mercredi 8 mai 2013

Egon Schiele, Vivre et mourir de Xavier Coste

Egon Schiele, Vivre et mourir est la première bande dessinée de Xavier Coste (22 ans!) publiée aux éditions Casterman en 2012.



Cet ouvrage retrace la courte vie de l'artiste peintre Egon Schiele, notamment son amitié avec Gustav Klimt, son addiction aux femmes, son séjour en prison, la première guerre mondiale...
Le lecteur peut identifier plusieurs différences avec le film dédié également au peintre: le rôle de Wally dans la vie et la carrière d'Egon est largement réduit, la mère d'Egon décède avant celui-ci, les conditions de sa condamnation sont moins évoquées...

Le graphisme appuyé et les choix chromatiques de Xavier Coste, offrent au lecteur une découverte en douceur et donc en contraste absolu avec les oeuvres d'Egon Schiele.

Xavier Coste réitère, en fin d'ouvrage, une biographie du peintre, justifiant parfois ses choix ("Dans la bande dessinée, je suis resté volontairement flou sur la véritable durée de sa détention") et ses sources.
L'ouvrage aurait peut-être gagné à présenter plus précisément l'oeuvre d'Egon Schiele mais la difficulté d'une telle démarche est évidente.

Titre: Egon Schiele Vivre et mourir
Auteur: Xavier Coste
Editeur : Casterman
Parution: mai 2012
ISBN: 9782203047785

samedi 4 mai 2013

Le boeuf sur le toit de Darius Milhaud

Le Bœuf sur le toit, op. 58 est une œuvre musicale de Darius Milhaud créée le 21 février 1920 à la Comédie des Champs-Élysées.


Extrait de la revue Littérature

« C'est au moment du Carnaval, dans le ruissellement de l'été tropical, que, chaque année, les nouvelles danses (tangos, maxixes, sambas, catérétés, etc.) surgissent, remplacent celles de l'année qui finit et s'installent partout : on les entend jouer par les musiques militaires, les orchestres des cinémas, les pianos des palais qu'habitent les Cariocas, les pianos mécaniques et les phonographes des maisons de Paysandù, le quatuor des mendiants aveugles, les guitares nocturnes des rues de nègres et la voix solitaire de ce noir qui a peinturluré sa figure de rouge et qui, ivre d'eau-de-vie-de-canne-à-sucre, danse avec un sorbet au coco à la main. Dans l'intérieur, des Caïpires, cochers lyriques, debout sur un char de feuillage, parcourent les routes en chantant indéfiniment le même air, changeant à chaque fois les paroles, ne gardant pour les composer que le temps du refrain que crient ses camarades en s'accompagnant d'instruments à percussion. Tous les soirs il y a une fête dans une rue ; les journaux l'indiquent : Lundi, rue Ypiranga ; mardi, rue Itapura ; mercredi, à l'Ile de Paqueta... Les “ Serviteurs de la Folie ” sont organisés par petits groupes avec une administration (un président, un trésorier, un secrétaire, plusieurs membres, tous Lords et Ladies) ; ils se retrouvent chaque nuit dans la rue désignée ; la fanfare d'une société de tir joue une danse (toujours la même) pendant que, de son côté, chaque groupe chante un air différent, danse en battant des mains, soutenu par une guitare et de la batterie, avec un grand sérieux, une grande tristesse, comme s'il s'agissait de l'accomplissement d'une obligation inévitable. Dans les clubs nègres les bals sont plus solennels encore. Les négresses doivent être habillées d'une seule couleur (lundi, robe bleue ; mardi, robe rose ; mercredi, robe verte). Il faut être nègre ou appartenir à la presse pour y être admis. Les nègres, pour la plupart des domestiques, se font annoncer en entrant dans le bal par le nom de leurs maîtres : on entend ainsi défiler les noms des grandes familles de l'aristocratie brésilienne et des membres du corps diplomatique !
 J'ai rencontré un soir Darius Milhaud dans une rue où il y avait un bal. Nous sommes partis ensemble et quand je l'ai quitté sous les palmes de son jardin ruisselantes de lune, il m'a dit : “ J'adore le Brésil. Et que cette musique est pleine de vie et de fantaisie. Il y a beaucoup à apprendre de ces rythmes mouvementés de ces mélodies que l'on recommence toute la nuit et dont la grandeur vient de la monotonie. J'écrirai peut-être un ballet sur le carnaval à Rio qui s'appellera “ Le boeuf sur le toit ”, du nom de cette samba que la musique jouait ce soir pendant que dansaient les négresses vêtues de bleu. ”
Jacaremirim »

Source: Revue Littérature n° 1 de mars 1919 dirigée par Louis Aragon, André Breton et Philippe Soupault
Jacaremirim est un pseudonyme utilisé par Darius Milhaud.

lundi 29 avril 2013

La Seine a rencontré Paris de Jacques Prévert

Qui est la
Toujours là dans la ville
Et qui pourtant sans cesse arrive
Et qui pourtant sans cesse s’en va

C’est un fleuve
répond un enfant
un devineur de devinettes
Et puis l’œil brillant il ajoute
Et le fleuve s’appelle la Seine
Quand la ville s’appelle Paris
et la Seine c’est comme une personne
Des fois elle court elle va très vite
elle presse le pas quand tombe le soir
Des fois au printemps elle s’arrête
et vous regarde comme un miroir
et elle pleure si vous pleurez
ou sourit pour vous consoler
et toujours elle éclate de rire
quand arrive le soleil d’été
La Seine dit un chat
c’est une chatte
elle ronronne en me frôlant

Ou peut-être que c’est une souris
qui joue avec moi puis s’enfuit
La Seine c’est une belle fille de dans le temps
une jolie fille du French Cancan
dit un très vieil Old Man River
un gentleman de la misère
et dans l’écume du sillage
d’un lui aussi très vieux chaland
il retrouve les galantes images
du bon vieux temps tout froufroutant

La Seine
dit un manœuvre
un homme de peine de rêves de muscles et de sueur
La Seine c’est une usine
La Seine c’est le labeur
En amont en aval toujours la même manivelle
des fortunes de pinard de charbon et de blé
qui remontent et descendent le fleuve
en suivant le cours de la Bourse
des fortunes de bouteilles et de verre brisé
des trésors de ferraille rouillée
de vieux lits-cages abandonnés
ré-cu-pé-rés
La Seine
c’est une usine
même quand c’est la fraicheur
c’est toujours le labeur
c’est une chanson qui coule de source
Elle a la voix de la jeunesse
dit une amoureuse en souriant
une amoureuse du Vert-Galant
Une amoureuse de l’ile des cygnes
se dit la même chose en rêvant

La Seine
je la connais comme si je l’avais faite
dit un pilote de remorqueur au bleu de chauffe
tout bariolé
tout bariolé de mazout et de soleil et de fumée
Un jour elle est folle de son corps
elle appelle ça le mascaret
le lendemain elle roupille comme un loir
et c’est tout comme un parquet bien briqué
Scabreuse dangereuse tumultueuse et rêveuse
par-dessus le marché
Voilà comment qu’elle est
Malice caresse romance tendresse caprice
vacherie paresse
Si ça vous intéresse c’est son vrai pedigree

La Seine
c’est un fleuve comme un autre
dit d’une voix désabusée un monsieur correct et
blasé
l’un des tout premiers passagers du grand tout
dernier bateau-mouche touristique et pasteurisé
un fleuve avec des ponts des docks des quais
un fleuve avec des remous des égouts et de temps à
autre un noyé
quand  ce n’est pas un chien crevé
avec des pêcheurs à la ligne
et qui n’attrapent rien jamais
un fleuve comme un autre et je suis le premier à le
déplorer

Et la Seine qui l’entend sourit
et puis s’éloigne en chantonnant
Un fleuve comme un autre comme un autre comme
un autre
un cours d’eau comme un autre cours d’eau
d’eau des glaciers et des torrents
et des lacs souterrains et des neiges fondues
des nuages disparus
Un fleuve comme un autre
comme la Durance ou le Guadalquivir
ou l’Amazone ou la Moselle
le Rhin la Tamise ou le Nil
Un fleuve comme le fleuve Amour
comme le fleuve Amour
chante la Seine épanouie
et la nuit la Voix lactée l’accompagne de sa tendre
rumeur dorée
et aussi la voix ferrée de son doux fracas coutumier





Comme le fleuve Amour
vous l’entendez la belle
vous l’entendez roucouler
dit un grand seigneur des berges
un estivant du quai de la Râpée
le fleuve Amour tu parles si je m’en balance
c’est pas un fleuve la Seine
c’est l’amour en personne
c’est ma petite rivière à moi
mon petit point du jour
mon petit tour du monde
les vacances de ma vie
Et le Louvre avec les Tuileries la Tour Eiffel la Tour
Pointue et Notre-Dame de l’Obélisque
la gare de Lyon ou d’Austerlitz
c’est mes châteaux de la Loire
la Seine
c’est ma Riviera
et moi je suis son vrai touriste

Et quand elle coule froide et nue en hurlante plainte
contre inconnu
faudrait que j’aie mauvaise mémoire
pour l’appeler détresse misère ou désespoir
Faut tout de même pas confondre les contes de fées et
les cauchemars
Aussi
quand dessous le Pont-Neuf le vent du dernier jour
soufflera ma bougie
quand je me retirerai des affaires de la vie
quand je serai définitivement à mon aise
au grand palace des allongés
à Bagneux au Père-Lachaise
je sourirai et me dirai

Il était une fois la Seine
il était une fois
il était une fois l’amour
il était une fois le malheur
et une autre fois l’oubli

Il était une fois la Seine
il était une fois la vie

Jacques Prévert


mercredi 24 avril 2013

Le banquier anarchiste de Fernando Pessoa

Le banquier anarchiste est un récit de Fernando Pessoa paru en 1922.



Deux personnages, le narrateur et un banquier, discutent à la terrasse d'un café. Le banquier explique par quel cheminement intellectuel, il en est arrivé à être anarchiste puis banquier, sans jamais renier ses opinions politiques.

Cette confession du banquier offre au lecteur la possibilité d'envisager ce corps de métier sous un angle différent de l'image négative véhiculée dans les médias.

Dans le déroulement du discours, le lecteur comprend aisément comment le jeune homme est devenu anarchiste et pourquoi il s'éloigne du groupe, créateur, selon lui, de tyrannie.
En revanche, lorsqu'il explique comment son métier de banquier est compatible avec le courant anarchiste, le banquier est moins rigoureux dans sa démonstration:
« Je n'ai pas créé de tyrannie. La tyrannie qui a pu découler de mon combat contre les fictions sociales est une tyrannie qui ne vient pas de moi, que je n'ai donc pas créée, à laquelle je n'ai moi-même en fait rien ajouté. C'est la tyrannie même des fictions sociales. Or, je n'ai jamais prétendu détruire les fictions sociales.»
En somme, en attendant une révolution sociale improbable qui détruise les fictions sociales, le banquier s'enrichit... Sa bonne conscience repose sur une nette arrogance et met mal à l'aise.

Fernando Pessoa s'appuie, dans sa démarche, tant sur la théorie que sur la pratique; il a parfois également recours à des assertions péremptoires discutables ou encore à l'Histoire:
« Qu'est-il sorti des agitations de Rome? L'Empire romain et son despotisme militaire. Qu'est-il sorti de la Révolution Française? Napoléon et son despotisme militaire. Et tu vas voir ce qu'il va sortir de la Révolution russe... »
Le banquier a une démarche assez négative dans son appréhension de l'action collective. Celle-ci ne serait efficace que si elle est unanime. Est-ce à dire qu'il ne faudrait jamais agir tant que tout un peuple n'est pas unanimement d'accord... donc ne jamais agir?



Titre: Le banquier anarchiste
Auteur: Fernando PESSOA
Traduit du portugais: André Coyné
Editions: Fata Morgana
ISBN: 9782851948540

vendredi 19 avril 2013

Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari

Prix Goncourt 2012, Le sermon sur la chute de Rome est le cinquième roman de Jérôme Ferrari publié aux éditions Actes Sud.



Le sermon sur la chute de Rome raconte l’histoire d’une famille corse depuis la naissance jusqu’à la disparition du grand-père Marcel Antonetti. Ce cycle de la vie qui s’applique aux êtres, s’impose également aux autres formes d’organisation : ici l’empire romain et ce café perdu dans les montagnes corses qui connaît un déclin rapide et sordide.

Le récit n’est pas linéaire : les retours sur le passé de Marcel viennent ponctuer l’essor et le déclin du bar tenu par son petit-fils Matthieu.

Les thèmes du Sermon sur la chute de Rome sont nombreux et l’on retrouve notamment :
- La famille, le soutien, les conflits entre ses membres, …
- Le sens de la vie et de la mort :
« Il n'a pas peur. Il sait qu’elle est là, guettant pour lui la calme arrivée de la mort, et il se laisse aller contre son oreiller. Aurélie ne lâche pas sa main. La mort arrivera peut-être avant Matthieu et Claudie, à la faveur de leur communion intime, et quand elle sera là, elle emportera, en même temps que Marcel, le monde qui ne vit plus qu'en lui. » 
- La corse : culture et repère identitaires, le retour à la terre natale
« Matthieu se comportait comme s'il lui fallait s'amputer de son passé, il parlait avec un accent forcé qui n'avait jamais été le sien, un accent d'autant plus ridicule qu'il lui arrivait de le perdre au détour d'une phrase avant de se raviser en rougissant et de reprendre le cours de sa grotesque dramaturgie identitaire d'où la moindre pensée, la plus petite manifestation de l'esprit étaient exclues comme des éléments dangereux. » 
- L’inconsistance des jeunes gens et la difficulté d'une éducation réussie:
« elle se réjouit pendant des années de constater qu'en vérité, comme le lui confirmait chaque jour le spectacle d'un fils courtois, travailleur et docile, rien n'était aussi payant que le chantage. » 
- L’Afrique : le passé de Marcel et les découvertes d’Aurélie
- Un certain rejet d’autrui :
« Il n'y a plus que des Sardes et des arabes dans ce pays » 
- L’Histoire du XXe siècle : première et deuxième guerre mondiale, empire colonial français
- L’hypocrisie de certaines relations humaines, notamment familiales:
« l'homme qui partageait alors, pour quelques mois encore, la vie d'Aurélie, semblait trouver tout cela passionnant, il posait des questions pertinentes, il donnait son avis, comme s'il lui fallait gagner absolument l'affection de Matthieu, à moins, comme Aurélie commençait à le soupçonner sérieusement, qu'il ne fût au fond un imbécile qui se réjouissait d'avoir trouvé un autre imbécile avec lequel il pouvait proférer à l'aise toutes sortes d'imbécillités. »
« Aurélie fut incapable de se contrôler plus longtemps, elle lui dit qu'il n'était qu'un petit con répugnant d'égoïsme, un petit con aveugle qui espérait au fond de lui que son aveuglement finirait par lui valoir l'absolution » 
- Une satire du journalisme contemporain et des médias, en général:
« sous l’œil attendri de journalistes incultes et ravis, car le journalisme et le commerce tenaient maintenant lieu de pensée, Libero ne pouvant plus en douter, et il était comme un homme qui vient de faire fortune, après des efforts inouïs, dans une monnaie qui n’a plus cours. » 

Sans sombrer dans le fatalisme, l’auteur démontre que la fin d’une ère permet le début d’une autre : on le retrouve notamment dans le fait que Matthieu reconstruit sa vie à Paris et a des enfants avec Judith. En somme, derrière chaque crise émerge un nouvel équilibre.

L’écriture est libre et inhabituelle, formée de longues phrases, séparées de virgules. Cependant, le propos ne s’essouffle pas car l’auteur maîtrise subtilement l’ironie de son discours.

Le sermon sur la chute de Rome est un roman captivant magnifié par une écriture saisissante.

Paris est sommairement mentionné dans l’ouvrage et le portrait de la ville n’est pas flatteur :
« Libero avait fini par trouver ses propres raisons de détester Paris pour lesquelles il n'était nullement redevable à Matthieu. Et c'est ainsi que, chaque soir et chaque matin, dans un wagon bondé de la ligne 4, ils communiaient côte à côte dans une amertume sans remède. » 

Et ce magnifique paragraphe, qui trouve écho dans la dernière nuit sanglante du bar :
« Virgile, couteau en main, incisait le scrotum [d’un cochon] d'un geste sûr et plongeait les doigts dans l'ouverture pour en extraire un premier testicule dont il tranchait le cordon avant de faire subir le même sort au second et de les jeter ensemble dans une grande bassine à moitié remplie... Matthieu découvrit que la bassine contenait leur repas » 


A signaler, une erreur de frappe page 82 « Il se laisse étreindre pas son père qui se serre contre lui »

vendredi 12 avril 2013

La fascination du pire de Florian Zeller

La fascination du pire est un ouvrage de Florian Zeller publié en septembre 2004 aux éditions Flammarion. L’ouvrage a obtenu le prix Interallié cette même année.



Florian Zeller nous raconte le court séjour au Caire de deux écrivains, invités à une conférence par l’Ambassade de France locale.

Les thèmes de La fascination du pire sont variés:
- La religion dont l'islam et le catholicisme
- La place de la femme dans la société (les stéréotypes, le comportement des hommes, …)
- La sexualité et la frustration associée
- Les clivages Orient-Occident
« avec un sourire désarmant, elle me dit qu'il ne fallait pas tout de suite imaginer une catastrophe. C'était selon elle une attitude caractéristique des Occidentaux; elle appelait ça « la fascination du pire » ». 
- La liberté d’expression (radio contrôlée par le gouvernement, sort infligé à Martin Millet)
- Le racisme et la misogynie (comportement de Martin Millet)
- La manipulation psychologique (dernière soirée au Caire orchestrée par Martin Millet)
- La solitude et en particulier, la solitude affective
- La perte de valeurs fondamentales :
« C'est le téléphone, et notamment le portable, qui a définitivement assassiné la pratique de la correspondance. Je pense souvent à ces femmes qui vivaient dans l'espérance, sur le gage d'une seule lettre d'amour, quand l'autre, par exemple, partait à la guerre. Les mots avaient alors une force redoutable puisqu'ils décidaient des vies. On attendait, et on faisait confiance même sans nouvelle de l'autre pendant des périodes infinies. Aujourd'hui, on commence à paniquer dès qu'on ne parvient pas à le joindre sur son portable. Que fait-il? Pourquoi ne répond-elle pas? Avec qui est-il? L'angoisse a gagné du terrain. Nous sommes entrés dans une période sans retour qui signe la fin de l'attente, c'est-à-dire de la confiance et du silence. » 

La fascination du pire interpelle de par sa construction. Tout au long de l’ouvrage, les propos polémiques se multiplient, le malaise du lecteur croît. Puis, comme pour annihiler toute réaction à son roman dans les médias et l’opinion publique, Florian Zeller imagine un dernier chapitre fatal et désarmant.

Ce roman amène notamment à une réflexion du lecteur sur le pouvoir des mots, la censure et le droit au respect de chacun:
« Je me souviens avoir alors pensé à Voltaire et à son Dictionnaire philosophique. La référence était un peu généreuse, mais la situation restait comparable. Le jeu, pour Voltaire, consistait, à partir de 1764, à dénier avec véhémence toute paternité dans cet ouvrage et à le dénoncer parallèlement comme « diabolique », « abominable », « antichrétien », « infernal », « oeuvre de Satan ». Dans certaines lettres, il attribuait le Dictionnaire à un nommé Debu, des Buttes, Desbuttes ou Dubut qui, selon les cas, était un vieillard, un apprenti prêtre ou un jeune huguenot parent d'un ancien jésuite. Dans d'autres lettres, il s'avouait l'auteur des articles non théologiques, attribuant cette fois les plus scabreux à des auteurs divers [...]. C'est ainsi qu'il devint le plus célèbre non-auteur d'Europe. »

Titre: La fascination du pire
Auteur: Florian Zeller
Editeur: Flammarion
Date de parution: septembre 2004
ISBN: 9782080686244

jeudi 11 avril 2013

Bonjour tristesse de Françoise Sagan

Bonjour tristesse est un roman de Françoise Sagan publié en 1954.



Cécile, jeune fille de 17 ans, passe ses vacances d’été sur la Côte d’Azur avec son père. Veuf, ce dernier est accompagné d’Elsa, sa maîtresse du moment. Un équilibre se crée dans la torpeur estivale, équilibre vite rompu par l’arrivée d’Anne, une amie de la famille...

Les thèmes de Bonjour Tristesse sont variés :
- Le couple (fidélité, morale, …)
« Il refusait systématiquement les notions de fidélité, de gravité, d’engagement. Il m’expliquait qu’elles étaient arbitraires, stériles. D’un autre que lui, cela m’eût choquée. Mais je savais que dans son cas, cela n’excluait ni la tendresse ni la dévotion, sentiments qui lui venaient d’autant plus facilement qu’il les voulait, les savait provisoires. Cette conception me séduisait : des amours rapides, violentes et passagères. Je n’étais pas à l’âge où la fidélité séduit. » 
- La position sociale de la femme :
« Ma fille trouvera toujours des hommes pour la faire vivre » 
- La sexualité :
« Vous devriez savoir que ce genre de distractions finit généralement en clinique »
« Ce fut la ronde de l’amour : la peur qui donne la main au désir, la tendresse et la rage, et cette souffrance brutale que suivait, triomphant, le plaisir. J’eus la chance – et Cyril la douceur nécessaire – de le découvrir dès ce jour-là. Je restai près de lui une heure, étourdie et étonnée. J’avais toujours entendu parler de l’amour comme d’une chose facile ; j’en avais parlé moi-même crûment, avec l’ignorance de mon âge et il me semblait que jamais plus je ne pourrais en parler ainsi, de cette manière détachée et brutale. » 
- L’adolescence, l’éducation et les interdits contre-productifs
« Vous pensez peu au futur, n'est-ce pas? C'est le privilège de la jeunesse. »
« L'insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer notre vie et ne pas disposer d'arguments pour se défendre. » 
- La manipulation psychologique des êtres et ses conséquences
« je compris brusquement que je m’étais attaquée à un être vivant et sensible et non pas à une entité »

Cécile, la narratrice de Bonjour tristesse, est attachante et parfois irritante. De par sa sensibilité et sa lucidité, elle permet au lecteur de découvrir les mœurs des classes aisées dans les années 50.
La fluidité de l’ouvrage est mise en valeur par une construction subtile qui alterne des digressions diverses et une suite d’événements conduisant au drame.



Titre: Bonjour Tristesse
Auteur: Françoise Sagan
Editeur : Pocket
Collection : Pocket
ISBN: 9782266127745

mardi 9 avril 2013

Concierto de Aranjuez de Joaquin Rodrigo

La folle journée de Nantes a consacré son édition 2013 à la musique franco-espagnole de 1850 à 1960.
Parmi les compositeurs emblématiques présentés, on citera Maurice Ravel, Manuel de Falla et Joaquin Rodrigo.

Le très célèbre Concierto de Aranjuez (1939) de Joaquin Rodrigo fut si souvent repris que la version originale, douce et fluide, semble absolument extraordinaire: