jeudi 31 janvier 2013

Je t'aime tous les jours d'avantage...

« Cherasco, le 29 avril 1796
Mon bonheur est que tu sois heureuse, ma joie que tu sois gaie, mon bonheur que tu en aies. Jamais femme ne fut aimée avec plus de dévouement, de feu et de tendresse. Jamais il n'est possible d'être plus entièrement maître d'un coeur et d'en dicter tous les goûts, les penchants, d'en former tous les désirs. S'il en est autrement de toi, je déplore mon aveuglement. Je le livre aux remords de ton âme. Et, si je n'en meurs pas de douleur, froissé pour la vie, mon coeur ne s'ouvrirait plus entièrement au sentiment du plaisir ou de la douceur. Ma vie serait toute physique. Car j'aurais, en perdant ton amour, ton coeur, ton adorable personne, perdu tout ce qui me rend la vie aimable et chère. Comment veux-tu, ma vie, que je ne sois pas triste? Pas de lettres de toi. Je n'en reçois que tous les quatre jours. Au lieu que, si tu m'aimais, tu m'écrirais deux fois par jour. Mais il faut jaser avec les petits messieurs visiteurs, dès dix heures du matin, et puis écouter les sonnettes et les sottises de cent freluquets jusqu'à une heure après-midi. Dans les pays où il y a des moeurs, dès dix heures du soir, tout  le monde est chez soi. Mais dans ces pays-là, on écrit à son mari, l'on pense à lui, l'on vit pour lui. Adieu, Joséphine, tu es pour moi un monstre que je ne puis expliquer... Je t'aime tous les jours d'avantage. L'absence guérit les petites passions. Il accroît les grandes. Ah! Si tu ne viens pas... Mène avec toi ta femme de chambre, ta cuisinière, ton cocher. J'ai ici des chevaux de carrosse à ton service et une belle voiture. Ne porte que ce qui t'es personnellement nécessaire. J'ai ici une argenterie et une porcelaine qui te serviront. Adieu, le travail me commande. Je ne puis laisser la plume... Ah! ce soir, si je n'ai pas de tes lettres, je suis désespéré. Pense à moi ou dis-moi avec dédain que tu ne m'aimes pas. Et alors, peut-être je trouverais dans mon esprit de quoi être moins à plaindre. Je t'envoie par Murat deux cents louis dont tu te serviras si tu en as besoin, ou que tu emploieras à meubler l'appartement que tu me destines. Si tu pouvais y mettre partout ton portrait... Mais non, il est si beau, celui que j'ai dans mon coeur, que, quelque belle que tu sois et quelque habiles que soient les peintres, tu y perdrais. Ce sera un jour bien heureux... que celui où tu passeras les Alpes. C'est la plus belle récompense de mes peines et des victoires que j'ai remportées. »
Napoléon Bonaparte à Joséphine de Beauharnais

En mars 1796, Napoléon Bonaparte épouse Joséphine de Beauharnais. Dès le mois suivant, il part combattre en Italie. Les premières rumeurs de l'infidélité de sa femme lui parviennent alors.

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