En 2023, la production automobile française a chuté de 40 % par rapport à 2019, malgré une reprise de la demande européenne. Les fermetures d’usines et la délocalisation de l’assemblage vers l’Europe de l’Est et l’Asie se poursuivent, entraînant la suppression de milliers d’emplois qualifiés.
Les constructeurs historiques du pays enregistrent une part de marché en baisse, tandis que les importations de véhicules électriques fabriqués hors de France progressent rapidement. Les investissements annoncés dans la filière électrique ne compensent pas, à ce stade, les pertes industrielles et sociales constatées.
Où en est réellement l’industrie automobile française aujourd’hui ?
La filière automobile française avance sur une ligne de crête. Derrière l’annonce de fermetures de sites emblématiques comme Douai ou Flins, c’est tout un écosystème qui vacille. Les constructeurs français n’arrivent plus à freiner la fuite d’une partie significative de leur production. Le constat est sans appel : la France assemble désormais moins d’un tiers des voitures qu’elle met en circulation chaque année.
Le marché automobile français, quant à lui, a changé de visage. Étranglés par les normes européennes et la percée fulgurante des véhicules électriques, les modèles thermiques qui dominaient hier s’effacent peu à peu. Mais la bascule ne se fait pas sans casse. Les usines ferment à un rythme préoccupant, la chaîne de sous-traitance se fragilise, et les équipementiers, longtemps solides, affichent aujourd’hui des comptes dans le rouge ou tentent d’éviter le pire via des procédures de redressement.
Pour mieux comprendre les forces en présence, voici une synthèse des principaux enjeux du moment :
- Constructeurs : Renault et Stellantis tentent un virage vers l’électrique, mais se heurtent à la montée en puissance des marques asiatiques.
- Sous-traitants : Leur survie dépend de leur capacité à s’adapter, sous peine de voir des contrats s’évaporer et des métiers disparaître.
- Marché : Les ventes de voitures neuves restent en net retrait par rapport à 2019, surtout sur le segment des petites citadines conçues en France.
Longtemps socle industriel du pays, la filière automobile française affronte un carrefour inédit : elle doit composer avec une pression internationale grandissante, répondre à des impératifs environnementaux et rassurer des centaines de milliers de salariés inquiets pour leur avenir. La suite reste ouverte et les choix à venir seront décisifs.
Les chiffres clés : production, emploi et impact économique
La production automobile made in France ne cesse de s’éroder. En 2023, moins de 1,4 million de véhicules ont été produits sur le territoire, soit deux fois moins qu’il y a dix ans. Ce recul illustre la perte de vitesse de la filière automobile hexagonale, alors même que la demande mondiale augmente. La France, naguère leader européen, doit désormais jouer des coudes face à des adversaires plus agressifs et à de nouveaux venus sur le marché.
Malgré ces turbulences, le secteur reste un poids lourd industriel. La filière automobile française fait travailler près de 200 000 personnes en direct, sans compter les 400 000 emplois générés par les activités connexes : sous-traitance, logistique, distribution. La région Bourgogne-Franche-Comté, par exemple, regroupe à elle seule 15 % des salariés du secteur, un ancrage territorial qui pèse dans la balance.
Quelques données marquantes illustrent l’ampleur du secteur :
- 15 % du chiffre d’affaires industriel de la France provient de l’automobile.
- 50 milliards d’euros de valeur ajoutée générés chaque année.
- Moins de 1,8 million de voitures neuves écoulées en 2023, un niveau toujours inférieur à celui d’avant la pandémie.
L’impact du secteur ne se limite pas à la sortie d’usine. L’automobile irrigue une multitude d’autres filières : transport, chimie, métallurgie. Mais la transformation des emplois inquiète. À l’horizon 2035, près de 50 000 postes pourraient disparaître sous l’effet du passage à l’électrique et à l’hybride, selon les syndicats. Chaque fermeture d’usine résonne dans les bassins d’emploi comme un avertissement qui ne laisse personne indifférent.
Crise, mutation ou renaissance : quels défis pour les acteurs du secteur ?
La filière automobile française doit affronter une vague de changement inédite. La montée des véhicules électriques et hybrides bouleverse le rapport de force. Les constructeurs français luttent pour rester dans la course, pris en étau entre les prix cassés des constructeurs chinois, la puissance technologique américaine et la réputation d’excellence allemande. L’Union européenne impose son tempo, avec des normes toujours plus strictes sur les motorisations. Le moteur thermique, longtemps roi, est désormais sur la sellette.
Dans ce contexte, les coûts de production s’envolent, notamment pour les batteries et l’électronique embarquée. Les prix des voitures neuves restent élevés, ce qui freine une large part des acheteurs potentiels. L’inflation et la hausse des taux d’intérêt compliquent un peu plus l’accès à la mobilité neuve. La transition écologique laisse déjà des traces : sous-traitants spécialisés dans le thermique, territoires dépendants de l’automobile, salariés dont le savoir-faire ne trouve pas de débouché immédiat.
Face à ces obstacles, le secteur tente de réagir. Investir dans la recherche, nouer des partenariats industriels, relocaliser certaines activités : autant de pistes explorées, mais encore fragiles. La balle est aussi dans le camp de l’Union européenne, qui pourrait peser par l’harmonisation des règles, le soutien à l’innovation, ou la défense contre la concurrence déloyale. La bataille pour l’électrique redéfinit l’équilibre industriel en Europe et pose la question : la France saura-t-elle garder sa place sur la carte ?
Quelles pistes pour relancer la filière et préserver ses emplois ?
Pour enrayer la perte d’emplois et sauver son industrie, la filière automobile française explore plusieurs solutions, chacune soulevant débats et espoirs prudents.
Les bonus écologiques continuent de stimuler la demande de véhicules propres, mais leur impact réel dépend du ciblage et de la stabilité des aides. Autre levier testé depuis fin 2023 : le leasing social, destiné aux ménages modestes. L’idée ? Permettre à ceux qui en ont le plus besoin de louer une voiture électrique à petit prix, facilitant ainsi le passage à la mobilité bas-carbone. Les premiers chiffres montrent un réel engouement, mais la question du financement public reste entière.
Les axes de relance évoqués par les acteurs du secteur :
Voici les principales pistes discutées pour tenter de redresser la barre :
- Développer la formation et la reconversion pour permettre aux salariés d’accompagner le virage de l’électrique.
- Favoriser la relocalisation des maillons stratégiques, notamment pour les batteries et l’électronique.
- Mobiliser la commande publique, qu’il s’agisse des flottes d’État, des collectivités ou des entreprises publiques, afin de maintenir une demande nationale solide.
- Renforcer la coopération européenne pour défendre les intérêts industriels face à la concurrence venue d’ailleurs et aligner les standards.
La compétitivité reste le mot-clé de la survie du secteur. Sans innovation ni montée en gamme, la filière automobile risque de décrocher. Les échanges au Sénat et à la Commission européenne montrent à quel point le débat est tendu entre exigences écologiques, maintien de l’emploi et défense d’une industrie souveraine. Les décisions qui s’imposent, elles, se font toujours attendre.
Rien n’est figé. L’industrie automobile française, bousculée mais pas résignée, garde la route devant elle, sinueuse, mais ouverte à qui saura accélérer au bon moment.


