jeudi 18 décembre 2014

Les barbares attaquent: le livre


mardi 16 décembre 2014

L'étranger de Jacques Ferrandez d'après l'oeuvre d'Albert Camus


- Voilà, je voudrais vous parler d'un projet encore très vague. J'aimerais seulement avoir votre avis sur la question. J'ai l'intention d'installer un bureau à Paris pour traiter sur place directement avec les grandes compagnies... Je voulais savoir si vous seriez disposé à y aller... Cela vous permettrait de vivre à Paris et aussi, de voyager une partie de l'année. Vous êtes jeune, et il me semble que c'est une vie qui doit vous plaire...
- Oui mais dans le fond, ça m'est égal...
- Vous ne seriez pas intéressé par un changement de vie?
- On ne change jamais de vie. En tout cas, toutes se valent et la mienne ici ne me déplaît pas du tout...
- Meursault, il faut toujours que vous répondiez à côté!... Vous n'avez donc aucune ambition?

Nous serons comme des dieux de Eve de Castro

"Quant au système financier qu'avec sa caution M. Law mettait en place, il allait d'une manière certaine faire pleuvoir l'or comme grêle en mars. La banque de l’Écossais s'appuyait maintenant sur une compagnie commerciale, qu'on nommait la Compagnie de l'Occident et à laquelle le Régent avait fait attribuer la concession exclusive de la Louisiane, plus le commerce des castors au Canada.Cette compagnie, dont les bénéfices gagés sur des terres de cocagne ne pouvaient qu'allécher, commençait d'émettre des actions payables au moyen des billets d'Etat qui formaient l'essentiel de notre dette flottante. Une fois achetés, ces titres étaient librement négociables entre courtiers et particuliers. Le duc d'Orléans prévoyait que l'engouement du public pour des actions d'un type si nouveau ramènerait dans les caisses publiques les billets abusivement souscrits sur le trésor qu'on brulerait en échange de rentes perpétuelles."

"La Banque générale de M. law, convertie sur ordre de mon père en Banque royale et qui avait vers la fin 1718 ouvert des bureaux à Lyon, Orléans, Amiens, Tours et La Rochelle, offrit au public une nouvelle race de billets libellés non plus en écus de banque mais en "livres-papier", dont la valeur était garantie en dépit des variations affectant les pièces d'or et d'argent. Cette monnaie-papier permettait de régler commodément tout ce qui se payait d'ordinaire en louis et en écus, avec l'avantage que, lorsque le cours du louis d'or chutait de trente-six à trente-cinq livres celui du billet reste fixe."

"Je visitai ensuite les maisons religieuses d'où mon père sur le conseil de M. Law, tirait les fils et filles de France destinés à s'en aller peupler les colonies d'Amérique. Comme toujours, dans les commencements on avait envoyé là-bas les vagabonds et les filles publiques que les exempts de police ramassaient sur le pavé, plus les condamnés aux galères et les pensionnaires de la Salpêtrière et de l'Hôpital général. Après accouplement par tirage au sort, cette racaille se voyait mariée en l'église Saint-martin-des-Champs, puis escortée jusqu'à La Rochelle, où on l'encageait sur des navires spécialement affrétés. Sitôt débarquée en Louisiane, elle ouvrait commerce de crapule, renvoyait ses femmes sur le trottoir, s’assommait d'alcool et mourait de malaria ou d'insolation sans avoir seulement procréé."

"La Banque Royale a émis plus de deux milliards de monnaie-papier sur une encaisse métallique du quart​."

"Je n'ignorais rien pourtant de ce qui se passait à Paris. Les retraits massifs d'espèces à la Banque Royale et la panique des épargnants repoussés aux guichets. Le cours forcé que Law avait dû imposer pour ses billets et l'interdiction faite de rembourser en monnaie plus de cent francs."

"Devant l'entrée des jardins du palais Mazarin, au 4 de la rue Vivienne, la foule est déjà si nombreuse qu'on ne peut la compter. Huit mille, dix mille personnes, peut-être davantage. Il n'est que quatre heures du matin, le ciel de ce mercredi 17 juillet 1720 s'éclaire à peine et des gens continuent d'arriver. Deux employés de la Banque Royale agitant leurs trousseaux de clefs s'approchent des lourdes grilles.​ [...] Le désordre de la rue Vivienne fit huit morts, étouffés, piétinés, que la foule porta comme on brandit un drapeau sanglant jusque dans la cour du Palais-Royal."

lundi 1 décembre 2014

Fleurs de ruine de Patrick Modiano


"Le train s'arrêtait à la station de Reuilly, puis à celle du Bel-Air. Il quittait Paris par la porte Montempoivre. Il passait devant l'école Braille et faisait halte à la gare de Saint-Mandé, près du lac. Puis c'était Vincennes, et la gare de Nogent-sur-Marne, à la lisière du bois. De la gare de Nogent, il leur avait fallu remonter à pied toute la Grande-Rue jusqu'au Perreux. A moins que les deux hommes ne soient venus les chercher en voiture. J'ai plutôt l'impression qu'en sortant du Café de la Marine avec les deux inconnues ils ont descendu les escaliers de la station Raspail, à quelques mètres du café. Le métro est direct jusqu'à la gare de l'Est. Ils ont pris le train de la ligne de Mulhouse. Quand il quittait Paris en traversant le canal Saint-Denis, on voyait, de haut, les abattoirs de la Villette. Le train s'arrêtait à Pantin. Puis il longeait le canal de l'Ourcq. Noisy-le-Sec, Rosny-sous-Bois. On arrivait à la gare du Perreux. Ils sont descendus sur le quai et le train a continué sa route, par le viaduc qui traverse la Marne. Les deux femmes les ont entraînés, tout près, dans un restaurant-dancing du quai de l'Artois. Ils étaient six, maintenant, avec les deux autres inconnus.
Je me souviens du quai de l'Artois, qui commençait au pied du viaduc. Juste en face, l'île des Loups."

Titre: Fleurs de ruine
Auteur: Patrick Modiano
Editeur : Editions du Seuil
Date de parution: 1 janvier 1997
Collection : Points
ISBN: 9782020259149