouroir et son frère Leon placé en famille d'accueil.
Sa guitare fut sa raison de vivre,
sa consolation,
son garde-fou,
le chien accroché à ses basques jusqu'à la fin des jours,
sa lady électrique,
son seul bonheur,
sa seule force,
sa passion,
qui ne souffrait nulle rivale,
et à laquelle il se donna sans mesure.
Sans mesure."

"L'Amérique avait injustement, scandaleusement, ignoré Hendrix. L'Europe, en quelques semaines, le consacra. Comment comprendre cette ignorance américaine dont Edgar Allan Poe, un siècle avant, eut à souffrir au point de se tuer d'alcool?
Ecoutons, à son sujet, Baudelaire (encore, encore).
L'Amérique, écrivit-il, ce pays où l'idée d'utilité, la plus hostile au monde à l'idée de beauté, primait et dominait toutes choses, l'Amérique ne fut pour Poe rien d'autre qu'une cage. Car dans cette société goulue, brutale et affamée de matérialité (ce furent les mots de Baudelaire), il y avait quelque chose de pourri: il y avait cette sacro-sainte et despotique opinion publique, c'est-à-dire l'opinion de l'Homme Moyen, c'est-à-dire l'opinion de la Majorité Morale, c'est-à-dire l'opinion du public moutonnier, laquelle (opinion) favorisait un extraordinaire bouillonnement de médiocrités, ne laissant nulle place à la singularité du génie.
Cette analyse de Baudelaire sur le rôle désastreux de l'opinion publique, qui sera plus tard reprise par Karl Kraus, puis par Walter Benjamin, cette analyse à laquelle manque, et pour cause, la prise en compte de l'unification de l'opinion par le Grand Marché Culturel et de la Médiocrité Mondialisée qui lui est conséquente, cette analyse est-elle encore pertinente pour expliquer l'incompréhension américaine dont Hendrix eut à pâtir dans les années 60?"

"Me voici revenue à Woodstock, ce fameux 18 août 1969, où Hendrix, en jouant The Star Spangled Banner, colla la chair de poule aux vingt mille personnes qui étaient restées pour l'écouter.
J'ai affirmé, plus haut, qu'il fallait se garder de réduire The Star Spangled Banner à la seule protestation contre la guerre, et que toute lecture simpliste, tout dogmatisme supposé serait une injure crachée à la gueule et à l'œuvre de Hendrix.
Mais on ne peut nier que la guerre au Vietnam inspira The Star Spangled Banner, comme la guerre d'Espagne inspira en son temps les romans de Bernanos, de Malraux ou d'Hemingway.
A l'instar de Prokofiev (à quel grand musicien ne l'aurai-je comparé?) qui composa la Septième Sonate en si bémol majeur opus 83 en 942, c'est-à-dire au paroxysme de la guerre, et qui exprima cette tragédie mieux que tous les discours du monde, Hendrix en composant The Star Spangled Banner en dit plus long sur la guerre [...] Hendrix libéra The Star Spangled Banner, et, le libérant, lui redonna le sens qu'il portait dès l'origine.
Car il est important de préciser que le texte d'origine dont le sens s'était perdu à force d'être ânonné, ce texte qui était devenu avec le temps une chose vide et qui sonnait comme une coquille creuse, ce texte fut écrit en 1814 par un certain Francis Scott Key, à seule fin de protester contre la guerre.
Avocat et poète, Francis Scott Key avait assisté en 1812 au bombardement de Fort MacHenry, à Baltimore, par les navires britanniques de la Royal Navy entrés dans la baie de Chesapeake.
Il avait écrit alors ce poème de colère, pour rendre hommage à la résistance héroïque des soldats qui avaient vaillamment défendu le fort et hissé à son sommet le drapeau américain en dépit de l'acharnement des ennemis à y planter le leur. Et ce texte, joué sur l'air de To Anacreon in Heaven, une chanson populaire anglaise, était devenu en 1931 l'hymne officiel des Etats-Unis.
Hendrix, disais-je, lui redonna son sens premier.
Il lui redonna sa mémoire,
lui redonna la vie,
le sang,
la rage.
Il lui insuffla la liberté,
le tisonna,
l'ensauvagea..."


samedi 15 novembre 2014

Le triangle d'hiver de Julia Deck

Le triangle d'hiver est un roman de Julia Deck paru en septembre 2014 aux Editions de Minuit.



Cet ouvrage nous raconte la vie d'une jeune femme hors normes socialement: paresseuse, profiteuse, parasite, menteuse, voleuse et psychologiquement instable.
Face aux difficultés, elle détache son esprit de la réalité.
Cette femme n'a pas d'identité et demande à être appelée par les noms des personnages des films d'Eric Rohmer.

Il m'a semblé difficile de saisir l'intérêt de ce livre. Notamment, la répétition du retour au travail apporte peu à l'ouvrage et le lecteur peut s'interroger sur le sens d'un scénario aussi compliqué en dernière partie.

Le lecteur notera deux passages au Pôle Emploi qui, avec bravoure, tente de mettre cette femme au travail.

L'ouvrage offre au lecteur un voyage dans trois grands ports français: Le Havre, Saint-Nazaire et Marseille mais aucun beau voyage malgré les bateaux de croisière que la jeune femme admire dans les villes parcourues.

La jeune femme est de passage deux fois à Paris. La capitale lui paraît stressante:
"La rame pénètre sous la verrière de Saint-Lazare peu après midi. Mademoiselle empoigne son bagage, traverse la salle des pas perdus à la suite des autres voyageurs et emprunte l'escalator qui les aspire vers les profondeurs de la gare. [...] Car ce n'est pas le tout de prendre la correspondance à Paris, encore faut-il se rendre de Saint-Lazare à Montparnasse. Les voyageurs agglutinés derrière elle se contorsionnent pour vérifier leur itinéraire sur le plan du réseau, émettent des Hum hum afin qu'elle leur cède la place. Je peux vous aider? s'agace une voix dans son dos."




Le triangle d'hiver est un ensemble de 3 étoiles visibles dans l'hémisphère nord surtout pendant l'hiver.

mercredi 12 novembre 2014

Histoires de France XVIIe siècle - Louis XIV et Nicolas Fouquet de Lorant Deutsch - Guérin - Ocana

page 43:
"Veillez à ce que le procès ne prenne pas une autre tournure que l'acte d'accusation initial. Soyez prudent quant à la capacité de Fouquet d'amener son auditoire à découvrir des révélations ubuesques qui pourraient les détourner de leur objectif premier."
Le terme ubuesque au XVIIe siècle était-il adéquat alors qu'il ne fut créé qu'au XXe siècle?

mardi 11 novembre 2014

Les attaques de la boulangerie de Haruki Murakami

-Nous avons terriblement faim, confiai-je au patron. Malheureusement, nous n'avons pas un sou.
[...]
-J'ai trouvé, déclara enfin le patron. Vous aimez Wagner?
[...]
-Eh bien, apprenez à l'aimer, et je vous donne du pain!
[...]
C'est ainsi que sur fond de mélodies wagnériennes, nous nous bourrâmes de pain.
Le patron nous lut la notice explicative de la cassette:
-"Tristan et Isolde est une oeuvre phare dans l'histoire de la musique. Ecrit en 1865, cet opéra constitue l'un des opus indispensables à la compréhension des dernières compositions du Maître."
[...]
-"Tristan, neveu du roi de Cornouailles, a été chargé de faire venir au pays la fiancée du souverain, la princesse Isolde. Sur le bateau du retour, ils tombent amoureux. Le merveilleux duo du hautbois et du violoncelle que l'on entend dans le prélude symbolise leur amour."

lundi 10 novembre 2014

La Petite Bijou de Patrick Modiano

La Petite Bijou de Patrick Modiano est un roman paru en 2001 aux éditions Gallimard.



Cet ouvrage présente les errances d'une jeune femme de 19 ans à travers Paris.
Dès l'incipit, Thérèse croit reconnaître sa mère dans une station de métro, une mère qu'elle croyait morte depuis une dizaine d'années et qui ne lui a témoigné aucun amour maternel.

Les thèmes de La petite bijou sont variés:
- l'influence de l'enfance sur l'équilibre psychologique
- la quête de l'identité: le lecteur n'est sûr de rien: qui est l'oncle? S'agit-il vraiment de la mère de Thérèse? Pourquoi sa mère a-t-elle changé d'identité? Qui est vraiment la famille pour qui travaille Thérèse?
- la recherche des origines familiales: décryptage en vain des non-dits et mensonges de l'entourage, "Qu'est-ce que vous recherchez exactement dans la vie?"
- la difficulté des relations familiales, notamment, entre une fille et sa mère (Il faut tuer la boche pour venger le chien)
- l'humanité et la tendresse des relations humaines: rencontres avec la pharmacienne, avec le traducteur Moreau-Badmaev
- la solitude de la plupart des personnages de l'ouvrage

Les lieux de Paris mentionnés dans l'ouvrage sont sombres et hostiles, souvent nocturnes ou en souterrain, à l'image de la détresse de Thérèse:
- la gare de Châtelet
- le métro Bérault et Vincennes
- la gare de Lyon et l'avenue Ledru-Rollin
- le bois de Boulogne
- la place Blanche et la rue Coustou

L'ouvrage se termine sur une note positive et chargée d'espoir en l'avenir.

Titre: la petite bijou
Auteur: Patrick Modiano
Date de parution:  25 avril 2001
Editeur: Gallimard
ISBN: 9782070762279

mercredi 5 novembre 2014

7 femmes de Lydie Salvayre

C'est à lui qu'elle dit plus tard, sa détestation de Paris la ville la plus terrifiante du monde et la plus improbable (comment imaginer que ce Paris-là est le même que celui de Djuna Barnes qui y séjourne au même moment?), Paris où elle arrive en novembre 1925...
Un canal putride, un ciel invisible à cause des cheminées, suie continue et vacarme de même...

mardi 28 octobre 2014

L'immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes de Karine Lambert

"- J'adore Al Pacino
- Rappelle-toi la scène du tango dans Scent of a woman, quand il danse avec cette inconnue dont il aime le parfum, s'emballe la Reine, qui se lève et glisse sur le parquet, une main sur la hanche, un bras tendu vers l'horizon, en tenant un partenaire invisible dans ses bras."

vendredi 26 septembre 2014

Chanson de la Seine de Jacques Prévert


Chanson de la Seine

La Seine a de la chance
Elle n'a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et elle sort de sa source
Tout doucement, sans bruit...
Sans sortir de son lit
Et sans se faire de mousse,
Elle s'en va vers la mer
En passant par Paris.
La Seine a de la chance
Elle n'a pas de souci
Et quand elle se promène
Tout au long de ses quais
Avec sa belle robe verte

Et ses lumières dorées
Notre-Dame jalouse,
Immobile et sévère
Du haut de toutes ses pierres
La regarde de travers
Mais la Seine s'en balance
Elle n'a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et s'en va vers le Havre
Et s'en va vers la mer
En passant comme un rêve
Au milieu des mystères
Des misères de Paris

Jacques Prévert

mardi 23 septembre 2014

Molière à la campagne d'Emmanuelle Delacomptée

JULIE – Madame, on en a marre de Molière et d'Harpageon !
MOI – Harpagon Julie, pas « Harpageon».
DOUGLAS –C'est toi l'goujon.
MOI –Tiens Julie, distribue ces feuilles s'il te plaît ; ce sont des dessins de personnages de la pièce. Pendant ce temps, je rends la  rédaction de ceux qui n'étaient  pas là hier. Tiens, Camille, c'est très bien d'avoir pensé à mettre une « fraise» aux personnages. (Charlotte montre des ^hotos d'elle sur son portable.)
KELLY - C'est quoi une fraise?
CHARLOTTE - C'est quand on a trop bu, on a l'nez comme une fraise. Je l'sais parc'que mon grand-père il en a une. (Rire perroquet)
MOI – Non, c'est un habit de l'époque, une collerette. Range ton portable, Charlotte, fissa ! Les autres, regardez le dessin sur la feuille pour voir si les personnages correspondent à ceux qu'on a étudiés dans la pièce...
DOUGLAS - Mais c'est quoi tous ces trucs qui pendent là, ces rubans et tout...? Y s'habillaient comme des bouffons!
MOI - Tu trouves qu'un sweat « M. Pokora » c'est mieux ?
CHARLOTTE - Mais pourquoi il a une perruque,"Harpageon"? Il a qu'à se faire une permanente!
 

lundi 22 septembre 2014

Charlotte de David Foenkinos

Charlotte est un ouvrage de David Foenkinos publié en septembre 2014 aux éditions Gallimard.

La délicatesse de l’écriture compense quelque peu la morbidité de cette histoire familiale dans un contexte historique des plus difficiles.
Cette sensation de délicatesse est renforcée par la structure du texte qui se dessine comme un poème.
Les retours à la ligne pour chaque phrase saccadent et allègent le rythme de la lecture.

La narration de l’auteur nous livre par petites touches le fruit d'une enquête minutieuse en Europe et aux États-Unis sur les traces d’une artiste peintre, depuis la toute première rencontre avec l’œuvre de la jeune femme :

« Et puis, j’ai découvert l’œuvre de Charlotte.
Par le plus grand des hasards.
Je ne savais pas ce que j’allais voir.
Je devais déjeuner avec une amie qui travaillait dans un musée
Elle m’a dit : tu devrais aller voir l’exposition.
C’est tout ce qu’elle a dit.
Peut-être a-t-elle ajouté : ça devrait te plaire.
Mais je ne suis pas sûr.
Rien de prémédité.
Elle m’a guidé vers la salle.
Et ce fut immédiat.
Le sentiment d’avoir enfin trouvé ce que je cherchais.
Le dénouement inattendu de mes attirances.
Mes errances m’avaient conduit au bon endroit.
Je le sus dès l’instant où je découvris Vie ? ou Théâtre ?
Tout ce que j’aimais.
Tout ce qui me troublais depuis des années.
Warburg et la peinture.
Les écrivains allemands.
La musique et la fantaisie.
Le désespoir et la folie.
Tout était là.
Dans un éclat de couleurs vives.
 
La connivence immédiate avec quelqu’un.
La sensation étrange d’être déjà venu dans un lieu.
J’avais tout cela avec l’œuvre de Charlotte.
Je connaissais ce que je découvrais. »

Charlotte Salomon est née à Berlin en 1917. En novembre 1938, après la Nuit de Cristal, Charlotte part vivre sur la Côte d’Azur. Elle réalise de 1940 à 1942 « Vie ? ou Théâtre ? », une trilogie avec des gouaches, des textes et des partitions musicales. Elle est gazée à Auschwitz à l’âge de 26 ans.

La lecture de l’ouvrage met mal à l’aise, tant par les souffrances familiales qu’endure Charlotte Salomon que par la fin de cette vie que l’on devine au fil des pages :
« Le pays entre en guerre, et c’est peut-être mieux.
Le chaos est le juste décor à leur douleur. »

Vie? ou Théâtre?
1940-1942
Charlotte Salomon
Musée juif d'Amsterdam

Titre: Charlotte
Auteur: David Foenkinos
Parution: septembre 2014
Editions: Gallimard
ISBN: 9782070145683

jeudi 18 septembre 2014

Le Casanova de Fellini

Le Casanova de Fellini (Il Casanova di Federico Fellini) est un film italien de Federico Fellini sorti en salles en 1976 et proposant une certaine vision de la vie de Giacomo Casanova.



Il Casanova présente quelques moments choisis de la vie de Casanova, au cours de ses voyages à travers l’Europe.

Si les visages sont repoussants de pâleur (y compris celui de Donald Sutherland), les comportements présentés sont tout aussi abjectes : le spectateur notera notamment le viol en public d’une jeune fille sous le prétexte inacceptable d’un défi entre convives.
L’esprit de débauche qui règne dans les diverses séquences, met mal à l’aise.
Même l’oiseau mécanique, qui accompagne Casanova, et dont je saisis mal le sens est repoussant. 

Casanova est présenté comme un homme sans attaches (hormis la scène de Dresde dans laquelle il revoit sa mère), réduit à mendier des missions et faveurs aux inconnus qu’il rencontre dans les auberges.

Le film présente peu de références historiques, il se veut une adaptation et non le reflet historique de la vie de l’homme de lettres.

Casanova aimait-il les belles femmes ou bien toutes celles présentées dans le film : bossue, prostituée, poupée de bois, …

La fin de la vie de Casanova semble faite de solitude et de déchéance, logique pour un homme prétentieux et égoïste.

Ce film me laisse une étrange impression de saleté, à laquelle s’ajoute opportunément une musique oppressante voire insupportable.

Peut-être faut-il voir Il Casanova à de multiples reprises pour être conquis et en apprécier la matière ?

Une scène présente Casanova dans le cadre d’un dîner mondain à Paris. Il est entouré de philosophes et se voit contraint d’honorer, le soir même, une vieille marquise repoussante

Titre: Le Casanova de Fellini
Réalisation : Federico Fellini
Scénario : Federico Fellini, Bernardino Zapponi, d'après Histoire de ma vie de Giacomo Casanova
Décors : Federico Fellini, Danilo Donati
Costumes : Danilo Donati
Musique : Nino Rota
Dates de sortie : Italie : 7 décembre 1976 ; France : 2 mars 1977

mardi 16 septembre 2014

Suite à un accident grave de voyageur d'Eric Fottorino

Suite à un accident grave de voyageur est un ouvrage d'Eric Fottorino publié en février 2013 aux éditions Gallimard.



Dans ce petit ouvrage, Eric Fottorino nous livre ses réflexions et interroge le lecteur sur les suicides dans les transports en commun parisiens.
Si l'auteur essaie de comprendre les malheureux qui préfèrent mettre fin à leur vie, il analyse également les réactions des usagers des transports en commun.

L'écriture est fluide mais le style de l'auteur ne présente aucune particularité intéressante. En particulier, le recueil de posts, sur les blogs traitant de suicides dans les transports en commun, est assez pauvre tant dans l'effort d'analyse que dans l'écriture.

L'ouvrage a toutefois le mérite de mettre en exergue l'importance de la parole dans la dépression:
« Le trafic, juste le trafic. Des trains avaient eu du retard. La détresse de la victime était passée par pertes et profits de la vie quotidienne. Comme la souffrance de ses proches et des témoins, tous ceux qui auraient pu prononcer une parole, avant l'irréparable. La parole, je l'avais compris, n'avait aucune place dans cette histoire. »
« Sans parole, pas de conversation. Sans échange, pas de réflexion. Pas d'aide. Pas d'anticipation. Aucune chance de voir émerger une solution. »

Eric Fottorino s'interroge également sur la particularité de ce mode de suicide:
« Je cherche ce que ces désespérés ont voulu nous dire, à nous les vivants. Ils ne se retirent pas sur la pointe des pieds. Ils ouvrent un abîme et nous questionnent sans un mot. Leur détresse pourtant est un cri qui nous est adressé. Ils meurent devant témoins. Leur mise à mort est une mise en scène»

Et cette question que chacun s'est (peut-être) déjà posé:
« Si quelqu'un s'est jeté aujourd'hui, pourquoi pas moi demain? »




Titre: Suite à un accident grave de voyageur
Auteur: Eric Fottorino
Editeur : Gallimard
Date de parution: 28 février 2013
Collection : Blanche
ISBN: 9782070140640

lundi 15 septembre 2014

L'idiot du Palais de Bruno Deniel Laurent

Rien à dire, vraiment rien...

samedi 9 août 2014

Cité de la céramique - Sèvres



























Les innovations techniques au service d’une production de luxe
9e – 12e siècle

En 762, les califes abbassides fondent une nouvelle capitale : Bagdad. Le centre de l’Empire arabe se déplace en Irak et en Iran, où se concentrent désormais le pouvoir et les richesses. Un art céramique de prestige pourvoit les princes et les élites urbaines en objets de luxe.

L’influence de la porcelaine chinoise : un moteur à inventions
Les élites sont fascinées par la porcelaine chinoise. On admire sa dureté, sa translucidité, la pureté de ses lignes et sa blancheur parfois rehaussée de décors bleu foncé. Au 9e siècle, les potiers irakiens en recréent l’aspect grâce à la faïence : une glaçure colorée à l’étain, blanche, lisse et opaque, sur un corps argileux. La nouveauté réside dans cette glaçure stannifère, utilisée par la suite sur des pâtes siliceuses.
Entre le 10e et le 11e siècle apparaissent les premières pâtes siliceuses, composées d’au moins 80% de sable (réduit en poudre, ce qui nécessite une longue préparation). Elles permettent de créer des objets aux parois dures et fines. La pâte obtenue n’est pas assez malléable pour être tournée. Elle est façonnée au moule, ce qui offre une grande liberté de formes.

La céramique haft-rang : le défi de la polychromie
A la fin du 12e siècle, les potiers iraniens de Rey et de Kashan produisent une céramique décorée aux glaçures colorées. Cette céramique est appelée haft-rang, ce qui signifie en persan « sept couleurs ». Elle n’est produite que quelques décennies.
Le haft-rang résout le problème posé par la polychromie. Les glaçures colorées ne cuisent pas toutes à la même température. Les potiers iraniens procèdent donc à deux cuissons. Une première cuisson « de grand feu » (950°C environ) sert à cuire la pâte et les glaçures supportant les hautes températures. Les glaçures fragiles sont cuites par une seconde cuisson « de petit feu » (environ 750°C).

Le lustre métallique : le succès constant d’une innovation du 9e siècle
Le lustre métallique a sans doute été mis au point au 8e siècle en Égypte, par les verriers. Au 9e siècle, les potiers irakiens transposent la technique sur la céramique.
La recette du lustre est un secret d’atelier, mais on en connaît les grands principes : on applique sur une glaçure déjà cuite des oxydes de métaux, d’argent ou de cuivre. Pour qu’ils adhèrent bien, on en fait une pâte épaisse en les mélangeant à de l’argile fine. On fait cuire l’objet à petit feu en atmosphère réductrice, c’est-à-dire sans oxygène. Les oxydes redeviennent métaux et s’incrustent dans la glaçure amollie par la chaleur. Dès le 9e siècle, cette céramique aux reflets dorés fait l’admiration du monde méditerranéen dans lequel elle est largement exportée à partir du 10e siècle.














La Corée
Ier – 19e siècle

Péninsule située au Nord-Est de la Chine, la Corée s’est construite en lien ou en opposition à sa puissante voisine.
Entre le début de notre ère et le 7e siècle, la Corée est divisée en trois royaumes. Le Royaume de Silla, situé au Sud-Est, refuse l’influence chinoise qui domine les autres royaumes. S’y développent des poteries cuites à haute température, aux formes élaborées, au haut pied ajouré, qui avaient sans doute un usage rituel. En 668, Silla unifie la Corée. Les recherches des potiers s’orientent alors vers la mise au point de couvertes, obtenues naturellement par l’ajout de cendres.

« La couleur secrète des céladons de Koryo est première sous le ciel. »
Taiping Laoren, voyageur chinois (vers 1130)

Avec la dynastie Goryeo (918-1392), l’influence chinoise se manifeste à nouveau dans des pièces céladons que les potiers coréens vont porter à un niveau inégalé. Ces céladons se distinguent par une technique décorative unique : l’incrustation (sanggam). Les motifs sont incisés dans la pièce crue avant d’être remplis d’une terre blanche ou noire. La pièce est ensuite cuite une première fois, puis recouverte d’une couverte vert jade parfaitement translucide sous laquelle apparaissent les motifs. Les pièces remarquables sont produites au 12e siècle.
A la fin du 14e siècle, le roi T’aejo fonde la dynastie Joseon en s’appuyant sur une classe d’intellectuels lettrés, les yangban, qui administrent le pays, et notamment les fabriques de porcelaine placées sous le contrôle royal, comme à Gwangju. En accord avec les principes de sobriété et d’austérité du confucianisme, ils vont privilégier les formes simples et les porcelaines blanches ou au décor bleu.
Du 15e au 16e siècle, les yangban encouragent les potiers à faire revivre la tradition des céladons de l’époque précédente. Ces pièces ont des formes rustiques au décor incisé ou gratté, et sont appelées buncheong, contradiction d’une expression décrivant la technique des pièces. Les invasions japonaises de la fin du 16e siècle mettent fin à cette production. L’introduction des techniques coréennes au Japon influence les grès.






 

Apparition de la faïence en Europe
13e – 15e siècle
 
La faïence stannifère est connue en Europe du Sud par des importations provenant d’Égypte depuis le 10e siècle puis par les productions de la péninsule ibérique califale au 11e siècle. La transmission des procédés de fabrication s’est faite au 12e siècle avec la migration des potiers des pays islamiques occidentaux. La technique consiste à peindre le décor sur une glaçure blanche opacifiée à l’étain : l’émail stannifère. L’étain étant importé des mines d’Europe du Nord (Angleterre, Flandres ou Bavière), sa fabrication est très coûteuse et ne concerne qu’une petite partie de la production des ateliers.
Alors que le commerce maritime s’intensifie en méditerranée, les productions espagnoles, françaises et italiennes des 13e et 14e siècles ont en commun ces décors verts et bruns sur fond blanc peints avec des oxydes de cuivre et de manganèse. L’inspiration stylistique reste longtemps de tradition islamique avant de connaître des évolutions très différentes.
En Espagne, c’est dans la région de Valence, mais aussi en Aragon et en Catalogne, que se développe une production de qualité aux décors variés mêlant les motifs des traditions islamique et gothique, premiers exemples de l’art mudejar. Les ateliers de Paterna se spécialisent dans l’exportation de trois types de décors : la faïence verte et brune, la faïence à décor bleu et la faïence lustrée.
En Italie du Nord et du Centre, les céramiques de la région d’Orvieto sont recouvertes d’émail sur les parties recevant le décor vert et brun. Vaisselle de table, elle est assez bon marché pour être utilisée dans les tavernes et les réfectoires des maisons religieuses. L’état de conservation de ces pièces découvertes en contexte archéologique diffère de celui de objets de prestige destinés à être collectionnés.




La céramique en France
13e – 14e siècle

Au Moyen Age, la vaisselle de table est en bois et en métal (étain, cuivre, argent) dans les classes aisées. Seuls les ustensiles de cuisine servant au transport et à la préparation des aliments sont en terre cuite puis en grès, matériaux dont les qualités techniques permettent une meilleure conservation des denrées. Ces objets de terre participent des échanges qui, lors des grandes foires commerciales (Lyon, Châlon-sur-Saône, Francfort), contribuent à l’essor économique de l’Europe.

La terre cuite glaçurée à nouveau en Occident
A partir du 13e siècle, la production de la terre cuite glaçurée au plomb (dite aussi vernissée) apparaît en Europe du Nord. L’argile recouverte d’une glaçure au plomb est cuite dans un four à forte circulation d’air (cuisson oxydante). Cette technique permet d’obtenir une poterie à pâte claire, brillante et d’une riche polychromie, le plus souvent jaune et verte , parfois avec des rehauts rouges. Leurs formes, généralement simples, sont inspirées de modèles en métal. Les décors en relief de motifs géométriques ou anthropomorphes sont réalisés par des procédés variés, tels l’estampage, le pastillage, la gravure et les empreintes à la molette.

Archéologie de la vie quotidienne
La plupart des objets présentés ont été découverts au 19e siècle lors de fouilles archéologiques de dépotoirs près de riches demeures et d’établissements religieux parisiens. Ils constituent des témoignages précieux de la vie quotidienne du Moyen Age : les cruches, coupes, coupelles et tasses évoquent la circulation et la consommation de boissons dans les cuisines et sur les tables des demeures privées, des réfectoires, des monastères ou des tavernes. Les oules (petits pots destinés à brûler de l’encens sur du charbon de bois) ont été trouvées dans des tombes et renvoient à des pratiques funéraires et religieuses. Les carreaux de pavement décorés et la lampe rappellent l’importance du confort autant que de l’éclairage dans l’habitat médiéval.

La céramique médiévale est une production le plus souvent locale. Chaque ville ou région développe des formes ou des décors spécifiques qui, comme pour la céramique du Beauvaisis sont produites pour alimenter le marché parisien.
 





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