samedi 9 août 2014

Cité de la céramique - Sèvres



























Les innovations techniques au service d’une production de luxe
9e – 12e siècle

En 762, les califes abbassides fondent une nouvelle capitale : Bagdad. Le centre de l’Empire arabe se déplace en Irak et en Iran, où se concentrent désormais le pouvoir et les richesses. Un art céramique de prestige pourvoit les princes et les élites urbaines en objets de luxe.

L’influence de la porcelaine chinoise : un moteur à inventions
Les élites sont fascinées par la porcelaine chinoise. On admire sa dureté, sa translucidité, la pureté de ses lignes et sa blancheur parfois rehaussée de décors bleu foncé. Au 9e siècle, les potiers irakiens en recréent l’aspect grâce à la faïence : une glaçure colorée à l’étain, blanche, lisse et opaque, sur un corps argileux. La nouveauté réside dans cette glaçure stannifère, utilisée par la suite sur des pâtes siliceuses.
Entre le 10e et le 11e siècle apparaissent les premières pâtes siliceuses, composées d’au moins 80% de sable (réduit en poudre, ce qui nécessite une longue préparation). Elles permettent de créer des objets aux parois dures et fines. La pâte obtenue n’est pas assez malléable pour être tournée. Elle est façonnée au moule, ce qui offre une grande liberté de formes.

La céramique haft-rang : le défi de la polychromie
A la fin du 12e siècle, les potiers iraniens de Rey et de Kashan produisent une céramique décorée aux glaçures colorées. Cette céramique est appelée haft-rang, ce qui signifie en persan « sept couleurs ». Elle n’est produite que quelques décennies.
Le haft-rang résout le problème posé par la polychromie. Les glaçures colorées ne cuisent pas toutes à la même température. Les potiers iraniens procèdent donc à deux cuissons. Une première cuisson « de grand feu » (950°C environ) sert à cuire la pâte et les glaçures supportant les hautes températures. Les glaçures fragiles sont cuites par une seconde cuisson « de petit feu » (environ 750°C).

Le lustre métallique : le succès constant d’une innovation du 9e siècle
Le lustre métallique a sans doute été mis au point au 8e siècle en Égypte, par les verriers. Au 9e siècle, les potiers irakiens transposent la technique sur la céramique.
La recette du lustre est un secret d’atelier, mais on en connaît les grands principes : on applique sur une glaçure déjà cuite des oxydes de métaux, d’argent ou de cuivre. Pour qu’ils adhèrent bien, on en fait une pâte épaisse en les mélangeant à de l’argile fine. On fait cuire l’objet à petit feu en atmosphère réductrice, c’est-à-dire sans oxygène. Les oxydes redeviennent métaux et s’incrustent dans la glaçure amollie par la chaleur. Dès le 9e siècle, cette céramique aux reflets dorés fait l’admiration du monde méditerranéen dans lequel elle est largement exportée à partir du 10e siècle.














La Corée
Ier – 19e siècle

Péninsule située au Nord-Est de la Chine, la Corée s’est construite en lien ou en opposition à sa puissante voisine.
Entre le début de notre ère et le 7e siècle, la Corée est divisée en trois royaumes. Le Royaume de Silla, situé au Sud-Est, refuse l’influence chinoise qui domine les autres royaumes. S’y développent des poteries cuites à haute température, aux formes élaborées, au haut pied ajouré, qui avaient sans doute un usage rituel. En 668, Silla unifie la Corée. Les recherches des potiers s’orientent alors vers la mise au point de couvertes, obtenues naturellement par l’ajout de cendres.

« La couleur secrète des céladons de Koryo est première sous le ciel. »
Taiping Laoren, voyageur chinois (vers 1130)

Avec la dynastie Goryeo (918-1392), l’influence chinoise se manifeste à nouveau dans des pièces céladons que les potiers coréens vont porter à un niveau inégalé. Ces céladons se distinguent par une technique décorative unique : l’incrustation (sanggam). Les motifs sont incisés dans la pièce crue avant d’être remplis d’une terre blanche ou noire. La pièce est ensuite cuite une première fois, puis recouverte d’une couverte vert jade parfaitement translucide sous laquelle apparaissent les motifs. Les pièces remarquables sont produites au 12e siècle.
A la fin du 14e siècle, le roi T’aejo fonde la dynastie Joseon en s’appuyant sur une classe d’intellectuels lettrés, les yangban, qui administrent le pays, et notamment les fabriques de porcelaine placées sous le contrôle royal, comme à Gwangju. En accord avec les principes de sobriété et d’austérité du confucianisme, ils vont privilégier les formes simples et les porcelaines blanches ou au décor bleu.
Du 15e au 16e siècle, les yangban encouragent les potiers à faire revivre la tradition des céladons de l’époque précédente. Ces pièces ont des formes rustiques au décor incisé ou gratté, et sont appelées buncheong, contradiction d’une expression décrivant la technique des pièces. Les invasions japonaises de la fin du 16e siècle mettent fin à cette production. L’introduction des techniques coréennes au Japon influence les grès.






 

Apparition de la faïence en Europe
13e – 15e siècle
 
La faïence stannifère est connue en Europe du Sud par des importations provenant d’Égypte depuis le 10e siècle puis par les productions de la péninsule ibérique califale au 11e siècle. La transmission des procédés de fabrication s’est faite au 12e siècle avec la migration des potiers des pays islamiques occidentaux. La technique consiste à peindre le décor sur une glaçure blanche opacifiée à l’étain : l’émail stannifère. L’étain étant importé des mines d’Europe du Nord (Angleterre, Flandres ou Bavière), sa fabrication est très coûteuse et ne concerne qu’une petite partie de la production des ateliers.
Alors que le commerce maritime s’intensifie en méditerranée, les productions espagnoles, françaises et italiennes des 13e et 14e siècles ont en commun ces décors verts et bruns sur fond blanc peints avec des oxydes de cuivre et de manganèse. L’inspiration stylistique reste longtemps de tradition islamique avant de connaître des évolutions très différentes.
En Espagne, c’est dans la région de Valence, mais aussi en Aragon et en Catalogne, que se développe une production de qualité aux décors variés mêlant les motifs des traditions islamique et gothique, premiers exemples de l’art mudejar. Les ateliers de Paterna se spécialisent dans l’exportation de trois types de décors : la faïence verte et brune, la faïence à décor bleu et la faïence lustrée.
En Italie du Nord et du Centre, les céramiques de la région d’Orvieto sont recouvertes d’émail sur les parties recevant le décor vert et brun. Vaisselle de table, elle est assez bon marché pour être utilisée dans les tavernes et les réfectoires des maisons religieuses. L’état de conservation de ces pièces découvertes en contexte archéologique diffère de celui de objets de prestige destinés à être collectionnés.




La céramique en France
13e – 14e siècle

Au Moyen Age, la vaisselle de table est en bois et en métal (étain, cuivre, argent) dans les classes aisées. Seuls les ustensiles de cuisine servant au transport et à la préparation des aliments sont en terre cuite puis en grès, matériaux dont les qualités techniques permettent une meilleure conservation des denrées. Ces objets de terre participent des échanges qui, lors des grandes foires commerciales (Lyon, Châlon-sur-Saône, Francfort), contribuent à l’essor économique de l’Europe.

La terre cuite glaçurée à nouveau en Occident
A partir du 13e siècle, la production de la terre cuite glaçurée au plomb (dite aussi vernissée) apparaît en Europe du Nord. L’argile recouverte d’une glaçure au plomb est cuite dans un four à forte circulation d’air (cuisson oxydante). Cette technique permet d’obtenir une poterie à pâte claire, brillante et d’une riche polychromie, le plus souvent jaune et verte , parfois avec des rehauts rouges. Leurs formes, généralement simples, sont inspirées de modèles en métal. Les décors en relief de motifs géométriques ou anthropomorphes sont réalisés par des procédés variés, tels l’estampage, le pastillage, la gravure et les empreintes à la molette.

Archéologie de la vie quotidienne
La plupart des objets présentés ont été découverts au 19e siècle lors de fouilles archéologiques de dépotoirs près de riches demeures et d’établissements religieux parisiens. Ils constituent des témoignages précieux de la vie quotidienne du Moyen Age : les cruches, coupes, coupelles et tasses évoquent la circulation et la consommation de boissons dans les cuisines et sur les tables des demeures privées, des réfectoires, des monastères ou des tavernes. Les oules (petits pots destinés à brûler de l’encens sur du charbon de bois) ont été trouvées dans des tombes et renvoient à des pratiques funéraires et religieuses. Les carreaux de pavement décorés et la lampe rappellent l’importance du confort autant que de l’éclairage dans l’habitat médiéval.

La céramique médiévale est une production le plus souvent locale. Chaque ville ou région développe des formes ou des décors spécifiques qui, comme pour la céramique du Beauvaisis sont produites pour alimenter le marché parisien.
 





www.sevresciteceramique.fr
2 place de la Manufacture
92310 Sèvres
tél: 00 33 1 46 29 22 00