vendredi 26 septembre 2014

Chanson de la Seine de Jacques Prévert


Chanson de la Seine

La Seine a de la chance
Elle n'a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et elle sort de sa source
Tout doucement, sans bruit...
Sans sortir de son lit
Et sans se faire de mousse,
Elle s'en va vers la mer
En passant par Paris.
La Seine a de la chance
Elle n'a pas de souci
Et quand elle se promène
Tout au long de ses quais
Avec sa belle robe verte

Et ses lumières dorées
Notre-Dame jalouse,
Immobile et sévère
Du haut de toutes ses pierres
La regarde de travers
Mais la Seine s'en balance
Elle n'a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et s'en va vers le Havre
Et s'en va vers la mer
En passant comme un rêve
Au milieu des mystères
Des misères de Paris

Jacques Prévert

mardi 23 septembre 2014

Molière à la campagne d'Emmanuelle Delacomptée

JULIE – Madame, on en a marre de Molière et d'Harpageon !
MOI – Harpagon Julie, pas « Harpageon».
DOUGLAS –C'est toi l'goujon.
MOI –Tiens Julie, distribue ces feuilles s'il te plaît ; ce sont des dessins de personnages de la pièce. Pendant ce temps, je rends la  rédaction de ceux qui n'étaient  pas là hier. Tiens, Camille, c'est très bien d'avoir pensé à mettre une « fraise» aux personnages. (Charlotte montre des ^hotos d'elle sur son portable.)
KELLY - C'est quoi une fraise?
CHARLOTTE - C'est quand on a trop bu, on a l'nez comme une fraise. Je l'sais parc'que mon grand-père il en a une. (Rire perroquet)
MOI – Non, c'est un habit de l'époque, une collerette. Range ton portable, Charlotte, fissa ! Les autres, regardez le dessin sur la feuille pour voir si les personnages correspondent à ceux qu'on a étudiés dans la pièce...
DOUGLAS - Mais c'est quoi tous ces trucs qui pendent là, ces rubans et tout...? Y s'habillaient comme des bouffons!
MOI - Tu trouves qu'un sweat « M. Pokora » c'est mieux ?
CHARLOTTE - Mais pourquoi il a une perruque,"Harpageon"? Il a qu'à se faire une permanente!
 

lundi 22 septembre 2014

Charlotte de David Foenkinos

Charlotte est un ouvrage de David Foenkinos publié en septembre 2014 aux éditions Gallimard.

La délicatesse de l’écriture compense quelque peu la morbidité de cette histoire familiale dans un contexte historique des plus difficiles.
Cette sensation de délicatesse est renforcée par la structure du texte qui se dessine comme un poème.
Les retours à la ligne pour chaque phrase saccadent et allègent le rythme de la lecture.

La narration de l’auteur nous livre par petites touches le fruit d'une enquête minutieuse en Europe et aux États-Unis sur les traces d’une artiste peintre, depuis la toute première rencontre avec l’œuvre de la jeune femme :

« Et puis, j’ai découvert l’œuvre de Charlotte.
Par le plus grand des hasards.
Je ne savais pas ce que j’allais voir.
Je devais déjeuner avec une amie qui travaillait dans un musée
Elle m’a dit : tu devrais aller voir l’exposition.
C’est tout ce qu’elle a dit.
Peut-être a-t-elle ajouté : ça devrait te plaire.
Mais je ne suis pas sûr.
Rien de prémédité.
Elle m’a guidé vers la salle.
Et ce fut immédiat.
Le sentiment d’avoir enfin trouvé ce que je cherchais.
Le dénouement inattendu de mes attirances.
Mes errances m’avaient conduit au bon endroit.
Je le sus dès l’instant où je découvris Vie ? ou Théâtre ?
Tout ce que j’aimais.
Tout ce qui me troublais depuis des années.
Warburg et la peinture.
Les écrivains allemands.
La musique et la fantaisie.
Le désespoir et la folie.
Tout était là.
Dans un éclat de couleurs vives.
 
La connivence immédiate avec quelqu’un.
La sensation étrange d’être déjà venu dans un lieu.
J’avais tout cela avec l’œuvre de Charlotte.
Je connaissais ce que je découvrais. »

Charlotte Salomon est née à Berlin en 1917. En novembre 1938, après la Nuit de Cristal, Charlotte part vivre sur la Côte d’Azur. Elle réalise de 1940 à 1942 « Vie ? ou Théâtre ? », une trilogie avec des gouaches, des textes et des partitions musicales. Elle est gazée à Auschwitz à l’âge de 26 ans.

La lecture de l’ouvrage met mal à l’aise, tant par les souffrances familiales qu’endure Charlotte Salomon que par la fin de cette vie que l’on devine au fil des pages :
« Le pays entre en guerre, et c’est peut-être mieux.
Le chaos est le juste décor à leur douleur. »

Vie? ou Théâtre?
1940-1942
Charlotte Salomon
Musée juif d'Amsterdam

Titre: Charlotte
Auteur: David Foenkinos
Parution: septembre 2014
Editions: Gallimard
ISBN: 9782070145683

jeudi 18 septembre 2014

Le Casanova de Fellini

Le Casanova de Fellini (Il Casanova di Federico Fellini) est un film italien de Federico Fellini sorti en salles en 1976 et proposant une certaine vision de la vie de Giacomo Casanova.



Il Casanova présente quelques moments choisis de la vie de Casanova, au cours de ses voyages à travers l’Europe.

Si les visages sont repoussants de pâleur (y compris celui de Donald Sutherland), les comportements présentés sont tout aussi abjectes : le spectateur notera notamment le viol en public d’une jeune fille sous le prétexte inacceptable d’un défi entre convives.
L’esprit de débauche qui règne dans les diverses séquences, met mal à l’aise.
Même l’oiseau mécanique, qui accompagne Casanova, et dont je saisis mal le sens est repoussant. 

Casanova est présenté comme un homme sans attaches (hormis la scène de Dresde dans laquelle il revoit sa mère), réduit à mendier des missions et faveurs aux inconnus qu’il rencontre dans les auberges.

Le film présente peu de références historiques, il se veut une adaptation et non le reflet historique de la vie de l’homme de lettres.

Casanova aimait-il les belles femmes ou bien toutes celles présentées dans le film : bossue, prostituée, poupée de bois, …

La fin de la vie de Casanova semble faite de solitude et de déchéance, logique pour un homme prétentieux et égoïste.

Ce film me laisse une étrange impression de saleté, à laquelle s’ajoute opportunément une musique oppressante voire insupportable.

Peut-être faut-il voir Il Casanova à de multiples reprises pour être conquis et en apprécier la matière ?

Une scène présente Casanova dans le cadre d’un dîner mondain à Paris. Il est entouré de philosophes et se voit contraint d’honorer, le soir même, une vieille marquise repoussante

Titre: Le Casanova de Fellini
Réalisation : Federico Fellini
Scénario : Federico Fellini, Bernardino Zapponi, d'après Histoire de ma vie de Giacomo Casanova
Décors : Federico Fellini, Danilo Donati
Costumes : Danilo Donati
Musique : Nino Rota
Dates de sortie : Italie : 7 décembre 1976 ; France : 2 mars 1977

mardi 16 septembre 2014

Suite à un accident grave de voyageur d'Eric Fottorino

Suite à un accident grave de voyageur est un ouvrage d'Eric Fottorino publié en février 2013 aux éditions Gallimard.



Dans ce petit ouvrage, Eric Fottorino nous livre ses réflexions et interroge le lecteur sur les suicides dans les transports en commun parisiens.
Si l'auteur essaie de comprendre les malheureux qui préfèrent mettre fin à leur vie, il analyse également les réactions des usagers des transports en commun.

L'écriture est fluide mais le style de l'auteur ne présente aucune particularité intéressante. En particulier, le recueil de posts, sur les blogs traitant de suicides dans les transports en commun, est assez pauvre tant dans l'effort d'analyse que dans l'écriture.

L'ouvrage a toutefois le mérite de mettre en exergue l'importance de la parole dans la dépression:
« Le trafic, juste le trafic. Des trains avaient eu du retard. La détresse de la victime était passée par pertes et profits de la vie quotidienne. Comme la souffrance de ses proches et des témoins, tous ceux qui auraient pu prononcer une parole, avant l'irréparable. La parole, je l'avais compris, n'avait aucune place dans cette histoire. »
« Sans parole, pas de conversation. Sans échange, pas de réflexion. Pas d'aide. Pas d'anticipation. Aucune chance de voir émerger une solution. »

Eric Fottorino s'interroge également sur la particularité de ce mode de suicide:
« Je cherche ce que ces désespérés ont voulu nous dire, à nous les vivants. Ils ne se retirent pas sur la pointe des pieds. Ils ouvrent un abîme et nous questionnent sans un mot. Leur détresse pourtant est un cri qui nous est adressé. Ils meurent devant témoins. Leur mise à mort est une mise en scène»

Et cette question que chacun s'est (peut-être) déjà posé:
« Si quelqu'un s'est jeté aujourd'hui, pourquoi pas moi demain? »




Titre: Suite à un accident grave de voyageur
Auteur: Eric Fottorino
Editeur : Gallimard
Date de parution: 28 février 2013
Collection : Blanche
ISBN: 9782070140640

lundi 15 septembre 2014

L'idiot du Palais de Bruno Deniel Laurent

Rien à dire, vraiment rien...