samedi 2 février 2013

Le métro est un sport collectif de Bertrand Guillot


Le métro est un sport collectif est un recueil de chroniques de Bertrand Guillot publié en janvier 2012 aux éditions Rue Fromentin.



Bertrand Guillot nous raconte avec authenticité les anecdotes, les actes de violence, comme les belles rencontres qu’il a vécues dans le métro parisien. Il nous parle aussi des pensées que lui inspirent ce monde souterrain.

La brièveté des chroniques donne un rythme soutenu à l’ouvrage, tel un recueil d’instantanés.

Les thèmes de Le métro est un sport collectif sont variés:
-       La solitude et l’anonymat, la détresse humaine
-       Le mélange social dû à la promiscuité des lieux : différentes classes sociales se côtoient (fin de la première classe sur les métros et RER depuis de nombreuses années)
-       La lecture (pour aider à passer le temps) et l’écriture
-       Les comportements humains et leurs originalités

S’il est vrai que, blasés, nous ne prêtons plus attention aux petits événements du métro parisien, Bertrand Guillot nous rappelle ces moments, à travers son regard bienveillant et son goût de l’observation.

Extrait :
« Le métro, écrit Marc Augé (Un ethnologue dans le métro, Hachette littérature, 2001), c’est « la collectivité sans la fête et la solitude sans l’isolement ».
Nombre d’observateurs témoigneront volontiers que le métro est une expérience individuelle. Ils raconteront la froideur, la résignation, ces solitudes barricadées derrière un savant maquillage ou une gueule d’enterrement.
Ce n’est pas faux, évidemment. Mais ce serait oublier que ces solitudes sont aux abois. Qu’un grain de sable vienne enrayer la routine, qu’un infime événement survienne et hop, le métro devient une expérience partagée, chaque échange même muet prend une valeur inestimable.

Nous sommes vendredi soir, la ligne 6 achemine vers l’Etoile les derniers travailleurs de Montparnasse et les premiers invités des dîners en ville. V, est de ceux-là, serein comme un début de week-end d’été.
Tandis que l’on change de conducteur à Kléber, un jeune type monte dans le wagon. Émacié, un peu loqueteux, on devine immédiatement ce qui va suivre. Repli individuel sur tous les sièges.
-          Je sais que vous êtes souvent sollicités…
Il n’y a rien de surjoué dans le discours du mendiant débutant, tout dans son attitude dit qu’il ne faut pas que ça dure. V, fouille dans ses poches à la recherche d’une pièce. Mais il a changé de pantalon pour sortir et n’a pas une pièce sur lui.
-          Sans mentir, j’ai faim, en fait, continue le gamin en baissant la voix.
V. prend conscience de la rareté de cette dernière phrase. Comme nous tous, il lui est déjà arrivé de ranger dans son sac un sandwich entamé, par pudeur, pour ne pas être celui-qui-mange-pendant-qu’un-autre-fait-la-manche. Jamais très fier de ce geste. Mais ce soir, il s’apprête à inverser le cours des choses.
Quand le jeune type s’approche de lui, il sort de son sac le paquet de chips.
-          Désolé, c’est peu, dit-il, mais je n’ai que ça.
-          Mais c’est beaucoup ! Merci, vraiment.
Les ondes vibrent au moment où le métro repart. Deux ions positifs viennent de s’entrechoquer et polarisent le wagon. Face à V, un travailleur indien dénoue le sac plastique qu’il tient sur ses genoux et propose la banane qu’il n’a pas mangée ce midi. Plus loin, des portefeuilles et des visages s’ouvrent, des pièces tombent, chacun veut en être. Une dizaine d’euros, peut-être, compte V.
Arrivé à Etoile, le jeune type lance un dernier « Merci » ému, tête basse. Les voyageurs descendent sur le quai la tête haute, un peu moins riches et un peu plus heureux. Dans un instant de grâce, la vie a gagné.
Quelques minutes plus tard, dans les wagons de correspondance, elle prendra à nouveau et s’écoulera en silence.
Mais pour tous restera le souvenir joyeux de ce potlatch improvisé. Et cette question : pourquoi donc cela n’arrive-t-il pas plus souvent ?
C’est peut-être une question de hasard – il faudrait calculer la probabilité qu’ont deux ions positifs de créer une réaction en chaîne à dix mètres sous terre dans une ville fatiguée.
Peut-être parce qu’on n’y goûterait moins. »

Je vous invite à écrire vos propres anecdotes dans la zone commentaires ci-dessous.

Titre : Le métro est un sport collectif
Auteur : Bertrand Guillot
Editions : Rue Fromentin
Date de parution : Janvier 2012

4 commentaires:

  1. Ce pantalon extraordinairement belle goût.

    RépondreSupprimer
  2. Bonsoir,

    Merci pour votre commentaire.
    N'hésitez pas à expliciter si cela vous semble opportun.

    Bonne soirée
    Isabel

    RépondreSupprimer
  3. Thank you for your share! It's very useful to me. my blog

    RépondreSupprimer
  4. Thank you for your comment!

    Good afternoon!

    RépondreSupprimer