lundi 28 mai 2012

La morte amoureuse de Théophile Gautier

La Morte amoureuse est une nouvelle fantastique de Théophile Gautier parue en juin 1836 dans La Chronique de Paris.


La Morte Amoureuse est l’histoire d'amour du jeune prêtre Romuald et de la courtisane Clarimonde. Sur un seul regard, ils tombent amoureux l'un de l'autre cependant cette scène a lieu au moment de l'ordination de prêtre de Romuald. Ce dernier se voit affecté à une paroisse et sa vie continue jusqu'à l'annonce d'un événement terrible...

Les deux personnages principaux sont attachants: Romuald est le narrateur et semble nous laisser son autobiographie avec toute sa sincérité, son humanité et ses doutes également. Clarimonde, quant à elle, est amoureuse au point qu'elle ne peut choisir entre sa vie et son amour pour Romuald.

Cependant, on imagine à la façon des dessins animés, Romuald écartelé entre le discours d'un petit ange et d'un petit diable, respectivement l’abbé Sérapion et Clarimonde.


Le lecteur s'interroge en permanence sur la réalité du récit de Romuald, lui-même n'est pas sûr des événements qui ont lieu autour de lui:
« Je n'ai pu encore bien démêler ce qu'il y avait d'illusion et de réalité dans cette bizarre aventure »

A la lecture de cet ouvrage d'une beauté absolue et d'une poésie fascinante, le rapprochement avec l'oeuvre de Bram Stoker, publiée en 1897, est évident.


Les antagonismes de cette oeuvre sont nombreux:

- l'Eglise en regard du satanisme et du vampirisme
- la vie et l'au-delà
- le désir et la tentation en regard de la chasteté et de la vertu
« j’étais d’une innocence parfaite. »
- le titre: la morte amoureuse: la mort en regard de sentiments bien vivants
- la réalité en regard du rêve et de l'imagination
- le prénom de la courtisane « Clarimonde » la clarté (la pureté) en regard de la bête immonde.


Les thèmes sont tout aussi variés:
- l'amour passionné et irraisonné
« j’ai aimé comme personne au monde n’a aimé »
- la vie austère des curés de campagne
- le statut de prêtre et dont la chasteté imposée est vécu par certains comme un enfermement.
- la folie: Romuald s'interroge sur sa santé mentale, il évoque également une vie bicéphale. Le lecteur notera que Théophile Gautier fut, en 1844, l'un des premiers poètes à participer aux séances du club des Hashischins.
- le dilemme psychologique que vit Romuald
- la vie à Venise qui s'adapte merveilleusement aux rêves de Romuald:

« Toujours est-il que j'étais ou du moins que je croyais être à Venise [...] Nous habitions un grand palais de marbre sur le Canaleto, plein de fresques et de statues, avec deux Titiens du meilleur temps dans la chambre à coucher de la Clarimonde, un palais digne d'un roi. Nous avions chacun notre gondole et nos barcarolles à notre livrée, notre chambre de musique et notre poète. [...] je menais un train de fils de prince, et je faisais une poussière comme si j'eusse été de la famille de l'un des douze apôtres ou des quatre évangélistes de la sérénissime république ; je ne me serais pas détourné de mon chemin pour laisser passer le doge, et je ne crois pas que, depuis Satan qui tomba du ciel, personne ait été plus orgueilleux et plus insolent que moi. J'allais au Ridotto, et je jouais un jeu d'enfer. Je voyais la meilleure société du monde, des fils de famille ruinés, des femmes de théâtre, des escrocs, des parasites et des spadassins. »

Le moment de la rencontre des deux êtres dans l'ouvrage:
« Je levai par hasard ma tête, que j'avais jusque là tenue inclinée, et j'aperçus devant moi, si près que j'aurais pu la toucher, quoique en réalité elle fût à une assez grande distance et de l'autre côté de la balustrade, une jeune femme d'une beauté rare et vêtue avec une magnificence royale. Ce fut comme si des écailles me tombaient des prunelles. J'éprouvai la sensation d'un aveugle qui recouvrerait subitement la vue. L'évêque, si rayonnant tout à l'heure, s'éteignit tout à coup, les cierges pâlirent sur leurs chandeliers d'or comme les étoiles au matin, et il se fit par toute l'église une complète obscurité. La charmante créature se détachait sur ce fond d'ombre comme une révélation angélique; elle semblait éclairée d'elle-même et donner le jour plutôt que le recevoir.
Je baissai la paupière, bien résolu à ne plus la relever pour me soustraire à l'influence des objets extérieurs; car la distraction m'envahissait de plus en plus, et je savais à peine ce que je faisais.
Une minute après, je rouvris les yeux, car à travers mes cils je la voyais étincelante des couleurs du prisme, et dans une pénombre pourprée comme lorsqu'on regarde le soleil.
Oh ! comme elle était belle ! Les plus grande peintres, lorsque, poursuivant dans le ciel la beauté idéale, ils ont rapporté sur la terre le divin portrait de la Madone, n'approchent même pas de cette fabuleuse réalité. Ni les vers du poète ni la palette du peintre n'en peuvent donner une idée. »
Cet ouvrage a inspiré plusieurs films et séries TV:



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